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Première visite d’Erdogan à Ryad jeudi depuis l’assassinat de Khashoggi

Le prince héritier Mohammed ben Salmane "sera présent au sein de la délégation" qui recevra le chef de l'Etat turc

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'une conférence de presse après un sommet extraordinaire de l'OTAN au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 24 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'une conférence de presse après un sommet extraordinaire de l'OTAN au siège de l'OTAN à Bruxelles, le 24 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Markus Schreiber)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan se rendra jeudi en Arabie Saoudite pour la première fois depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 à Istanbul, en quête de soutien pour faire face à la grave crise financière qui secoue son pays.

L’annonce de cette visite, qui a été confirmée mardi à l’AFP par un responsable turc sous couvert d’anonymat, intervient quelques semaines après l’abandon du procès des assassins présumés de M. Khashoggi.

Selon cette source, M. Erdogan s’entretiendra avec le roi Salmane et regagnera Ankara vendredi.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane dit MBS, qui passe pour être le véritable dirigeant du royaume, « sera présent au sein de la délégation » qui recevra le chef de l’Etat turc, a précisé cette source.

Le journaliste saoudien et directeur de Alarab TV, Jamal Khashoggi, à Manama en 2014. (Crédit : AFP/MOHAMMED AL-SHAIKH)

L’image internationale de MBS a été fortement ternie par l’assassinat de Jamal Khashoggi, 59 ans, éditorialiste critique au Washington Post, tué et démembré le 2 octobre 2018 dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul alors qu’il venait chercher des papiers nécessaires à son mariage.

La fiancée turque de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, l’attendait ce jour-là devant le consulat dont il n’est jamais ressorti.

Le procès par contumace de vingt-six Saoudiens accusés du crime s’était ouvert en juillet 2020 devant un tribunal d’Istanbul, dont le procureur a annoncé le 7 avril qu’il le renvoyait à la justice saoudienne.

Cette procédure constituait le dernier obstacle à la visite officielle à Riyad de M. Erdogan, qui avait à l’époque des faits dénoncé avec force l’assassinat du journaliste et promis de rendre justice à la victime.

Soutien économique

Pour Mme Cengiz et les défenseurs des droits humains, Ankara a donné satisfaction aux « demandes saoudiennes » avec cette décision: « Nous savons très bien que les autorités ne feront rien. Comment peut-on imaginer que les assassins vont enquêter sur eux-mêmes ? », avait-elle affirmé.

Hatice Cengiz, fiancée du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi, s’adresse à la presse le 3 juillet 2020 alors qu’elle quitte le palais de justice d’Istanbul, après avoir assisté au procès de 20 suspects saoudiens dont deux anciens collaborateurs du prince héritier Mohammed ben Salmane, accusés d’avoir tué et démembré son fiancé en 2018. (Crédit : Ozan KOSE / AFP)

Mais pour la Turquie, qui cherche à renouer avec le royaume saoudien dont elle a besoin pour soutenir son économie en difficulté, il était urgent de clore un dossier qui polluait leurs relations.

Le chef de l’Etat turc multiplie depuis plusieurs mois les initiatives de réconciliation avec les puissances régionales –Emirats arabes unis, Egypte et Israël entre autres.

Il avait annoncé début janvier une visite imminente en Arabie Saoudite.

L’économie turque est ébranlée par une crise économique liée à l’effondrement de sa monnaie et à une forte inflation qui a dépassé les 60% sur les douze derniers mois.

Après avoir nié le meurtre, Ryad avait fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls.

Mais un rapport des services de renseignement américains a accusé MBS, le prince héritier, d’avoir « validé » l’assassinat, exécuté par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite.

A l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois à des peines de prison — les peines capitales ont depuis été commuées.

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