Près de 30 % des habitants de Bnei Brak auraient développé des anticorps
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Près de 30 % des habitants de Bnei Brak auraient développé des anticorps

Un résident sur sept a été malade et si un expert estime que le niveau de protection se développe, l'auteur d'une étude explique que parler d'immunité locale est "dangereux"

Un jeune ultra-orthodoxe se fait tester pour le coronavirus, à Bnei Brak, le 31 mars 2020. (Crédit : Ariel Schalit/ AP)
Un jeune ultra-orthodoxe se fait tester pour le coronavirus, à Bnei Brak, le 31 mars 2020. (Crédit : Ariel Schalit/ AP)

Un résident sur sept de Bnei Brak a été infecté par le coronavirus, selon une nouvelle étude consacrée aux anticorps. Certains experts ont déclaré que la localité serait la première d’Israël à développer une forme d’immunité collective.

Dans la ville majoritairement ultra-orthodoxe, qui se situe près de Tel Aviv et qui est aujourd’hui considérée comme l’un des principaux foyers de l’épidémie de coronavirus au sein de l’Etat juif, des médecins ont réalisé des prélèvements sanguins sur des habitants âgés de sept ans et plus et ont découvert, dans les plus récents prélèvements, que 13,8 % d’entre eux avaient développé des anticorps apparaissant chez les malades ayant guéri de la COVID.

Au mois d’août, quand cet échantillon – à l’issue d’une étude de trois mois – avait été prélevé, 5,6 % de la population avait été confirmé positif au coronavirus. Ce qui suggère que seulement environ une personne sur trois, à Bnei Brak, ayant été contaminé à un moment ou à un autre avait été testée et incluse dans les statistiques officielles.

Mordechai Gerlic, immunologiste à l’université de Tel Aviv, explique au Times of Israel qu’alors que l’étude portant sur un peu plus de 8 500 personnes s’était terminée avant le pic de l’épidémie observé pendant la seconde vague, il pense aujourd’hui que ce chiffre atteint désormais les
30 %.

Une femme portant un masque et une visière au milieu de la pandémie de coronavirus, sur son scooter avec son chien, à Bnei Brak, le 8 septembre 2020 (AP Photo/Oded Balilty)

Il rejette le terme « d’immunité de groupe », expliquant qu’il désigne de très forts taux d’immunité, mais il note que si une partie aussi importante de la population présente des anticorps, alors la propagation du virus pourrait nettement ralentir. Le coronavirus pourrait ainsi devenir « endémique » localement – présent à un taux stable.

« Je pense que les résidents de Bnei Brak se rapprochent du moment où une grande partie de la population ne fera plus circuler le virus, où le risque d’être infecté sera faible et où les catégories particulièrement vulnérables face à la maladie pourront sortir de chez elles », continue Gerlich, expert en sérologie, qui n’a pas participé à la dernière recherche. « J’ai envie de dire que ce virus va devenir endémique ».

Photo d’illustration : un personnel de santé prélève un échantillon sanguin pour y trouver des anticorps à la COVID-19 à Los Angeles, le 20 mai 2020 (Crédit : AP Photo/Damian Dovarganes)

Mais Daniel Cohen, épidémiologiste à l’université de Tel Aviv et l’un des directeurs de la nouvelle recherche, rejette pour sa part toute conclusion sur une éventuelle immunité collective. « C’est très dangereux de penser en termes d’immunité et de protection dans cette situation », souligne-t-il au Times of Israel.

L’expert pense que le taux d’anticorps n’augmentera pas de plus de quelques points de pourcentage par rapport à août et rejette également la notion « d’immunité », même en cas de pourcentage élevé.

« Le niveau d’immunité est encore très bas, c’est tout ce qu’il faut savoir », ajoute-t-il.

Tirant une conclusion très différente de Gerlic, qui pense que d’autres villes pourraient, elles aussi, devenir « endémiques », Cohen estime que Bnei Brak ne présente pas un taux d’anticorps susceptible d’assurer une immunité collective et qu’aucune ville n’est sur le point d’en développer une.

« On pourrait penser, au moins, qu’il y aurait à Bnei Brak une présence du virus qui permette de se rapprocher du niveau de l’immunité de groupe, mais ce n’est pas vrai même là-bas », continue-t-il.

Cohen pense que la recherche met en exergue la forte contagiosité du coronavirus dans les foyers. Dans les habitations où une personne au moins a été testée positive à la maladie, les chiffres montrent que presque la moitié de la famille – soit 47 % – a été contaminée.

« Cela souligne l’importance de la mise en quarantaine des personnes infectées chez elle mais à l’écart des autres membres de la famille », poursuit-il.

Une équipe médicale traite un patient atteint du COVID-19 dans une unité spécialisée à l’hôpital Mayanei Hayeshua à Bnei Brak, le 13 avril 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Selon l’étude, une personne sur cinq ayant été testée positive après analyse d’écouvillon n’a pas montré de signes d’anticorps.

Cohen indique que ces chiffres ne doivent pas être pris pour argent comptant et qu’ils indiquent que tout le monde ne développe pas d’anticorps – même s’il souligne que cela ne dénote pas nécessairement une absence d’immunité dans la mesure où la capacité de lutter contre un virus émane aussi d’autres « marqueurs », et notamment des lymphocytes T.

Mais Gerlic pointe que la nouvelle étude n’a porté que sur un seul antigène et qu’il y en a plusieurs, précisant aussi que les tests sérologiques présentent une marge d’erreur. Il pense que presque tout le monde produit des anticorps et qu’une telle étude est susceptible de témoigner aussi du niveau d’exactitude des tests.

Il estime que le fait qu’une vaste majorité des résidents ayant été testés positifs présente des anticorps est la preuve supplémentaire de la bonne réaction du système immunitaire au coronavirus.

« On peut constater grâce à cela que le système immunitaire réagit normalement avec le coronavirus, de la même manière qu’il le fait pour les autres virus. On peut donc enfin observer qu’il n’y a rien de nouveau, au moins à ce niveau-là, dans ce virus », indique-t-il.

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