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Privée de ses dirigeants, la secte Lev Tahor chercherait à s’implanter au Maroc

Le départ du groupe juif extrémiste aurait reçu la bénédiction du polémique rabbin Pinto. Un militant assure que la plupart des membres sont retenus contre leur gré

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le rabbin Yoshiyahu Pinto, au centre, bénit le membre de Lev Tahor, Uriel Goldman, à droite, au Maroc, dans une vidéo non datée mise à la disposition du Times of Israel. (Crédit : Capture d’écran "Survivants de Lev Tahor")
Le rabbin Yoshiyahu Pinto, au centre, bénit le membre de Lev Tahor, Uriel Goldman, à droite, au Maroc, dans une vidéo non datée mise à la disposition du Times of Israel. (Crédit : Capture d’écran "Survivants de Lev Tahor")

Cernée de toutes parts, privée de ses dirigeants, emprisonnés, la secte ultra-orthodoxe Lev Tahor, dont on pense qu’elle souhaite s’installer au Maroc, aurait récemment reçu la bénédiction d’un célèbre rabbin israélo-marocain, assure un militant en lutte contre l’organisation.

Uriel Goldman, l’un des dirigeants de Lev Tahor, aurait récemment rencontré le rabbin Yoshiyahu Pinto au Maroc afin de s’attirer ses bonnes grâces et s’assurer de son soutien, affirme Lev Tahor Survivors, une organisation soutenant les transfuges du groupe.

Un représentant de la petite communauté juive du Maroc a indiqué ne pas connaître cette secte, assurant que Pinto n’était pas lié à la communauté au sens large.

Aux côtés d’un autre membre de la secte, Goldman aurait reçu une bénédiction de Pinto lors de sa visite au Maroc. Il espère qu’un pays conservateur comme le Maroc sera plus tolérant envers les pratiques et coutumes du groupe, dans la mesure où, en outre, la majorité des membres sont des Juifs séfarades, originaires d’Afrique du Nord, explique un militant du groupe de transfuges.

Ce groupe a montré une vidéo au Times of Israel donnant à voir Pinto en train de bénir Goldman et un autre homme assis à côté de son fils. La vidéo a été tournée à Casablanca ce mois-ci. Pinto n’a pas répondu à une demande de commentaires.


 
On pense que Lev Tahor compte plusieurs centaines de membres, principalement aux États-Unis, au Guatemala et en Macédoine.

La secte est décrite comme un repaire de « talibans juifs », car les femmes et filles de plus de 3 ans sont tenues de porter de longues robes noires couvrant l’intégralité de leur corps, à l’exception de leur visage. Les hommes passent la plupart de leur temps à prier et étudier des parties spécifiques de la Torah et le groupe a une observance extrême, et très particulière, de la casheroute.

L’histoire de la secte est émaillée de fuites incessantes, au rythme des enquêtes et procès intentés par les pays d’accueil pour réprimer ses pratiques illégales, parmi lesquelles le mariage des enfants.

Le groupe s’est un temps installé au Canada, avant de rejoindre le Guatemala en 2014, après avoir fait l’objet d’une enquête approfondie de la part des autorités canadiennes pour des soupçons de maltraitance et de mariage d’enfants. Les autorités guatémaltèques se sont également opposées aux pratiques du groupe, qui s’est une fois de plus dispersé. Des membres du groupe ont, par le passé, vécu aux États-Unis et en Israël.

Les dirigeants de la secte sont pour la plupart en prison aux États-Unis, condamnés dans des affaires d’enlèvement et maltraitance d’enfants. Les enquêteurs américains ont déclaré que le groupe mariait des filles mineures à des hommes adultes, les entraînant à mentir sur la réalité de leurs pratiques et les forçant à accoucher chez elles pour ne pas avoir à révéler leur âge aux autorités.

Goldman a été responsable des finances et de la collecte de fonds de Lev Tahor, et agit désormais en qualité de porte-parole. Depuis qu’une grande partie de la direction du groupe est sous les verrous, il assume le rôle de chef.

Des membres de Lev Tahor se préparent à quitter leurs installations, à l’est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Courtoisie/Davorin Sekulic/Klix.ba)

Un des membres du groupe d’opposition à la secte a confié au Times of Israel que Lev Tahor était dirigé par une vingtaine de « prédateurs », la majorité des autres membres étant retenus contre leur gré.

De nombreux militants sont issus de communautés juives religieuses, qui ont accueilli des transfuges de Lev Tahor.

On ne connaissait à Pinto, riche rabbin en délicatesse avec les États-Unis et Israël pour des questions judiciaires, aucun lien avec Lev Tahor.

Il a été condamné en Israël pour avoir soudoyé un officier de police en 2014 et a purgé à ce titre un an de prison. Le policier qui avait signalé la tentative de corruption à son supérieur a fini par se suicider, après une longue campagne de diffamation orchestrée par les partisans de Pinto, qui a été lavé de tout soupçon de responsabilité pour ce drame, quelques heures après la mort du policier.

À la tête de plusieurs organisations caritatives et institutions d’étude de la Torah, le rabbin a fait l’objet de plusieurs enquêtes du FBI depuis 2011.

Parmi ses soutiens internationaux figurent la star américaine de basket-ball LeBron James, qui a bénéficié de ses « conseils spirituels » par le passé et l’a rencontré lors d’un mariage à New York, en mai dernier.

LeBron James tient la main du rabbin Yoshiyahu Yosef Pinto lors du mariage de Jeffrey Schottenstein à New York, le 22 mai 2022. (Crédit : Capture d’écran de YouTube/Jewish Insider)

Un voile d’opacité entoure les voyages, intentions et projets de Lev Tahor. Des membres du groupe ont ainsi demandé l’asile politique en Iran en 2018 et des documents présentés à un tribunal fédéral américain en 2019 ont montré que les dirigeants de la secte avaient juré allégeance au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

Le groupe a été fondé par le rabbin Shlomo Helbrans à Jérusalem dans les années 1980.

Lev Tahor signifie « cœur pur » en hébreu.

Ricky Ben-David a contribué à cet article.

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