Procès Charlie Hebdo et Hyper Cacher: verdict et principales réactions
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Procès Charlie Hebdo et Hyper Cacher: verdict et principales réactions

La cour d'assises a prononcé des peines allant jusqu'à 30 ans de réclusion et la perpétuité pour les "complices", mais a écarté la qualification terroriste pour six des accusés

Des gardes républicains se tiennent devant le supermarché Hyper Cacher avant une cérémonie marquant le deuxième anniversaire de l'attentat meurtrier perpétré contre le magasin à Paris le 5 janvier 2017. (Crédit : AFP/Christophe Archambault)
Des gardes républicains se tiennent devant le supermarché Hyper Cacher avant une cérémonie marquant le deuxième anniversaire de l'attentat meurtrier perpétré contre le magasin à Paris le 5 janvier 2017. (Crédit : AFP/Christophe Archambault)

Près de six ans après l’électrochoc des attentats de janvier 2015, la cour d’assises spéciale de Paris a prononcé mercredi des peines allant jusqu’à 30 ans de réclusion et la perpétuité pour les « complices » des attaques, mais a écarté la qualification terroriste pour six des accusés.

A l’énoncé du délibéré, des avocats de victimes des attaques contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher ont salué « une décision mesurée », qui « restera pour l’Histoire ».

Wolinski, Tignous, Michel Renaud, Mustapha Ourrad, Ahmed Merabet, Bernard Maris, Honoré, Charb, Elsa Cayet, Cabu, Franck Brinsolaro, Frédéric Boisseau ont été tués dans les locaux du journal satirique le 7 janvier.

Le lendemain, la policière Clarissa Jean-Philippe a été abattue à Montrouge.

Puis, le 9 janvier 2015, une prise d’otages meurtrière a coûté la vie à Yoav Hattab, Yohan Cohen, Francois-Michel Saada, Philippe Braham dans l’Hyper Cacher de Vincennes.

Pour son « rôle particulièrement actif » dans la préparation des attentats, le principal accusé Ali Riza Polat a été condamné à trente ans de réclusion criminelle, reconnu coupable de « complicité » des crimes terroristes commis par les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly.

Cherif et Said Kouachi, responsables de l’attaque terroriste de « Charlie Hebdo » qui a fait 12 morts. (Capture d’écran/Police française)

La cour n’a cependant pas suivi les réquisitions du Parquet national antiterroriste, qui avait réclamé la réclusion criminelle à perpétuité contre ce Franco-Turc de 35 ans. Son avocate, Isabelle Coutant Peyre, qui avait plaidé l’acquittement, a annoncé son intention de faire appel.

Jugée par défaut, la compagne en fuite d’Amédy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, a écopé de la même peine de trente ans de réclusion, ainsi que l’avait réclamé le parquet. Mohamed Belhoucine, présumé mort en Syrie et qui était lui aussi jugé par défaut, a été condamné à la plus lourde peine, la perpétuité.

Ce verdict, rendu au terme de cinquante-quatre jours d’audience aussi intenses que chaotiques, a été accueilli dans un long silence par les proches et familles des 17 personnes tuées par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly. Certaines ont laissé échapper quelques larmes.

Encadrés de nombreux policiers dans leurs box vitrés, les hommes les plus lourdement condamnés ont semblé accuser le coup.

Des journalistes entrent dans la salle d’audience où se déroulera le procès du tournage du journal satirique Charlie Hebdo et de l’HyperCacher à Paris, le 27 août 2020 (Crédit ; AP Photo/Michel Euler)

Dès le début de la lecture du délibéré, le président Régis de Jorna avait écarté la qualification de crime terroriste pour six des onze accusés présents, ainsi que l’avait demandé leur défense en dénonçant un dossier vide de preuves.

 Moins que les réquisitions

Les cinq magistrats professionnels semblent avoir acté les fragilités du dossier et leur décision sonne en partie comme un camouflet pour l’accusation.

La plupart des peines prononcées par la cour sont inférieures à celles requises par les avocats généraux, qui avaient présenté les accusés comme « la cheville ouvrière » des attaques et demandé des condamnations « à la hauteur de l’extrême gravité des faits ».

Deux anciens co-détenus de Coulibaly, Amar Ramdani et Nezar Mickaël Pastor Alwatik, ont été condamnés à respectivement 20 ans et 18 ans de réclusion, la cour ayant estimé qu’ils connaissaient « l’existence » et « la nature » du projet du tueur de l’Hyper Cacher. Un autre de ses proches, Willy Prevost, a lui été condamné à 13 ans de réclusion.

Un policier montant la garde le 21 janvier 2015 devant le magasin Hyper Cacher à Paris où quatre Juifs ont été assassinés par Amédy Coulibaly, le 9 janvier 2015. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

Dans leurs plaidoiries, les avocats des accusés avaient exhorté la cour à ne pas chercher « coûte que coûte » des coupables pour pallier l’absence des frères Saïd et Chérif Kouachi et d’Amédy Coulibaly, abattus par les forces de sécurité le 9 janvier 2015 après avoir semé la terreur en France.

« Les magistrats ont su résister à la peur pour juger sereinement des hommes, sans fantasme », s’est réjouie Me Margot Pugliese, après que la cour a reconnu que son client, Miguel Martinez, « n’est pas un terroriste ».

« On va pouvoir tourner une page (…) justice est faite », a réagi l’ex-otage de l’Hyper Cacher Lassana Bathily.

« C’était le procès d’une nébuleuse, une nébuleuse de personnes plus ou moins proches des terroristes, ayant fourni plus ou moins d’aide aux terroristes, et ce que dit cette décision, c’est que sans cette nébuleuse, il n’y a pas d’attentat », a de son côté estimé Me Richard Malka, l’avocat historique de Charlie Hebdo.

 Justice « exemplaire, pas sanguinaire »

Dans leurs derniers mots lundi, les accusés, âgés de 29 à 68 ans et tous déjà condamnés pour des délits mais jamais jusque-là pour des faits liés au terrorisme, avaient à nouveau affirmé n’avoir « rien à voir » avec les attentats.

Un message appuyé par leurs avocats durant leurs plaidoiries. Face à l’onde de choc et au trauma des attaques des 7, 8 et 9 janvier 2015, la réponse doit être celle d’une « justice exemplaire, pas sanguinaire », avait prôné Me Zoé Royaux.

Trois attentats ont frappé la France depuis l’ouverture du procès le 2 septembre, dont l’un près des anciens locaux de l’hebdomadaire satirique.

Durant les trois mois d’audience, marqués par les témoignages puissants des survivants et des proches des victimes, la cour a tenté de reconstituer le puzzle de l’enquête ayant conduit les accusés devant les assises, essentiellement sur la base de relevés téléphoniques et de quelques traces ADN.

Mais les débats n’ont pas permis de lever toutes les zones d’ombre, concernant le circuit des armes aux commanditaires.

Les enquêteurs ont identifié deux « filières » d’approvisionnement pour les armes d’Amédy Coulibaly : l’une « lilloise » et l’autre « belgo-ardennaise ». Mais rien n’a été établi concernant les armes de guerre des frères Kouachi.

Quelque 200 personnes se sont constituées parties civiles au procès, premier en matière de terrorisme à être intégralement filmé. Initialement prévu pour s’achever le 10 novembre, il a été suspendu plus d’un mois après que le principal accusé, Ali Riza Polat, a été testé positif au Covid-19 puis victime de complications médicales.

Pouvoir enfin tourner la page et fermer cette « étape dans le deuil » même s’il reste des « inconnues »: victimes et avocats ont réagi avec émotion à l’énoncé du verdict des attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher.

Voici les principales réactions :

Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo

« C’est la fin de quelque chose aujourd’hui, ça a été douloureux, incandescent, ça a été une étape d’un deuil, nécessaire et indispensable et j’espère aussi que c’est le début d’autre chose. J’espère une prise de conscience, un éveil, une envie d’agir citoyenne (…)

Ce que dit cette décision, c’est que sans cette nébuleuse, il n’y a pas d’attentat, sans nébuleuse, il n’y a pas de terroristes. J’espère que ce message entendu. Il ne ressuscitera personne mais peut-être que ça évitera à d’autres drames de se produire. »

Des pompiers devant les locaux de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. (Crédit : Philippe Dupeyrat/AFP)

Patrick Klugmann, avocat des victimes de l’Hyper Cacher

« Pour la plupart des victimes (…) je crois que le sentiment qui s’érige c’est celui d’avoir été entendu je crois que le sentiment qui sort de cette salle de cour d’assises c’est celui de la justice enfin rendue, d’un verdict longuement expliqué. »

Isabelle Coutant-Peyre, avocate du principal accusé, Ali Riza Polat

« On a pris des gens innocents pour les offrir à la vindicte, cette cour aurait été courageuse d’acquitter mais ce n’était pas satisfaisant pour les victimes. Les vrais coupables n’étaient pas dans le box! »

Un croquis de salle d’audience réalisé le 14 décembre 2020 montre Ali Riza Polat (au centre), qui serait le bras droit d’Amedy Coulibaly, qui a tué un policier en janvier 2015 et le lendemain a abattu quatre personnes dans un supermarché casher, parlant devant d’autres accusés dans un palais de justice de Paris. (Crédit : Benoit PEYRUCQ/AFP)

Michel Catalano, imprimeur et otage des frères Kouachi

« Ça clôt un chapitre de ma vie.

Ce qui m’a le plus marqué ce sont les témoignages des victimes, la première partie a été très difficile, mon audition a été difficile et a conduit à une dépression de ma femme…

Je n’étais pas venu chercher des peines mais des réponses à mes questions. »

Margot Pugliese, avocate de Miguel Martinez

« La justice arrive enfin, elle passe tard mais elle arrive enfin en reconnaissant qu’il n’est pas un terroriste.

C’est un immense soulagement pour lui (..) Les magistrats ont su résister à la peur pour juger sereinement des hommes, sans fantasme ».

Anne-Laure Saada, sœur de Michel Saada, une victime de l’Hyper Cacher

« On va rester de toute façon avec plein de choses qui seront inconnues, (dont) des réponses aux questions qui ont été posées aux différents témoins, aux différents accusés qui sont très souvent revenus sur leurs déclarations en garde à vue.

Je suis soulagée parce que ça va se terminer et je vais pouvoir sortir de ce tribunal à la fois physiquement et mentalement ».

Lassana Bathily, ancien magasinier de l’Hyper Cacher, qui avait dissimulé des otages

« On va pouvoir tourner une page (…) la justice est faite ».

Noémie Madar, présidente de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), partie civile

« Pour les victimes de l’Hyper Cacher, pour les survivants, pour leur famille, pour tous les destins bouleversés par cette journée du 9 janvier 2015, en réaffirmant le caractère antisémite, la justice des valeurs et des mots aura au moins été rendue aujourd’hui ».

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