Quand Bennett, qui veut « faire le bien », réglera-t-il la crise du logement ?
Avec l'essor continu des prix, acheter une maison devient un rêve impossible. Même les locations sont à un prix exorbitant. Il faut une stratégie pour gérer cela
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Times of Israel a publié une enquête profondément troublante écrite par Ricky Ben David sur la crise du logement connue par le pays.
Le prix d’achat d’une maison a atteint des sommets depuis des années en Israël. Ce sont pas moins de 400 000 Israéliens qui s’étaient rassemblés place Rabin, à Tel Aviv, un samedi soir de l’année 2011, à l’apogée du mouvement de protestation qui avait dénoncé le coût de la vie croissant au sein de l’État juif – avec, au centre des dénonciations, les prix du logement. Dans la décennie qui s’est écoulée depuis, le prix moyen d’une habitation a presque doublé. Et il va sans dire que le salaire moyen n’a aucunement suivi la même tendance…
Ainsi, une partie toujours plus importante de la population en Israël est dans la douloureuse obligation de renoncer à toute perspective de devenir un jour propriétaire.
Non pas que les constructions se soient arrêtées. A l’origine du phénomène, les inégalités, les divisions économiques qui ne cessent de s’élargir. Ainsi, 10 % des Israéliens possèdent plus des deux tiers des ressources du pays, a noté une étude – et elle avait été réalisée il y a sept ans. Depuis, les disparités ont encore empiré.
Ces Israéliens fortunés achètent une maison, une deuxième, ou troisième, une quatrième ou plus sous forme d’investissement, ce qui entraîne une hausse des prix et met donc tout bien immobilier hors de portée du citoyen moyen.
Une étude réalisée en 2016 avait établi que 30 % des acquisitions immobilières annuelles avaient été faites à des fins d’investissement. Tandis qu’en 2008, seulement 2 % des Israéliens possédaient deux maisons ou plus, ce chiffre est dorénavant de 10,5 %, indique le reportage de Ricky Ben David, et parmi les Israéliens les plus aisés, ce pourcentage grimpe à 35 %.
Non seulement de plus en plus d’Israéliens doivent renoncer à acheter un logement – les acheteurs potentiels doivent aujourd’hui disposer, en moyenne, de 400 000 shekels en avoirs personnels pour les arrhes réclamées par la banque d’Israël, qui sont de 25 % du prix, et pour les autres coûts – mais les prix de la location sont eux aussi devenus astronomiques, en particulier dans les secteurs de Tel Aviv et de Jérusalem.
Aujourd’hui, alors que les étudiants des instituts d’enseignement supérieur font leur rentrée pour la nouvelle année universitaire, tout appartement à peine habitable signalé sur internet entraîne une avalanche immédiate de « Quand puis-je venir le voir ? » et devient très rapidement « lo aktuali » (c’est-à-dire « déjà loué »).
Des appartements pourtant inhabitables sont aussi acceptés avec réticence par les locataires désespérés. Et si vous voulez comprendre à quel niveau d’absence de scrupule et de rapacité certains propriétaires sont arrivés, il suffit de jeter un œil à certains « biens » présentés à la location dont les photos sont reprises sur la page « les appartements israéliens qui me dépriment » sur Facebook.
Des appartements sous-divisés en pièces incroyablement petites ; des « chambres » où la pièce n’offre littéralement que de la place au lit ; des « studios » agrémentés de « toilettes » immédiatement adjacentes à des cuisines présumées à côté d’espaces de vie minuscules, avec les lits suspendus au-dessus et accessibles grâce à une échelle ; des lavabos posés sur des seaux retournés ; la vétusté, la saleté. C’est une réalité – les mots ne suffisent pas toujours à la décrire – et c’est une réalité offerte à des prix obscènes.
Le reportage de Ricky Ben-David évoque les initiatives variées, tièdes et mal réfléchies, qui ont été poursuivies, ces dernières années, par le gouvernement et qui ont été incapables de s’attaquer de manière effective à la crise. Clairement, tandis que les mesures fiscales, les exigences concernant des logements plus abordables et une focalisation sur un plus grand nombre de logements publics et étudiants peuvent aider, le problème à la racine de tout est une question d’offre.
La mise à disposition de terrains appartenant à l’État pour le logement est un obstacle de longue date connu, attribué par certains à une politique stratégique discrète mise en place pour encourager les Israéliens à s’installer dans les implantations au-delà de la Ligne verte. Si c’est le cas, elle a été efficace – sauf qu’il manque des logements là-bas là aussi, et que les prix ne correspondent plus à l’idée que qui que ce soit peut se faire du marché.
Peut-être le passage le plus triste de l’article de Ricky Ben-David est celui où un jeune immigrant en Israël, marié, gagnant un bon salaire, explique qu’en raison de son incapacité à acheter une habitation décente et de la perspective d’un avenir peu réjouissant fait d’éternelles locations, il réfléchit à continuer à vivre dans le pays.
Ce qui est un plaidoyer en faveur au passage à l’action adressé au gouvernement.
En bien, nous avons aujourd’hui un nouveau gouvernement. Un gouvernement dont le Premier ministre déclare que son ambition principale est de « faire le bien ».
Rassembler les experts concernés, formuler et mettre en œuvre des actions pour aider les citoyens d’Israël à avoir un toit stable au-dessus de la tête, serait un début très bien accueilli – et nécessaire depuis longtemps.
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