Quand le Hamas n’est pas dans la ligne de mire d’Israël
Rechercher
Analyse

Quand le Hamas n’est pas dans la ligne de mire d’Israël

D'un côté, le Hamas "veut satisfaire les médiateurs et respecter la trêve", mais de l'autre "la rue et les autres factions" palestiniennes le "pressent" de défendre Gaza.

Un membre des forces de sécurité israéliennes porte  des drapeaux de l'organisation terroriste du Hamas qui ont été saisis lors d'affrontements avec des manifestants palestiniens près de limplantation de Beit El en Cisjordanie, le 8 octobre 2015 (Credit photo: Abbas Momani / AFP)
Un membre des forces de sécurité israéliennes porte des drapeaux de l'organisation terroriste du Hamas qui ont été saisis lors d'affrontements avec des manifestants palestiniens près de limplantation de Beit El en Cisjordanie, le 8 octobre 2015 (Credit photo: Abbas Momani / AFP)

Pour la première fois depuis plus d’une décennie, les forces israéliennes ont bombardé Gaza sans cibler le Hamas. Mais le groupe terroriste palestinien s’est trouvé pris en étau, entre l’appel à se joindre aux combats et sa volonté de maintenir la trêve avec Israël.

Mardi, les forces de sécurité israéliennes ont visé la chambre d’un appartement du nord-est de la bande de Gaza, foudroyant Baha Abou al-Ata et son épouse, décédés sur le champ.

« Abou Ata » n’était pas un chef du Hamas, groupe terroriste islamiste qui contrôle la bande de Gaza, mais un cadre du Jihad islamique, l’autre groupe islamiste armé de l’enclave.

Ce groupe est jugé plus radical – mais moins armé – que le Hamas par les autorités israéliennes qui l’accusent notamment de servir de « supplétifs » à l’Iran, ennemi juré d’Israël.

Le chef terroriste du Jihad islamique palestinien Baha Abu al-Ata assiste à un rassemblement dans la ville de Gaza, le 21 octobre 2016. (STR/AFP)

« Au cours de l’opération, nous avons établi une distinction entre le Hamas et le Jihad islamique », a déclaré le porte-parole de l’armée israélienne Jonathan Conricus, après l’accord de cessez-le-feu qui a mis fin à 50 heures d’affrontements.

« Nos actions étaient mesurées, proportionnées et se concentraient uniquement sur les actifs militaires du Jihad Islamique… Nous avons voulu garder le Hamas hors des combats », a-t-il ajouté, alors que des dirigeants israéliens tenaient Abou Ata comme responsable « de presque toutes les attaques contre Israël au cours des six ou sept derniers mois ».

L’une d’elles a laissé un souvenir amer au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. C’était en septembre, à quelques jours des législatives, le « candidat Netanyahu » tenait un meeting à Ashdod lorsqu’un tir de roquette l’avait forcé à quitter le podium.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu quitte la scène lors d’une campagne à Ashdod en raison de sirènes d’alerte à la roquette, le 10 septembre 2019. (Crédit : capture d’écran Twitter)

La frappe avait été décidée par Abou Ata, selon des sources militaires. Le Hamas était resté coi, semblant même ne pas apprécier le spectacle : alors qu’il lorgne sur les échéances électorales palestiniennes de 2020, le mouvement ne souhaite vraisemblablement pas compromettre une trêve avec Israël négociée sous l’égide de l’ONU, de l’Egypte et du Qatar, qui comporte notamment des millions de dollars d’aide mensuels pour Gaza.

« Dilemme »

« Nous sommes habitués ici à ces vagues de violence. Mais il y a cette fois une nouveauté : pour la première fois, Israël ne frappe pas le Hamas et ne l’accuse pas d’être responsable de la situation sur le terrain », confirme à l’AFP Ronni Shaked, spécialiste à l’Institut de recherche Harry Truman pour la paix, à Jérusalem.

D’après lui, Israël avait des « indications », avant de lancer son opération contre Abou Ata, selon lesquelles le Hamas n’allait « pas participer à la vague de violence ».

Des roquettes sont tirées depuis la bande de Gaza vers Israël, le 13 novembre 2019. (Anas Baba/AFP)

Mais ce mouvement « fait face à un dilemme », relève Jamal al-Fadhi, professeur de Sciences politiques à l’université de Gaza.

D’un côté, « il veut satisfaire les médiateurs (ONU, Egypte, Qatar) et respecter la trêve », mais de l’autre « la rue et les autres factions » palestiniennes le « pressent » de défendre Gaza.

Mercredi, le Hamas a d’ailleurs signé le communiqué du rassemblement des groupes de la « résistance » palestinienne, soulignant qu’ils n’entendaient pas « rester silencieux » face aux frappes israéliennes.

« Le Hamas croit au droit des Palestiniens à se défendre et à résister à l’occupation, mais nous devons gérer nos relations avec les forces d’occupation et prendre en considération un contexte complexe… Ce qui signifie parfois de devoir modérer notre réponse, dans l’intérêt suprême de la Palestine », a expliqué à l’AFP un cadre du Hamas, le Dr Bassem Naïm.

« Très dangereux »

Le secrétaire général du Jihad islamique
Ziad al-Nakhala s’exprimant à la chaîne de tv arabe le 12 décembre 2018. (Crédit: Al-Ghad TV)

Dans une interview à la chaîne libanaise al-Mayadeen, le secrétaire général du Jihad islamique, Ziad al-Nakhala, a affirmé jeudi soir, avant l’accord de cessez-le-feu, que son groupe avait pris « seul » la décision de frapper Israël. « Le Jihad islamique a la capacité de gérer seul ces combats, nous ne demanderons pas à nos alliés d’intervenir. »

Mais si la situation devait se détériorer, le Hamas « sera sans doute poussé à offrir un appui logistique (au Jihad islamique, NDLR) sans toutefois participer à des opérations », juge Mukhaimar Abou Saada, professeur de Sciences politiques à l’université Al-Azhar de Gaza.

Du côté d’Israël, de nombreuses voix se sont élevées cette semaine en faveur d’une opération plus ambitieuse contre le Jihad islamique, hostile à la trêve avec l’Etat hébreu.

« Le Jihad islamique est très dangereux. C’est l’équivalent pour Israël du groupe Etat islamique pour l’Europe… Si rien n’est fait pour le mater, la même situation se reproduira dans deux semaines, dans un mois, dans deux mois… », avance M. Shaked.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...