Quand les Britanniques ont conquis la Terre Sainte
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Quand les Britanniques ont conquis la Terre Sainte

98 ans plus tard, une visite guidée des lieux de la Première Guerre mondiale dans le Neguev et Jérusalem pour marquer la mémoire de la conquête

  • La citadelle de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La citadelle de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison Yehudayoff dans le quartier de Bukharim de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison Yehudayoff dans le quartier de Bukharim de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le monument dédié à l'Anzac Light Horse Brigade (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le monument dédié à l'Anzac Light Horse Brigade (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La place Allenby et une aire de jeux,  Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La place Allenby et une aire de jeux, Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au petit matin du 9 décembre 1917, deux cuisiniers de l’armée britannique de la 60e Division de Londres ont quitté leur base de Jérusalem à la recherche d’œufs frais.

Moins de six semaines après que les troupes du Commonwealth aient forcé les lignes turques en Israël pour la première fois et aient conquis Beer Sheva ; plus tôt ce même matin, les Britanniques avaient également pris Jérusalem aux Turcs.

Tandis que les cuisiniers marchaient à travers un champ désert, ils furent abordés par certains résidents anxieux de rendre la ville. Parmi eux, se trouvaient quatre policiers, plusieurs jeunes, le maire de Jérusalem et un photographe de la Colonie américaine.

Selon une version de cet événement historique, deux sergents de l’armée britannique sont soudainement apparus et ont crié au groupe de s’arrêter.

Les habitants de Jérusalem ont levé les bras, dans lesquels ils tenaient un drap blanc déchiré à la hâte de l’un des lits de l’hôpital de la Colonie américaine. Le drap, attaché à un manche à balai, était le drapeau de trêve fabriqué par les résidents de Jérusalem.

Un monument décoratif marque l’endroit où Jérusalem a été officiellement cédée aux Britanniques. Il se trouve au centre de la place Allenby, située dans une partie du quartier de Romema qui s’est développé autour de ce lieu de mémoire après la Première Guerre mondiale.

Un certain nombre de sites historiques liés à la conquête britannique d’Israël se situent dans le Néguev, où tout a commencé, et d’autres, y compris le mémorial de la place Allenby, sont à Jérusalem. Nous vous en présentons quelques uns avec leurs histoires :

Dans le Néguev :

Anzac : dès le début de 1917, les Britanniques ont essayé à plusieurs reprises de conquérir la Terre sainte.

Deux attaques frontales sur Gaza, le port traditionnel pour entrer en Israël, ils ont lamentablement échoué et plus de 16 000 soldats britanniques, australiens et néo-zélandais (Anzac) ont été tués ou blessés dans la bataille pour la ville. Et ce, malgré le fait que dans Gaza, les Britanniques utilisaient de nouvelles armes secrètes, des tanks et des obus de gaz, pour la toute première fois.

La situation a changé lorsque le Général Sir Edmund Allenby est venu remplacer l’ancien commandant.

Il a décidé de passer par une autre voie : il prendrait le contrôle par le chemin de Beer Sheva, qui était depuis 1915 le centre militaire turc le plus important dans le pays.

Allenby a développé un plan pour faire croire aux Turcs que les Britanniques tenteraient une troisième attaque sur Gaza, alors qu’en réalité Gaza devait seulement constituer une diversion pour que les troupes puissent entrer plus facilement dans Beer Sheva.

Qualifée de la ruse de la Musette, il s’agissait d’envoyer un officier du renseignement à cheval à travers les lignes turques. Avec de la chance, les Turcs lui tireraient dessus, il ferait semblant d’être blessé, et il laisserait tomber par « accident » une musette pleine de lettres présentant des faux plans visant à préparer une attaque massive contre Gaza.

Le monument dédié à l'Anzac Light Horse Brigade (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le monument dédié à l’Anzac Light Horse Brigade (Crédit : Shmuel Bar-Am)

De manière assez incroyable, les deux premières fois, le paquet est tombé mais personne ne l’a ramassé et la mascarade a dû être répétée une troisième fois.

Les Turcs ont gentiment été bernés, a expliqué Kelvin Crombie, un passionné de la Première Guerre mondiale, lorsqu’il nous a guidés pour une visite des sites de la bataille dans le Néguev. Néanmoins, a-t-il ajouté, il y avait peu de soldats dans Beer Sheva le jour de l’attaque par rapport à ce qu’il aurait pu y en avoir normalement.

En 1967, précisément 50 ans après la conquête de Beer Sheva, un mémorial a été établi dans la forêt de Beeri, qui avait été le témoin de beaucoup de combats.

En forme de A, le monument est dédié à la Bridage de Cavalerie Légère de l’Anzac dont la charge audacieuse à travers les lignes de défense turques le 31 octobre 1917, a aidé les troupes britanniques à écraser l’ennemi.

Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le Cimetière de Guerre du Commonwealth : situé dans le centre de Beer Sheva, ce cimetière a été inauguré en 1923 comme l’endroit du dernier repos pour les soldats qui sont tombés lors de la Première Guerre mondiale. Il est particulièrement paisible lorsque le soleil se couche en fin d’après-midi.

Plus de 1 200 soldats de Grande Bretagne, d’Australie et Nouvelle Zélande ont été enterrés au milieu d’un splendide paysage et de parcelles parfaitement entretenues.

Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une cérémonie commémorative au cimetière militaire britannique sur le mont Scopus à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

A Jérusalem :

La Place Allenby : les victoires britanniques et de l’Anzac dans le Néguev ont ouvert la voie pour une prise finale de Jérusalem à la veille de Hanoukka en 1917. Sur le monument au centre de la place Allenby on peut lire : « Près de ce point, la Ville Sainte s’est rendue… Érigée… à ces officiers, NCOS et hommes qui sont tombés dans le combat pour Jérusalem ».

La place Allenby et une aire de jeux, Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La place Allenby et une aire de jeux, Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La Citadelle : le 11 décembre 1917, le général Allenby, Commandant en chef de la Force expéditionnaire britannique, anzac et égyptienne, a circulé dans la ville. Son passage par la Route de Jaffa a été accueilli par de grandes célébrations. Certains ont même pleuré en voyant les héros vainqueurs.

Les Juifs étaient très contents. Après tout, la Déclaration Balfour n’avait-elle pas été ratifiée par le Parlement britannique le même jour où les forces du Commonwealth avaient conquis Beer Sheva ? Seulement six semaines plus tard et lors de la fête des miracles, le commandant en chef venait d’entrer dans la Ville Sainte de Jérusalem. Ignorant ce que le futur allait leur apporter, la rédemption semblait finalement à portée de main.

La citadelle de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La citadelle de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Dans Anzac, Empires et la Restauration d’Israël, Crombie écrit que lorsqu’il est parvenu aux murs de la Vieille Ville, Allenby est descendu de cheval et a continué en marchant humblement à travers la porte construite par Suleiman le Magnifique en 1538.

De cette manière, il a pu éviter l’entrée principale qui avait été coupée à travers les murs en 1898 pour permettre au Kaiser Wilhem d’Allemagne et à son entourage ostentatoire de rentrer à cheval en grande pompe.

Passant devant une garde d’honneur de 110 soldats d’Angleterre, d’Ecosse, du Pays de Galles et d’Irlande d’un côté, et 50 soldats anzacs de l’autre, Allenby a grimpé les marches de la Citadelle de Jérusalem afin de proclamer la loi martiale et la liberté de culte pour toutes les religions.

Beit Yehudayov (la maison de Yehudayov) : située dans le quartier de Burkharim de Jérusalem et construite en 1905, Beit yehudayoff était connue pour être un palace.

Lorsque le splendide édifice a été construit, c’était la résidence la plus imposante de Jérusalem et elle était le lieu de très nombreuses réceptions extravagantes. De beaux piliers sont surmontés avec des chapiteaux corinthiens, et au moins une rangée de coupes en pierre se tient toujours au sommet.

La maison Yehudayoff dans le quartier de Bukharim de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La maison Yehudayoff dans le quartier de Bukharim de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Selon la légende, la maison devait être celle du Messie lorsqu’il viendrait à Jérusalem et c’est pourquoi elle est appelée Beit HaMashiakh (la Maison du Messie).

Lors de la Première Guerre Mondiale, les Turcs contrôlaient le bâtiment que les Britanniques ont repris après la conquête de Jérusalem. Les soldats juifs de l’armée britannique ont fait le Seder dans le palace à Pâques en 1918, et le 22 mai de la même année des dizaines de personnalités se pressaient dans la cage d’escaliers en colimaçon pour se rendre à une fabuleuse réception donnée en l’honneur du général Allenby.

Ironiquement, seulement 20 ans plus tard, la Palace est devenu un centre pour Etzel, une force militaire juive secrète organisée pour combattre le terrorisme arabe et mener des attaques de représailles contre les autorités du Mandat britannique.

Le mont Scopus : euphoriques après la Déclaration Balfour de 1917, les Juifs d’Israël ont proposé aux Britanniques une terre pour le cimetière.

La plupart des 2 500 soldats enterrés dans les emplacements méticuleusement entretenus sont tombés dans les batailles pour Jérusalem et la TransJordanie. Certaines tombes juives sont situées plus haut sur la pente ; de nombreux soldats qui sont enterrés là-bas ont servi ensemble dans les fusilliers royaux.

Toutes les quelques années, une cérémonie émouvante se tient dans le cimetière, dont les pelouses bien entretenues sont soignées par des employés pour la Commission des Tombes de Guerre du Commonwealth.

Le 7 novembre 2015, malgré un temps digne de Londres avec du brouillard et une pluie fine et persistante, des représentants de plusieurs pays et organisations ont déposé des couronnes rouges et vertes au pied de la chapelle du cimetière. 98 ans après la conquête de la Palestine, avec des prières, des poèmes et un silence fort, on se souvient encore des hommes qui sont tombés dans la bataille pour la Terre Sainte.

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais sur Israël. Cet article est adapté d’un des chapitres dans son livre.

Shmuel Bar-Am est un guide officiel qui propose de circuits personnalisés en Israël pour des individus, des familles et des petits groupes.

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