Quand les émojis sont détournés par les antisémites
La pratique, que l’on appelle « dog whistle », en référence à un sifflet audible seulement par l’ouïe fine des chiens, est très prisée des milieux racistes et antisémites

C’est un symbole désormais très connu : la pastèque est devenue un porte-étendard des mouvements pro-palestiniens du fait, notamment, de ses couleurs et de son utilisation par les Palestiniens eux-mêmes.
Mais la guerre entre Israël et les terroristes palestiniens du Hamas, dont l’une des conséquences a été l’explosion d’un antisémitisme décomplexé dans le monde entier, a conduit à un foisonnement d’autres émojis incitant à la haine contre les juifs sur les réseaux sociaux.
Le journal québécois indépendant Le Devoir révèle notamment que dans la sphère antisémite, l’émoji biscuit fait référence au four, et donc au four crématoire des camps nazis. Dans le même genre déplorable, la douche rappelle les chambres à gaz. Et deux éclairs de suite sont censés imiter le sigle de la SS.
Cette pratique, que l’on appelle « dog whistle », en référence à un sifflet audible seulement par l’ouïe fine des chiens, est très prisée des milieux racistes et antisémites car elle permet de contourner la présumée censure des modérateurs des plateformes en ligne.
On retrouve également l’image d’un petit peintre avec ses pinceaux représentant Hitler, en référence à sa tentative d’intégrer l’Académie des Beaux-Arts de Vienne dans sa jeunesse. Les initiales « TJD » sont, quant à elles, utilisées pour appeler à la « Total Jewish Death », c’est-à-dire un nouveau génocide.
Une autre image issue du manga japonais One Piece s’est beaucoup répandue au cours des derniers mois, celle des « dragons célestes », du nom d’une caste d’êtres puissants, riches et manipulateurs, qui favorisent l’entre-soi. Détournée par les milieux antisémites, cette image rappelle l’accusation de complot mondial des juifs. Elle a été utilisée par plusieurs candidats LFI, notamment David Guiraud, qui assure ne pas être antisémite.
La chercheuse Katharina Soemer a récemment décrypté ces symboles antisémites lors d’une conférence au Musée de l’Holocaste de Montréal. Elle explique que les réseaux sociaux favorisent la propagation d’idéologies haineuses et la radicalisation. D’abord parce que la modération en ligne est plus qu’insuffisante. Mais aussi parce que les algorithmes fonctionnent de telle sorte que les utilisateurs sont exposés à un certain type de contenu, qui les renforce dans leurs opinions.
« Les recommandations de TikTok se basent sur ce que j’ai déjà vu », explique-t-elle. « Quand j’ai vu quelque chose, j’ai beaucoup de chances de le revoir. »
Le site Indextrême répertorie de nombreux symboles utilisés par l’extrême-droite et l’extrême-gauche, et notamment par les milieux antisémites. On y retrouve les « dragons célestes », mais aussi la figure d’un porc utilisée à la fois contre les musulmans et les juifs.







