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Quand Obama disait que Netanyahu « souscrivait au poutinisme »

A la faveur d’une déclassification de documents, on apprend qu’Obama estimait que Netanyahu, au même titre qu’Erdogan, Duterte ou Trump, était contre la démocratie libérale

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, avec un bouquet de fleurs et le Premier ministre de l'époque Benjamin Netanyahu au Kremlin à Moscou, le 30 janvier 2020. (Crédit : Maxim Shemetov/Pool/AFP)
Le président russe Vladimir Poutine, à droite, avec un bouquet de fleurs et le Premier ministre de l'époque Benjamin Netanyahu au Kremlin à Moscou, le 30 janvier 2020. (Crédit : Maxim Shemetov/Pool/AFP)

Lors de sa dernière semaine au pouvoir, l’ex-président américain Barak Obama s’était dit préoccupé par le fait que le Premier ministre israélien de l’époque, Benjamin Netanyahu, et plusieurs autres dirigeants conservateurs de par le monde avaient, à des degrés divers, souscrit au « poutinisme », dans une sorte de guerre contre la démocratie libérale.

« Ce qui m’inquiète le plus, c’est ce conflit idéologique – plus que toutes les autres guerres – entre le poutinisme – qui, soit dit en passant, est endossé, à un certain niveau, par [le président turc Recep Tayyip] Erdogan ou Netanyahu ou [le président philippin de l’époque Rodrigo] Duterte et [le nouveau président américain Donald] Trump – et une démocratie libérale basée sur le marché, avec certes ses défauts et problèmes, mais qui a permis la plupart des progrès humains enregistrés 50, 75 dernières années », assurait Obama lors d’une conversation officieuse avec des journalistes, en janvier 2017, déclassifiée par le ministère de la Justice la semaine passée.

Il s’agit de l’une des nombreuses préoccupations exprimées par Obama, au terme de son mandat, lors de ce long échange avec la presse.

Obama y déplore la façon dont « l’ordre libéral [en Europe] s’est érodé », craignant que la tendance ne fasse que s’accentuer si les États-Unis ne continuent pas à promouvoir les idéaux démocratiques, tels que les droits de l’homme, sur la scène mondiale.

« Si nous ne sommes pas là pour nous tirer vers le haut, alors tout le monde s’en retournera à son nationalisme et ses préoccupations mercantilistes. Le monde sera plus violent et plus dur, et la gravité des conflits qui ne manqueront pas de surgir sera plus grande », aurait confié Obama, selon la transcription obtenue par Bloomberg.

L’ex-président a reconnu qu’il « y avait parfois de l’hypocrisie » dans les relations des États-Unis avec des régimes autoritaires tels que l’Arabie saoudite ou la Chine, tout en soulignant l’importance de la défense des droits de l’homme comme valeur américaine essentielle.

Il a également confié sa crainte que, sous une présidence Trump, ces idéaux libéraux et démocratiques soient totalement mis de côté.

Le fait pour Obama d’assimiler Netanyahu à des dirigeants populistes tels qu’Erdogan, Duterte et Trump et d’affirmer que le Premier ministre israélien avait une vision du monde similaire à celle de Vladimir Poutine sont le reflet de la piètre opinion qu’il avait de l’ex-Premier ministre israélien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à la Maison Blanche, le 9 novembre 2015 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Obama, Netanyahu et leurs équipes respectives se sont régulièrement opposés au cours de leurs huit années au pouvoir.

Obama faisait en sorte de promouvoir des accords entre Israël et les Palestiniens d’une part, et entre l’Iran et les puissances mondiales d’autre part, au grand dam du Premier ministre israélien de l’époque.

Netanyahu s’est souvent enorgueilli de sa relation privilégiée avec Poutine ces dernières années.

Le Likud a d’ailleurs affiché une photo géante, en surplomb d’une autoroute, montrant les deux hommes en train de se serrer la main, afin d’affirmer la stature du dirigeant israélien sur la scène mondiale, au moment des élections de 2019.

Netanyahu accuse ses successeurs de mal gérer les relations avec la Russie, suggérant que Jérusalem devrait adopter une position plus neutre concernant l’invasion de l’Ukraine par Poutine.

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