Quand une école d’art israélienne devient son propre sujet
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Quand une école d’art israélienne devient son propre sujet

Une exposition retraçant les 70 ans de la Midrasha du Beit Berl College s'est interrogée sur le rôle joué par l’école dans l’enseignement de la prochaine génération d’artistes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

L'une des installations de La Midrasha, une nouvelle exposition d'un mois qui a ouvert ses portes le jeudi 1er décembre au Pavillon d'Art contemporain Helena Rubinstein au  Tel Aviv Museum of Art (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
L'une des installations de La Midrasha, une nouvelle exposition d'un mois qui a ouvert ses portes le jeudi 1er décembre au Pavillon d'Art contemporain Helena Rubinstein au Tel Aviv Museum of Art (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Israël aime ses écoles d’art. La midrasha du Beit Berl College, à Kfar Saba, est connue pour former de futurs enseignants de qualité dans les domaines de la réalisation de films et de l’art contemporain.

Aujourd’hui l’école est devenue elle-même le sujet de sa propre exposition. Lors d’une exposition qui a ouvert ses portes le mois dernier, au Pavillon d’Art Contemporain Helena Rubinstein de Tel Aviv, les artistes participants ont proposé un travail particulier. Il est le fruit d’observations sur la manière dont l’art est enseigné, et se demande si ce processus continue d’avoir du sens dans le monde aujourd’hui.

L’exposition a également fêté les 70 ans de la fondation de l’école.

“Nous sommes là pour poser des questions”, explique Avi Lubin, conservateur de l’exposition, également chef des études théoriques et des artistes en résidence dans le programme de troisième cycle de la Midrasha. « Nous observons ce qui est ici et maintenant, pour comprendre l’art, et pour voir si une école d’art en elle-même a du sens. »

Située sur les trois étages du pavillon consacré aux arts, qui fait partie du Musée de Tel Aviv, l’exposition a transformé le site en école d’art, en permettant de découvrir les œuvres de plus d’une douzaine d’enseignants et artistes issus de la Midrasha.

On y retrouve la cafétéria au premier étage, un coin recouvert de gazon synthétique, avec une table de pique-nique en bois et une poubelle, et même cette poubelle que l’on trouve sur la majorité des aires de pique-nique en Israël. Il y a aussi, c’est plus important, une machine à Espresso ultra-moderne qui a offert des tasses de café aux visiteurs tout le long du mois qu’a duré l’exposition.

Des pots de légumes en conserve, comme ceux servis par l'artiste Gideon Gechtman dans son cours de Midrasha (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Des pots de légumes en conserve, comme ceux servis par l’artiste Gideon Gechtman dans son cours de Midrasha (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

“Mon objectif est que tout cela soit ouvert au public”, dit Lubin. “Il ne s’agit pas juste d’importer la Midrasha ici, ou que l’expo soit destinée aux artistes seuls.”

L’idée de l’exposition était également d’inviter des artistes, non en fonction de leur importance ou de leur hiérarchie, mais plutôt selon leur manière d’interroger l’art et son adaptation aux œuvres d’aujourd’hui, ajoute Lubin.

Il reste à savoir si l’exposition est en effet en mesure de répondre à toutes ces questions en suspens. Ses installations vastes et intuitives offrent l’opportunité aux amoureux de l’art comme aux passants de s’engager de manière active dans les concepts de l’art, sur ce qui forme l’art et ce que signifie l’art.

Des chansons rétros au goût sucré de la nostalgie à écouter dans l'une des instalaltions de la Midrasha (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Des chansons rétros au goût sucré de la nostalgie à écouter dans l’une des installations de la Midrasha (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Il y a le jeu d’écouteurs d’où s’échappent des chansons populaires avec l’interprétation visuelle en spirale de chacune de ces chansons se déroulant sur un écran placé derrière.

Il y a ces diapositives passées de mode et des toiles à peindre remplies de larges traits de peinture. Le visiteur peur également s’asseoir aux côtés de l’artiste Miri Segal sur un dispositif particulier : une table et des chaises qui sont soulevées lentement vers le plafond, pour rencontrer ce qu’elle qualifie de « point de contact permettant de changer les perspectives”.

Les éclaboussures de jaune soutenu, façon Van Gogh, de gris et de noir, façon Miro, peintes le long de l’escalier et reprises sur des toiles sont, elles, une réaction artistique aux événements difficiles survenus durant l’été 2014, au cours de la guerre menée par Israël à Gaza.

Et il y a des lieux plus sereins, plus faciles à contempler, comme les comptoirs installés à l’entrée de l’exposition, qui veulent faire écho aux bureaux d’admission dans les écoles. Ils veulent faire naître ce sentiment d’accueil, voire un sens d’appartenance, au moment d’y pénétrer.

Un artiste a voulu rappeler un souvenir de cours : une ligne de pots contenant des conserves de légumes servies lors de cours de sculpture sans cesse recommencés. L’oeuvre intitulée la Bibliothèque Keren Gueller est constituée de dossiers empilés à la manière d’un puzzle, remplis de publicités pour des voitures et des banques sur des cartons, élaborés avec soin pour évoquer le questionnement sur le rapport entretenu par le mercantilisme et l’art.

La peinture à l’huile réalisée par Efrat Galnoor sur le château d’eau qui se trouve au centre de la Midrasha Beit Berl Midrasha représente un garçon à la peau brune en sous-vêtements, transportant un bidon à eau, révélant l’architecture et l’histoire de l’école avant qu’elle ne devienne Beit Berl, raconte Lubin.

Il y a aussi ce décor de théâtre de Lior Shvil, squelette brut d’une scène qui accueillera pendant trois jours une pièce, répétée lors d’une série d’ateliers organisés au cours de l’exposition. Et le cours arabe de Rafat Khattab’, “le professeur d’Arabe”, sera une provocation politique, dit Lubin, poussant la langue arabe dans la conversation.

“Ces choses sont-t-elles de l’art ?” demande Lubin, ex-juriste ayant changé d’orientation, maintenant à Beit Berl, tout en continuant sur son doctorat en psychologie.

« Vous pouvez vous demander ça au sujet de tout. A quoi ressemblent donc ces choses lorsqu’il n’y a personne ? »

Plus près du plafond, sur l'installation de sièges en hauteur apprêtée par Miri Segal (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Plus près du plafond, sur l’installation de sièges en hauteur apprêtée par Miri Segal (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
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