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Des enfants à Gaza pensent qu’il y a des monstres en Israël

Quand une jeune gazaouïe visite Israël

A titre exceptionnel, une fillette atteinte de TSPT a pu se rendre en Israel avec son père et rencontrer des Israéliens

Travailleurs palestiniens au terminal d’Erez, dans le nord de la bande de Gaza, attendant d’entrer en Israël pour travailler, le 13 mars 2022. (Crédit : Attia Muhammed/Flash90)
Travailleurs palestiniens au terminal d’Erez, dans le nord de la bande de Gaza, attendant d’entrer en Israël pour travailler, le 13 mars 2022. (Crédit : Attia Muhammed/Flash90)

Confrontée à des guerres répétées et à un conflit militaire sans fin, une jeune fille de 12 ans qui vit dans la bande de Gaza a développé un trouble du stress post-traumatique (TSPT), disent ses parents. L’état de la jeune fille est tel qu’elle redoute même les activités quotidiennes et refuse de s’éloigner de ses parents.

Récemment, la jeune fille, dont le nom n’a pas été révélé et qui est identifiée dans cet article par la première lettre de son nom en hébreu, « Gimel », a reçu l’autorisation exceptionnelle de se rendre en Israël avec son père pour y effectuer une « visite de résilience ».

Dans le cadre d’une procédure soutenue par les médias Ynet et Yedioth Ahronoth, Gimel a obtenu l’autorisation d’entrer en Israël par le quartier général de coordination et de liaison au point de passage d’Erez. « Elle est en proie à des peurs qui la paralysent littéralement », a déclaré à Ynet le père de Gimel, qui lui, se rend régulièrement en Israël pour travailler.

« Chaque fois que je me rends en Israël, elle craint que quelque chose ne m’arrive », explique-t-il. « Je lui répète constamment qu’il n’y a rien à craindre, que je vais en Israël pour gagner de quoi nous faire vivre. »

Il espère que le fait de se rendre en Israël et d’y rencontrer des Israéliens l’aidera à apaiser ses craintes.

« Malheureusement, des enfants à Gaza pensent qu’il y a des monstres en Israël, qui cherchent à tuer des Arabes », ajoute-t-il.

Selon les informations disponibles, dès sa sortie de Gaza, Gimel n’aurait pas arrêté de prendre des photos. « Comme c’est beau », dit-elle à son père. « J’adore ces champs, tellement verts. »

Gimel s’est rendue dans plusieurs villes, parmi lesquelles Jérusalem, Jaffa, Ashkelon et Tel Aviv. Elle a rencontré des enfants du kibboutz Nir Am, communauté israélienne située près de la bande de Gaza où elle et son père ont résidé durant leur séjour de quatre jours en Israël.

Illustration : Palestiniens et Israéliens dialoguent au Roots Center, en Cisjordanie. (Avec l’aimable autorisation de Roots)

Malgré la barrière de la langue, Gimel et Shoham, une jeune fille de 12 ans résidente du kibboutz, sont parvenues à communiquer grâce aux applications de traduction de leur téléphone, parlant réseaux sociaux, musique, école et vacances d’été.

Shoham s’est dite surprise et préoccupée d’apprendre que Gimel n’avait pas d’abri contre les bombes là où elle vivait.

Les deux jeunes filles ont échangé leur compte Instagram à la fin de leur rencontre. Shoham, qui s’était foulée la cheville avant leur rencontre, avait du mal à marcher.

« Appuie-toi sur moi, je vais t’aider », lui a proposé Gimel et elles sont parties toutes les deux.

« J’aimerais que tu reviennes et passer plus de temps avec toi », a déclaré Shoham.

Gimel et son père se sont également entretenus avec un groupe d’enfants de Nir Am.

« Je viens de Gaza, qui a peur de moi ? » Le père de Gimel a posé cette question d’entrée de jeu et tous les enfants présents ont levé la main. Après une séance de questions-réponses, le père de Gimel a de nouveau demandé aux enfants s’ils avaient peur de lui. Cette fois, personne n’a levé la main.

Des ouvriers palestiniens au poste-frontière d’Erez, dans le nord de Gaza, attendent de pouvoir entrer pour travailler en Israël, le 13 mars 2022. (Crédit : Attia Muhammed/Flash90)

Gimel s’est également rendue dans une ferme pédagogique gérée par le Centre Hossen (« Résilience ») à Sderot, ville proche de Gaza. Ces dernières années, Sderot a été l’une des villes les plus touchées par les attaques à la roquette menées par des terroristes depuis la bande de Gaza. La ferme, qui est un centre de traitement pour enfants, utilise diverses méthodes, dont les soins aux animaux, pour aider les jeunes à guérir leurs traumatismes psychologiques.

Gimel était accompagnée d’Ibrahim al-Etauna, directeur du Centre de résilience bédouin dans le Neguev.

« Je pense qu’elle a compris que la réalité n’était ni pas si simple, mais la guerre lui fait toujours peur. Elle a tout de même admis qu’elle serait moins inquiète quand son père irait travailler », a-t-il déclaré à Ynet, évoquant une conversation privée avec Gimel après la visite.

À la fin de la visite, Gimel a déclaré qu’elle aurait aimé rester plus longtemps.

« Nous souhaitons vivre en bonne intelligence avec nos voisins, dans l’amour et la coopération », a déclaré le père de Gimel à la fin de la visite. « J’espère qu’un jour tout sera fini et que les enfants de Gaza et d’Israël pourront être bons voisins. Si cela ne tenait qu’aux enfants, il y aurait déjà la paix et tout irait bien. J’espère que ma fille pourra à nouveau se rendre en Israël. »

Il est certain que les craintes de Gimel relatives au conflit ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais son point de vue a incontestablement changé.

« Je pensais qu’en Israël, tout le monde portait un uniforme et avait un fusil, mais les Juifs sont vraiment gentils », a-t-elle conclu.

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