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Quatre arrestations après les violences commises à la manifestation pro-gouvernement

Des hommes ont amené des couteaux et des armes à feu lors du rassemblement de droite ; un ado de 17 ans a été arrêté pour avoir pris part à l'agression d'un chauffeur de taxi

Un taxi appartenant à un chauffeur arabe agressé par des manifestants de droite, le 27 mars 2023. (Crédit : Police israélienne)
Un taxi appartenant à un chauffeur arabe agressé par des manifestants de droite, le 27 mars 2023. (Crédit : Police israélienne)

Un adolescent de Jérusalem a été arrêté, mardi, soupçonné d’être impliqué dans une agression contre un chauffeur arabe de taxi dans la capitale, des faits survenus lundi soir. Cette attaque s’était déroulée dans le cadre d’une manifestation de droite qui était organisée aux abords de la Knesset, où des milliers de personnes s’étaient rassemblées pour dénoncer le mouvement de protestation contre la réforme judiciaire initiée par la coalition de la ligne dure du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Cette réforme a depuis été mise en pause.

Selon la police, cet habitant de Jérusalem âgé de 17 ans a été appréhendé parce qu’il est soupçonné d’avoir pris part à l’agression « grave et violente » du chauffeur de taxi. Des manifestants de droite avaient d’abord pilonné sa voiture à l’aide de différents objets, frappant à coup de poings sur sa fenêtre, avaient raconté les forces de l’ordre. L’homme avait alors tenté de prendre la fuite par une station-service voisine mais il avait été « sauvagement attaqué par les émeutiers qui l’avaient pris en chasse et qui ont causé d’importants dégâts sur son véhicule ».

Un membre de la famille a part ailleurs menti à la police lorsque que les agents venus au domicile du suspect lui avaient demandé où se trouvait le jeune homme, a ajouté la police mardi, alors même que l’adolescent essayait, à ce moment-là, de prendre la fuite par son balcon. Le suspect et le membre de sa famille ont été arrêtés, ce dernier étant soupçonné d’obstruction à une enquête et d’avoir aidé le suspect à tenter de s’échapper.

Il devrait y avoir d’autres arrestations dans le cadre de cet incident qui, selon les forces de l’ordre, serait de nature raciste.

La police et les services de sécurité du Shin Bet ont aussi donné plus de détails, mardi, sur les trois personnes arrêtées la nuit dernière, soupçonnées d’avoir programmé d’agresser des opposants à la refonte judiciaire la veille, à Jérusalem.

Dans un communiqué, la police a expliqué que les trois suspects avaient posté une vidéo sur les réseaux sociaux, faisant part de leur intention de s’en prendre à des manifestants venus dénoncer le projet de réforme judiciaire. Les images de la vidéo montrent trois individus en train de circuler dans une voiture, l’un d’entre eux expliquant qu’il se rend à Jérusalem en compagnie de ses deux acolytes et que tous trois ont pris avec eux des armes à feu, des armes blanches et des œufs.

« Il y a des œufs, il y a des couteaux, il y a des armes. Nous sommes en route pour Jérusalem pour exploser les manifestants », dit l’un des suspects dans la vidéo.

Une fois que la police a eu connaissance de l’existence de la vidéo, des efforts ont été menés pour retrouver les trois hommes dans le rassemblement.

Le trio, qui habite Yavneh, une ville du centre du pays, et ses environs – les trois hommes ont 17, 25 et 26 ans – a ensuite été arrêté pendant la manifestation, à proximité de la Cité du cinéma de Jérusalem, lors d’une opération qui a été conjointement menée par la police et par le Shin Bet. L’un des individus avait sur lui un permis de port d’arme.

Ils ont été assignés à résidence mardi matin, une peine assortie de restrictions, à l’issue d’une parution devant la Cour des magistrats de Jérusalem. La police a fait savoir que les trois hommes avaient fait appel de cette décision.

« Les forces de sécurité continueront à se battre résolument face aux violences, aux menaces et aux intentions de porter atteinte aux manifestants, aux journalistes, aux agents de police ou à toute autre personne », ont noté la police et le Shin Bet dans un communiqué.

D’autres informations ont fait état d’agressions commises par des activistes d’extrême-droite à l’encontre de manifestants anti-gouvernement lors du mouvement de protestation, lundi. Ils s’en seraient également pris avec violence à des passants arabes, à des journalistes et à des agents de police.

Parmi les Israéliens qui sont descendus dans la rue pour défendre le projet de refonte judiciaire, des dizaines de membres de La Familia, groupe extrémiste de droite. Certains d’entre eux ont été filmés en train d’attaquer des passants arabes et les membres de La Familia ont été aussi accusés d’autres agressions présumées.

La Familia, un groupe ultra-nationaliste, est officiellement un club de supporters de l’équipe de football du Beitar Jérusalem, même si l’équipe a pris ses distances face à l’organisation en raison de sa rhétorique raciste et de sa violence. Les responsables israéliens de la sécurité ont appelé, dans le passé, à inscrire le groupe sur la liste des organisations terroristes.

Une équipe de télévision de la Treizième chaîne a aussi été attaquée, lundi soir, pendant la manifestation. Yossi Eli, le journaliste de la chaîne, a été hospitalisé avec une côte cassée et une blessure à la rate et Avi Cashman, un caméraman, a été touché à la tête.

Mardi, Eli a transmis ses remerciements à la police sur Twitter, disant que cette dernière l’avait sauvé « d’un groupe d’émeutiers et de membres de La Familia qui avaient bloqué la route à Jérusalem, qui nous ont craché dessus, qui nous ont jeté des objets et qui ont frappé Cashman à la tête à l’aide d’une matraque ».

Lors d’un autre incident, Tamer Alkilani, journaliste pour Kan 33, la chaîne arabophone de Kan, a été harcelé par des manifestants pro-gouvernement lors d’un rassemblement à Jérusalem alors qu’il tentait d’intervenir en direct.

Netanyahu, son fils Yair et de nombreux commentateurs de droite ont graduellement tenté d’ôter toute légitimité aux médias mainstream dans le pays, accusant souvent ces derniers de propagande et assimilant les chaînes de télévision (autres que la Quatorzième chaîne pro-Netanyahu) à Al-Jazeera, au Qatar.

Les chefs de l’opposition ont vivement recommandé au gouvernement et à la police israélienne, mardi, de réprimer les violences commises par les partisans du gouvernement.

Le député Yair Lapid, leader de l’opposition et du parti Yesh Atid, a attribué la responsabilité de ces incidents à Netanyahu et à Itamar Ben-Gvir, le ministre d’extrême-droite de la Sécurité nationale.

Lapid a écrit sur Twitter que les partisans de la coalition s’étaient rendus coupables de « violences endémiques, immondes et dangereuses ».

« Voilà à quoi ressemble la violence, M. Netanyahu – et ce sont là les résultats de vos incitations et de celles du clown de TikTok [Ben Gvir] qui veut transformer sa milice de voyous en ‘garde nationale’, une ‘garde nationale’ qui amènera le terrorisme et la violence sur tout le territoire du pays », a écrit Lapid, faisant référence à la demande soumise par Ben Gvir qui réclame l’établissement d’une nouvelle force de sécurité qui sera placée sous son contrôle – les critiques, pour leur part, estiment qu’une telle unité s’apparenterait à une milice privée.

Cela fait des semaines que Netanyahu affirme que le mouvement de protestation contre la réforme gouvernementale, qui est largement pacifique, est violent et que les manifestants complotent de commettre des assassinats politiques.

Benny Gantz, le député de l’opposition à la tête de la formation HaTzionout HaDatit, a écrit sur Twitter qu’il avait eu « des témoignages difficiles de la part de manifestants qui ont été attaqués par les partisans de la législation ».

Il a exhorté Netanyahu « à lancer un appel sans équivoque à faire cesser les violences », ajoutant que « tout le monde a le droit et le devoir de faire entendre sa voix – et il est absolument interdit de lever la main contre autrui, de harceler ou de porter atteinte à l’intégrité individuelle. Stop ! »

Des partisans du plan de refonte judiciaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu se rassemblent près de la Knesset à Jérusalem, lundi 27 mars 2023. (Crédit : Oren Ziv/AP)

Même si Netanyahu n’a pas encore fait de commentaire, un membre du cabinet s’est toutefois exprimé. Shlomo Karhi, le ministre des Communications, a écrit sur Twitter que « la police doit poursuivre en justice tous ceux qui attaquent des journalistes. N’attaquez pas les équipes de journalistes, n’utilisez pas du tout la violence. C’est une ligne rouge que personne ne doit franchir, jamais ! »

De son côté, la Treizième chaîne a annoncé que suite à l’incident, elle offrirait dorénavant à ses équipes, lorsqu’elles couvrent des manifestations sur la réforme judiciaire, les services de deux gardes du corps.

Dans une déclaration, la chaîne a fait savoir qu’elle condamnait les agressions subies par son équipe et qu’elle comptait sur la police pour amener leurs auteurs devant la justice.

L’Union des journalistes, en Israël, a aussi demandé à la police de retrouver les responsables. « L’attaque dont a été victime Eli suit un certain nombre d’incidents similaires qui ont visé les journalistes et les équipes de secours ces derniers jours », a noté l’Union dans un communiqué.

Eli aurait également été agressé dimanche pendant un mouvement de protestation, malmené, cette fois-ci, par la police. Shai Toni, caméraman pour la Treizième chaîne, aurait lui aussi été victime de brutalités et sa caméra aurait été cassée.

Ces agressions, lundi, ont été commises pendant les manifestations des partisans et des détracteurs du projet gouvernemental de réforme judiciaire – des rassemblements qui ont entraîné des affrontements avec la police qui tentait de débloquer des routes et de restaurer l’ordre, dans la nuit, alors que le pays était encore en ébullition après l’annonce, par Netanyahu, que son gouvernement mettait temporairement en pause la réforme judiciaire qui avait été à l’origine de la mobilisation.

Les plus grands mouvements de protestation, dans la soirée, ont eu lieu à Jérusalem et à Tel Aviv. Dans la capitale, des dizaines de milliers de protestataires favorables aux réformes se sont rassemblés et un nombre similaire d’opposants au plan gouvernemental – qui affaiblirait considérablement le pouvoir de la Haute cour – se sont regroupés à Tel Aviv. 55 personnes ont été arrêtées, accusées de bloquer des routes et de troubles à l’ordre public pendant toute la journée et dans tout le pays, mais majoritairement à Tel Aviv.

Dans la journée, Netanyahu avait promis d’établir « une garde nationale » placée sous l’autorité directe de Ben Gvir en échange du soutien apporté par le début d’extrême-droite à sa décision de suspendre la réforme. Ben Gvir supervise déjà la police et il a exprimé de manière répétée sa frustration face au refus de cette dernière de se soumettre à ses directives (la police et son commissaire bénéficient d’un important degré d’indépendance et si le ministre peut établir des politiques, il n’a pas l’autorité nécessaire pour déterminer des directives opérationnelles – ceci dans le but d’éviter une politisation des forces de l’ordre).

Le mouvement de protestation massif hebdomadaire a été lancé il y a presque trois mois pour s’opposer au plan de restructuration du système judiciaire envisagé par le gouvernement. Les critiques affirment que ce projet supprimera des contre-pouvoirs déterminants contre une toute-puissance du gouvernement et qu’il portera gravement atteinte au caractère démocratique de l’État juif. De leur côté, les partisans de la mesure déclarent qu’il freinera un système judiciaire qui, selon lui, a dépassé les bornes de son autorité.

Netanyahu a fait savoir, lundi soir, qu’il mettait temporairement en pause cette réforme législative pour ouvrir la porte à un dialogue.

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