Quatre otages de l’Hyper Cacher se confient
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Quatre otages de l’Hyper Cacher se confient

Ils ont été transformés par ce qu'ils ont vécu ; les dommages ne sont pas physiques mais bien psychologiques, les plus difficiles à soigner

L'épicerie juive de Vincennes - 9 janvier 2015 (Crédit : AFP)
L'épicerie juive de Vincennes - 9 janvier 2015 (Crédit : AFP)

Ils essayent de reprendre une vie normale, mais ils évoquent tous, à demi-mot, leurs nouveaux réflexes dans les lieux publics. La peur des gens, de la foule, l’automatisme de regarder où se situe la sortie de secours.

Sandra, Yohann, Jean-Luc et Emilie étaient à l’intérieur du magasin quand Amedy Coullibaly a fait effraction dans le super-marché casher. Lors d’une interview accordée au quotidien Libération, ils expliquent alors que tous les clients se sont réfugiés au fond du magasin et sont descendus au sous-sol.

Dès son irruption, le terroriste abat Yoann Cohen, employé du magasin. Puis, Philippe Braham et François-Michel Saada.

Au début, ils ont eu un doute concernant les motivations d’Amedy Coullibaly : simple vol ou réel terroriste ? Les doutes disparaissent avec les morts.

Les clients coincés au sous-sol cherchent désespérément une sortie de secours, en vain.

Lassana Bathily, manutentionnaire du magasin, propose aux otages d’évacuer les lieux par le monte-charge.

Les clients pétrifiés par la situation refusent de peur de se faire prendre. Lassana sera alors le seul à utiliser le monte-charge. Intercepté par la police à la sortie, il fournira des informations importantes sur la topographie du magasin.

Au sous-sol, les otages se réfugient dans les chambres froides et derrières des palettes. Au fur et à mesure les otages se trouvent obligés de remonter à l’étage sous les menaces incessantes d’Amedy Coullibaly.

Les quatre otages interrogés refusent d’obéir et se barricadent dans une des chambres froides : Jean-Luc, Emilie, Sandra, Yohann ainsi qu’un bébé de 10 mois. Il fait -3 ou -4°C dans la chambre froide. L’angoisse s’installe, les heures sont interminables, la peur que le bébé ne survive pas se fait ressentir.

Au début très silencieux, par peur de se faire repérer, les langues finissent par se délier. Des adieux sont prononcés au téléphone, des messages avec l’extérieur sont échangés. Les quatre otages racontent le changement de leur état d’esprit. Au début optimistes, ils finissent pas perdre espoir jusqu’à l’assaut final lancé par les forces de police.

Ils entendent une grande explosion, des cris, la police est maintenant dans le magasin. Elle vient les délivrer quelques minutes plus tard après avoir vérifier qu’aucun terroriste ne se cachait parmi eux.

Les otages sont évacués vers la sortie. Ils ont pour consigne de regarder tout droit, mais ce n’est pas possible. Ils marchent dans le sang, tout le magasin est détruit autour d’eux, une véritable scène de guerre.

Ils sont alors conduits auprès d’une cellule psychologique. Les otages s’accordent à dire qu’il n’était pas possible de témoigner. Ils voulaient juste retrouver leurs proches.

Aujourd’hui, les otages abordent le traumatisme avec le plus de recul possible, ils avouent que reprendre un quotidien normal est impossible, la culpabilité les ronge.

Ils sont devenus amis et partagent leur souffrance.

Le 26 mars 2015, les otages ont déposé une plainte contre BFM TV qui, au moment des faits, avait révélé en direct qu’ils étaient cachés.

Yohann affirme qu’il partira vivre en Israël à la rentrée prochaine avec sa femme et son fils. Il préfère mourir en Israël qu’à Paris.

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