Quatzenheim : « une manière de nier l’identité des Juifs », selon un sociologue
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Quatzenheim : « une manière de nier l’identité des Juifs », selon un sociologue

Près d'une centaine de tombes d'un cimetière juif alsacien ont été vandalisées le jour où des rassemblements politiques sont prévus pour lutter contre l'antisémitisme

Hommage à Ilan Halimi, à Sainte-Genevieve-des-Bois, le 13 février 2019. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)
Hommage à Ilan Halimi, à Sainte-Genevieve-des-Bois, le 13 février 2019. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

« Profaner des tombes est une manière de nier l’identité des Juifs », affirme Raphaël Liogier, sociologue et philosophe, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, alors que près d’une centaine de tombes d’un cimetière juif alsacien ont été vandalisées.

Que révèle l’acte de profanation d’une tombe ?

Raphaël Liogier : C’est notamment s’attaquer à ce qu’il y a de plus sacré. La tombe, c’est un sanctuaire par excellence, c’est un sanctuaire où les morts, c’est-à-dire mes ancêtres, mon âme, mon essence, ceux que j’aime sont au repos, séparés. Profaner, c’est l’insulte par excellence : ‘je réveille ceux qui devraient être au repos. Je profane ce qui est sacré’.

C’est très grave. Ce sont des réactions archaïques, c’est comme dans le mythe d’Antigone : l’insulte suprême pour des guerriers, c’est de refuser de les enterrer, de laisser leur corps se décomposer et ne plus exister dans la descendance et ne plus avoir avoir d’identité.

Donc profaner des tombes, c’est une manière de nier l’identité des Juifs.

Cela touche aussi le rapport à la Nation, le rapport au sol, donc à l’enracinement dans ce sol. Le fait de profaner des tombes, c’est leur refuser l’enracinement dans la Nation.

Selon vous, cet événement n’arrive pas à n’importe quel moment ?

Ça arrive au moment où plusieurs marches contre l’antisémitisme sont organisées, juste après cet événement avec Alain Finkelkraut (qui a essuyé des insultes antisémites par des gilets jaunes samedi), à un moment aussi où on a tendance à mélanger politique internationale – le sionisme, l’anti-sionisme – avec l’antisémitisme.

Aujourd’hui il y a une sorte de cercle vicieux. Ceux qui profanent, en général s’estiment floués et insultés, ce sont des gens qui eux-mêmes se sentent humiliés, en raison de préjugés multiples et variés. Comme ils ne peuvent s’exprimer au grand jour, car ce n’est pas politiquement correct, ils le font en secret, en profanant et donc en humiliant.

Il y a eu d’autres symboles : l’arbre à la mémoire d’Ilan Halimi scié, le portrait de Simone Veil barré de croix gammées…

Couper l’arbre d’Ilan Halimi, c’est la négation du symbole du respect que la société lui rend. C’est aussi son déracinement.

Le symbole nazi sur le portrait de Simone Veil, c’est encore plus fort car c’est en référence en général à ce que furent les nazis vis-à-vis des Juifs, mais c’est aussi en quelque sorte dire à titre personnel à Simone Veil : ‘en gros on aurait préféré que les nazis fassent leur travail avec toi’.

Il y a aussi en ce qui la concerne quelque chose de fondamentalement réactionnaire, avec tout ce qu’elle peut représenter de progrès social, de la part de toute une frange de l’extrême-droite, anti-IVG, anti-féministe, qui a le sentiment que ‘rien n’est plus comme avant, que le peuple français n’est plus vraiment le peuple français’, c’est l’image du juif qui ‘sabote notre enracinement national’.

Le visage de Simone Veil taggué d’une croix gammée dans le 13e arrondissement, le 11 février 2019. (Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP)
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