Que devient le vendeur de falafels d’Ashdod, symbole de la crise économique ?
Rechercher

Que devient le vendeur de falafels d’Ashdod, symbole de la crise économique ?

Yuval Carmi a été hospitalisé pour des problèmes cardiaques peu après son interview ; si sa boutique a depuis rouvert, l'aide financière reçue du gouvernement était "une blague"

Le vendeur de falafels Yuval Carmi devant sa boutique, le 9 juin 2020. (Anat Peled / Times of Israel)
Le vendeur de falafels Yuval Carmi devant sa boutique, le 9 juin 2020. (Anat Peled / Times of Israel)

Après avoir été interviewé et mis en avant dans les journaux télévisés israéliens en avril, Yuval Carmi, propriétaire d’un kiosque de falafels à Ashdod, est devenu le symbole du désastre économique causé par le coronavirus.

Le pays a pu le voir fondre en larmes, expliquant que les réglementations en matière de distanciation sociale avaient forcé la fermeture de son magasin et qu’il était endetté de 65 000 shekels (16 750 €).

« Je veux m’immoler », avait-il déclaré à une équipe de tournage de la Treizième chaine, qui n’avait pu s’empêcher de contenir son émotion en le rencontrant.

Le lendemain, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait appelé Carmi et promis de l’aider. Carmi avait souligné qu’il ne rejetait pas la faute sur le Premier ministre, mais sur ses conseillers.

« Il semble que les gens ne vous disent pas ce qui se passe », avait-il déclaré au Premier ministre.

Yuval Carmi, propriétaire d’un magasin de falafel à Ashdod, montre son portefeuille vide, le 19 avril 2020. (Capture d’écran : Treizième chaîne)

Trois mois plus tard, la crise financière dans le pays se poursuit et 20,9 % de la main-d’œuvre se trouve désormais sans emploi ou en congé – soit 848 000 Israéliens. Une deuxième vague d’infection au coronavirus a déclenché l’instauration de nouvelles restrictions, considérées par beaucoup comme arbitraires, pour des citoyens qui venaient tout juste de reprendre le travail.

Le gouvernement a également été critiqué pour son plan de sauvetage financier qui n’a pas permis d’aider les propriétaires d’entreprises en difficulté. Cela a laissé des gens comme Carmi dans une lutte pour leur survie.

« Ce que nous avons eu est vraiment une blague », a-t-il récemment déclaré au Times of Israël. « Au début, j’ai reçu 5 900 shekels (1 510 €), puis j’ai reçu 6 000 shekels dans un deuxième temps, et c’est tout. Mais cela ne suffit pas [pour] garder le magasin et garder les employés. Ce n’est pas ce que nous méritons. »

Le coronavirus menace directement le modèle commercial de Carmi. Sa boutique de falafels repose sur un système de nourriture fraîche et d’interaction avec les clients. Il n’a connaissance d’aucune boutique de falafels effectuant des livraisons, car le falafel est un produit censé être consommé alors qu’il est encore chaud. De plus, il considère son travail comme davantage qu’une simple transaction commerciale. Son visage s’illumine lorsqu’il parle de service à la clientèle.

« Ce n’est pas comme il y a 30 ans, où si vous aviez une boutique de falafels, le client disait juste ‘Fais-moi un falafel !’, et vous n’échangiez pas un mot avec lui. Aujourd’hui, vous dites : ‘Bonjour, mon frère !’, et vous lui donnez son [falafel] avec un sourire. C’est beau ! »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretient par téléphone avec le vendeur de falafels Yuval Carmi, au lendemain de la diffusion d’un reportage sur ce dernier confiant en pleurs ses grandes difficultés financières du fait du coronavirus, le 20 avril 2020. (Capture écran : YouTube)

La boutique de Carmi, qui emploie son fils et quatre autres salariés, a pour le moment repris ses activités et respecte les règles de distanciation sociale. Mais son combat ne concerne pas uniquement sa boutique.

« Mon cœur est avec eux », a-t-il déclaré, se référant aux employés de l’industrie du divertissement, aux propriétaires de lieux et à d’autres propriétaires de petites entreprises, dont certains sont descendus dans la rue pour protester. « Nous payons des impôts », a-t-il déclaré. « Pourquoi payons-nous l’assurance nationale ? »

Carmi considère le coronavirus comme un accident de voiture – les gens paient pour une assurance et, lorsque leur voiture est détruite dans un accident, ils sont couverts.

« Aidez les entreprises ! », a-t-il supplié. « Quand [le gouvernement] aidera les entreprises, les gens survivront. »

Environ 5 000 Israéliens du monde de la culture et de l’art manifestent devant le ministère des Finances à Jérusalem, demandant le soutien financier du gouvernement israélien, le 15 juin 2020.
(Yonatan Sindel/Flash90)

Face aux difficultés croissantes, certains ministres ont été vivement critiqués ces dernières semaines pour leur déconnexion avec la réalité de la population.

La semaine dernière, Tzachi Hanegbi, ministre sans portefeuille du Likud, a affirmé lors d’une émission très populaire du vendredi que l’idée que certains Israéliens n’avaient pas de quoi manger était une « connerie ». Bien qu’il se soit plus tard excusé, cette remarque a semblé mettre en avant le manque d’empathie perçue du gouvernement à l’égard de la situation.

Calomnié, hospitalisé

Carmi a lui aussi fait face à des critiques suite à la première diffusion de son interview. Il a ainsi été accusé d’inventer ses difficultés économiques.

« Beaucoup ont dit que j’étais riche et que j’avais des yachts et des Mercedes », a-t-il déclaré.

Carmi a dit qu’il n’avait pas pu dormir pendant trois semaines.

« Même si j’ai éteint mon téléphone, ils ont atteint mes enfants, ma femme, tout le monde », explique-t-il. « Les gens ne voulaient tout simplement pas nous laisser nous reposer et m’ont calomnié. Ma femme, mes enfants, chaque nuit, nous pleurions à la maison. Pourquoi ont-ils dit des choses comme ça sur nous ? »

La situation est devenue si grave que Carmi, qui a failli être victime d’une crise cardiaque, a dû être hospitalisé et subir un cathétérisme cardiaque. Selon les médecins, cela était le résultat direct de son stress et de la surcharge émotionnelle. Mais même à l’hôpital, les méchancetés n’ont pas cessé. Avant son opération, il a été reconnu par un couple dans le couloir. L’homme l’a insulté de « pleurnichard de la télévision » et lui a dit : « J’ai fait faillite et je n’ai pas pleuré comme toi. »

Carmi a ignoré l’homme à l’hôpital ainsi que les autres.

« Je me suis contenté de ne pas répondre et de bénir chaque personne, ceux qui ont terni mon nom et ceux qui m’ont soutenu », a-t-il déclaré.

Un policier scelle l’entrée d’un quartier de la ville d’Ashdod, dans le sud du pays, en raison de l’épidémie de coronavirus, le 2 juillet 2020. (Flash90)

Carmi espère que son refus de réagir encouragera ceux qui l’insultent à réfléchir sur eux-mêmes « et la prochaine fois, ils ne le feront peut-être pas à autrui ». Ainsi, certaines personnes qui l’avaient insulté lui ont depuis envoyé des messages affirmant qu’ils étaient désolés pour ce qu’ils avaient fait.

Bien que la boutique de falafels reste ouverte pour le moment, avec le fils de Carmi ayant pris le relais alors qu’il se repose, l’incertitude plane quant à l’avenir.

La semaine dernière, trois quartiers d’Ashdod à proximité de son kiosque ont été confinés en raison d’une recrudescence des cas de coronavirus. Mais il garde espoir. Même si les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient, certaines personnes viennent de Herzliya et de Haïfa pour manger dans son magasin et lui apporter leur soutien.

« Am Israël ‘haï », vie au peuple d’Israël, a-t-il dit. « Il n’y a rien de tel qu’Am Israël. Rien de plus proche. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...