Quel que soit le vainqueur, Israël sera totalement changé après l’élection
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Opinion

Quel que soit le vainqueur, Israël sera totalement changé après l’élection

Que ce soit Bibi ou non, nos prochains dirigeants et la prochaine législature seront plus que jamais de droite. Contrairement aux USA, notre alternance politique ne marche plus

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Les chefs de partis à l'approche des élections de 2021 (de gauche à droite) : Yair Lapid, Naftali Bennett, Benjamin Netanyahu, Gideon Saar, Benny Gantz. (Autorisation)
Les chefs de partis à l'approche des élections de 2021 (de gauche à droite) : Yair Lapid, Naftali Bennett, Benjamin Netanyahu, Gideon Saar, Benny Gantz. (Autorisation)

Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, notre prochaine élection sera une bataille menée à une écrasante majorité par la droite du spectre politique.

Elle n’aura cependant presque rien à voir avec une idéologie quelconque. La question portera plutôt, une fois de plus, sur un seul homme.

Et pourtant, quel que soit le vainqueur, il en résultera un Israël profondément changé.

Le Parti travailliste de centre-gauche, qui a dirigé l’Israël moderne pendant ses trois premières décennies, est presque certain de disparaître de la carte politique. L’alliance Kakhol lavan, à laquelle Benny Gantz a attiré des centaines de milliers d’électeurs de centre-gauche en promettant à plusieurs reprises qu’il ne s’allierait pas avec un Benjamin Netanyahu accusé de corruption, disparaîtra également.

Certains des électeurs que Gantz a abandonnés resteront au centre-gauche, votant pour Yesh Atid de Yair Lapid. Mais la plupart des sondages indiquent – y compris au moins une partie des masses qui manifestent depuis des mois dans tout le pays contre Netanyahu – se dirigent vers les derniers champions du mouvement « Tout sauf Bibi » : le parti renaissant Yamina du sioniste religieux Naftali Bennett, et le parti Tikva Hadasha remarquablement populaire du rebelle Likud Gideon Saar.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu photographié après avoir fait une déclaration peu avant la chute de la coalition et le déclenchement des élections, à la Knesset, le 22 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Si nos trois dernières élections anticipées portaient essentiellement sur la question de savoir si les Israéliens voulaient que Netanyahu devienne notre Premier ministre – repoussant à la marge ce qui avait été des questions électorales essentielles telles que le conflit palestinien, les implantations israéliennes, les pouvoirs de la Cour suprême et le service militaire pour les ultra-orthodoxes – le vote de mars 2021 portera sur la question de savoir si les Israéliens veulent que Netanyahu reste notre Premier ministre ou non.

Bennett et Saar montent en flèche non pas à cause de leur idéologie politique, mais parce que, tout comme Kakhol lavan l’a prétendu, ils ont fait du remplacement de Netanyahu leur cause principale

Bennett cherche à annexer la plus grande partie de la Cisjordanie ; Saar s’oppose à une solution à deux États ; tous deux veulent réduire l’autorité de nos juges ; tous deux seraient heureux de s’associer avec les partis ultra-orthodoxes. Pourtant, alors que le parti de Bennett n’a remporté que six sièges aux élections de mars 2020, et que celui de Saar n’existait pas, ils se dirigent maintenant tous les deux vers un nombre important de 30 à 35 sièges – une hausse fulgurante non pas en raison de leur idéologie politique, mais parce que, tout comme Kakhol lavan l’a prétendu, ils ont fait du remplacement de Netanyahu leur cause principale, « l’ordre du jour », comme Saar l’a dit lorsqu’il a annoncé son départ il y a deux semaines.

Des adversaires plus durs

Leurs arguments pour remplacer Netanyahu ne sont pas idéologiques. Ils ne sont pas non plus d’une grande moralité. Ses deux principaux adversaires n’ont pas soutenu l’assaut incessant de Netanyahu contre les dirigeants des forces de l’ordre qui le poursuivent, mais ils n’ont pas non plus mené une défense outrée de la police et du ministère public. Il s’agit de deux politiciens très ambitieux qui voient une opportunité de faire ce que les politiciens sont prêts à faire : prendre le pouvoir.

La députée du Likud Michal Shir lors d’une journée d’orientation à la Knesset, le 29 avril 2019. (Crédit : Noam Moscowitz/Knesset)

Saar a tenté de renverser Netanyahu pour la direction du Likud l’année dernière ; il a échoué, et il essaie maintenant de le battre de l’extérieur, déplorant que le Premier ministre ait fait du Likud un mouvement au « culte de la personnalité », qu’il ne puisse pas offrir de stabilité, et qu’il ait affaibli la confiance des Israéliens dans le système politique. Pour remédier à cette situation, Saar a créé son propre parti et a travaillé cyniquement en coulisses cette semaine pour accélérer la chute du gouvernement dirigé par le parti qui l’a fait élire il y a quelques mois à peine.

La députée du Likud Sharren Haskel annonce sa démission de la Knesset et du parti du Likud dans une conférence de presse, le 23 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

(Une des fidèles de Saar, Michal Shir, s’est cachée dans le parking de la Knesset avant de voter de manière spectaculaire contre un projet de loi qui aurait donné à la coalition un peu plus de temps pour adopter le budget de l’État. Une seconde, Sharren Haskel, s’est absentée. Quelques heures plus tard, toutes deux ont annoncé qu’elles quittaient le Likud pour rejoindre son nouveau parti. Si elles avaient quitté le Likud avant le vote, le projet de loi aurait très bien pu être adopté, et la coalition aurait survécu.)

Pour sa part, Bennett s’est retrouvé dans l’opposition pendant la brève durée de la coalition Netanyahu-Gantz, non pas parce qu’il considérait le Premier ministre comme une menace nationale et qu’il refusait d’en faire partie, mais simplement parce que Netanyahu l’avait laissé de côté, ce qui l’a poussé à attaquer, à la manière de Netanyahu, le gouvernement qui l’avait rejeté en le qualifiant de « gauchiste ».

Netanyahu va regretter Gantz – qui, devenu chef de l’armée israélienne de façon inattendue après que le candidat prévu a déraillé, s’est retrouvé au bon endroit au bon moment pour mettre Kakhol lavan sur pied, et s’est révélé si mal équipé pour la politique nationale. Saar et Bennett sont tous deux des dirigeants chevronnés, des adversaires plus coriaces avec des décennies passées avec Bibi, qui ne songeraient pas à laisser Netanyahu passer en premier dans un accord de rotation du Premier ministre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) à la Knesset le 29 juillet 2013, avec Naftali Bennett (à gauche) et Gideon Saar. (Miriam Alster/FLASH90)

Seuls les imbéciles font des pronostics sur les élections israéliennes ; personne ne peut savoir à ce stade comment celles-ci se termineront. Mais Netanyahu – qui s’est débarrassé de l’irritant Gantz, a signé une succession d’accords de normalisation avec des pays arabes, a apparemment et parfois ouvertement supervisé certaines activités stupéfiantes du Mossad contre l’Iran, et a joué un rôle personnel pour assurer la livraison rapide de millions de vaccins contre la COVID-19 – aurait voulu avoir plus de temps pour contrôler la pandémie, et voir s’estomper le premier élan d’enthousiasme du public pour Saar, avant de se retrouver à nouveau face aux citoyens.

Netanyahu tournera en dérision l’idée que Saar ou Bennett puissent être meilleurs sur la scène internationale, en équilibrant normalisation et annexion, en gérant le Mossad et en appelant les chefs des laboratoires pharmaceutiques du monde entier. Mais si l’on en croit les sondages, les partis qui se consacrent à son éviction ont actuellement le soutien de près des deux tiers de l’électorat ; sa bataille pour sa survie pourrait cette fois-ci être plus difficile que jamais.

L’alternance ne marche plus

Encore une fois, l’élection n’aura presque rien à voir avec une idéologie. La question portera sur un seul homme.

Mais voilà : peu importe qui gagne, nous serons un Israël très différent sur le plan idéologique quand ce sera fini. Un Israël dont la plupart des législateurs s’efforceront de restreindre l’action de nos juges. Un Israël dont la plupart des législateurs seront favorables au renforcement contesté de notre présence en Cisjordanie, y compris dans les zones situées au-delà de la barrière de sécurité et en dehors des principaux blocs d’implantation, réduisant encore la possibilité d’un éventuel désengagement de millions de Palestiniens hostiles, et mettant ainsi en danger la nature fondatrice d’Israël en tant qu’État à la fois juif et démocratique.

Contrairement aux États-Unis, notre alternance politique a cessé de fonctionner.

Ce sera Bibi. Ou peut-être que ce ne sera pas Bibi. Mais notre prochaine direction, et notre prochaine législature, seront plus à droite que jamais.

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