Quelle que soit la fin du conflit avec le Hamas, le problème ne sera pas réglé
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Analyse

Quelle que soit la fin du conflit avec le Hamas, le problème ne sera pas réglé

Comme toujours, les terroristes de Gaza cherchent à desserrer le blocus d'Israël, mais Israël ne pourra jamais y consentir, car le Hamas importerait des armes plus dévastatrices

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Une voiture est en flammes après avoir été touchée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza dans la ville d'Ashdod, au sud d'Israël, le 5 mai 2019. (Flash90)
Une voiture est en flammes après avoir été touchée par une roquette tirée depuis la bande de Gaza dans la ville d'Ashdod, au sud d'Israël, le 5 mai 2019. (Flash90)

Avec des centaines et des centaines de roquettes et d’obus de mortier tirés sur Israël et les frappes de représailles israéliennes contre les dirigeants terroristes de la bande de Gaza, ces deux derniers jours de combat constituent déjà la plus grande escalade du conflit depuis cinq ans. Craignant que la situation ne s’aggrave, on estime que 35 % des habitants des villes et villages de “l’enveloppe” de Gaza, en Israël, auraient été temporairement évacués vers des horizons plus sûrs, au nord, tard dimanche.

En écoutant les menaces du Hamas et du Jihad islamique palestinien, en promettant d’étendre la portée de leurs roquettes et de leurs missiles en direction de Tel Aviv et du reste du centre du pays et en publiant des vidéos sur des cibles potentielles spécifiques, il pourrait sembler inévitable que la violence s’aggrave davantage.

Si l’on écoute Herzl Halevi, chef du Commandement Sud de Tsahal en Israël, il semblerait que l’armée soit prête pour une attaque beaucoup plus intense contre les infrastructures du Hamas. « Nous recherchons une solution qui apportera un avenir plus sûr et plus calme », a déclaré
M. Halevi dimanche soir, notant que l’armée israélienne se « prépare depuis plusieurs mois », notamment par plusieurs exercices impliquant des forces terrestres.

Et c’est ce qui pourrait se produire. Le Hamas, le groupe terroriste islamiste qui ne cache pas son objectif d’anéantissement d’Israël, et le Jihad islamique, son petit frère contrôlé par les Iraniens, et non moins infâme, pourraient en effet encore entraîner Israël dans un conflit à grande échelle.

Au moment d’écrire ces lignes (dimanche soir), cependant, les deux parties indiquaient qu’elles cherchaient à éviter cette éventualité.

Les journaux télévisés de dimanche soir étaient un mélange surréaliste de reportages compilés plus tôt sur les attaques à la roquette de la journée, entrecoupés d’une couverture en direct d’autres alarmes et tirs de roquettes.

A quelques jours de la célébration de Yom HaAtsmaout en Israël et des festivités de l’Eurovision qui suivront une semaine plus tard, les groupes terroristes de Gaza parient qu’Israël préfère faire des concessions plutôt que de sombrer dans un conflit généralisé. D’où le ciblage calibré d’Israël, plutôt qu’un assaut total.

Israël a déjà subi des coups importants. Au moment de la rédaction de ces lignes, le bilan s’élevait à quatre morts, dont un civil délibérément visé dans sa voiture près de la frontière par un missile antichar de précision tiré depuis le nord de Gaza. Dimanche soir, la ville d’Ashdod, dans le sud du pays, a été frappée par une pluie d’une trentaine de roquettes – la pire attaque de ce type qu’elle ait jamais subie – qui a fait un autre mort et causé des dégâts considérables. Le nombre de roquettes et de mortiers tirés depuis la bande de Gaza a augmenté inexorablement ces deux derniers jours – à plus de 600 au moment de la rédaction de cet article. Les journaux télévisés de dimanche soir étaient un mélange surréaliste de reportages sur les attaques à la roquette de la journée, entrecoupés d’une couverture en direct d’autres sirènes et tirs de missiles. Le Dôme de fer a enregistré un taux de réussite de 90 %, mais de nombreuses roquettes visant des zones résidentielles parviennent encore à échapper aux systèmes de défense israéliens.

Pourtant, le Hamas et le Jihad islamique disposent d’armes supplémentaires. Il y a quelques semaines seulement, les terroristes de Gaza ont « accidentellement » tiré des roquettes sur Tel Aviv. Personne au sein de l’appareil sécuritaire israélien ne doute de sa capacité à le faire à nouveau, avec des conséquences significatives. Ces missiles antichars de précision peuvent causer beaucoup plus de morts et de destructions. Des sources anonymes de la sécurité israélienne ont également été citées dimanche après-midi, mettant en garde contre la possibilité que la violence se répande dans le nord d’Israël – et que l’Iran envisage l’activation du Hezbollah.

Pour sa part, alors que le général Halevi a noté que les frappes militaires israéliennes visaient les entrepôts de munitions du Hamas, les équipes de lancement de missiles, l’infrastructure organisationnelle et bien d’autres cibles encore plus sensibles du Hamas, Israël a directement visé dimanche un responsable du Hamas qui acheminait les fonds iraniens au groupe terroriste, d’autres cibles plus sensibles du Hamas n’ont pas encore été touchées. De nombreux membres clés de la direction du Hamas et du Jihad islamique se trouvent au Caire, où l’Égypte tente d’assurer la médiation d’un processus de cessez-le-feu. Beaucoup, mais pas tous. De même, il n’a pas été sérieusement question jusqu’à présent d’une offensive terrestre de Tsahal.

Une publicité de rue pour le prochain Concours Eurovision de la Chanson 2019 à Tel Aviv. (Adam Shuldman/Flash90)

Lors d’une longue réunion du cabinet de sécurité, dimanche, les principaux ministres israéliens auraient discuté de la perspective de Yom HaAtsmaout, mais auraient néanmoins demandé à Tsahal de poursuivre ses opérations, le seul impératif étant de garantir « la sécurité de l’Etat et de ses citoyens ». Pourtant, les prochaines commémorations – Yom HaZikaron et Yom HaAtsmaout – sont importantes ; le gouvernement préférerait ne pas les célébrer en plein conflit.

De même, l’idée qu’un concours télévisé imminent aurait un impact sur la stratégie militaire d’Israël peut sembler absurde, mais l’Eurovision mi-mai est largement décrit comme l’un des plus grands événements musicaux du monde. On s’attend à ce que des centaines de millions de personnes le regardent et, par extension, regardent Israël. Une annulation forcée – pour la première fois en 63 ans d’histoire du concours – ne serait pas seulement embarrassante pour Israël. Cela aurait des répercussions sur la réputation et le statut d’Israël sur la scène internationale, avec des répercussions économiques importantes à long terme, y compris, mais sans s’y limiter, sur le tourisme.

Un homme prie sur la tombe de l’Israélien Moshe Agadi lors de ses funérailles dans la ville d’Ashkelon, au sud d’Israël, près de la frontière de Gaza, le 5 mai 2019. Agadi, 58 ans, père de quatre enfants de la ville, se trouvait à l’extérieur de sa maison lorsqu’une roquette tirée depuis Gaza l’a mortellement blessé. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Cette série de violences a débuté par un tireur d’élite du Jihad islamique qui a blessé deux soldats israéliens à la frontière de Gaza vendredi, et par la mort de deux terroristes du Jihad islamique, tués en représailles par Israël. Par la suite, dans la nuit de vendredi, nous avons replongé dans la routine amèrement familière des attaques à la roquette et au mortier contre le sud d’Israël, des interventions de Tsahal, des tirs encore plus intenses de roquettes, des réactions plus fortes de Tsahal et ainsi de suite.

Mais considérer ce conflit sous cet angle étroit est erroné. La racine de ce cycle de violence, comme de ceux qui l’ont précédé au cours des 12 années qui se sont écoulées depuis que le Hamas a pris par la force le contrôle de Gaza des mains du Fatah, du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, est que le Hamas, le Jihad islamique et leurs partisans refusent l’existence d’un Etat juif.

Israël a quitté la bande en 2005, expulsant de force 7 à 8 000 Juifs israéliens d’une vingtaine d’implantations, retirant sa présence militaire et se repliant sur les frontières d’avant 1967. En d’autres termes, Israël est absent de la bande de Gaza, n’a aucune querelle avec elle et ne souhaite rien de plus que la voir prospérer.

Mais le Hamas a une autre vision des choses. Ainsi, alors que les Gazaouis sont accablés par la pauvreté, il détourne toutes les ressources potentielles pour sa machine terroriste. Il envoie les Gazaouis à la frontière dans d’interminables émeutes sous la bannière d’un « retour » dans l’Etat d’Israël d’aujourd’hui. Et les « concessions » qu’il cherche à obtenir d’Israël, dans ce cycle de violences et dans tous les précédents, sont les mêmes : relâcher l’emprise sécuritaire israélienne sur le territoire afin de faire entrer les fonds et les armes pour causer à Israël encore plus de tort au final.

Cela signifie-t-il qu’Israël devra inévitablement reconquérir la bande de Gaza (avec le risque de pertes humaines considérables), chasser les forces militaires du Hamas et tenter de marginaliser son idéologie extrémiste ? Eh bien, pour qu’il y ait une fin à ces cycles de conflit acharnés, il va falloir que quelqu’un supplante les extrémistes islamiques. Le problème auquel Israël est confronté est qu’il ne souhaite pas reprendre le contrôle et la responsabilité de Gaza et de ses quelque 2 millions de Palestiniens, mais ne voit personne d’autre disposé à le faire.

Et cela restera la réalité, quelle que soit l’ampleur de la vague de violence actuelle, quel que soit le nombre de morts et le nombre de traumatismes et de dévastations qu’elle provoque. C’est pourquoi Israël parle de réaffirmer sa capacité de dissuasion et de rétablir le calme, plutôt que de procéder à des changements stratégiques.

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