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Quelles perspectives pour le Liban, désormais sans président ?

Le gouvernement démissionnaire ne peut pas prendre de décisions importantes ou appliquer les réformes exigées par la communauté internationale pour obtenir une aide économique

Des partisans du Hezbollah brandissent les drapeaux Palestinien, Iranien et du groupe terroriste libanais lors d'une manifestation à la frontière dans le cadre de la campagne militaire menée par les Israéliens à Gaza, à la frontière entre Israël et le Liban, devant l'implantation de Metula, en arrière-plan, le 14 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Mohammed Zaatari)
Des partisans du Hezbollah brandissent les drapeaux Palestinien, Iranien et du groupe terroriste libanais lors d'une manifestation à la frontière dans le cadre de la campagne militaire menée par les Israéliens à Gaza, à la frontière entre Israël et le Liban, devant l'implantation de Metula, en arrière-plan, le 14 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Mohammed Zaatari)

Le Liban déjà en pleine déroute économique et financière se retrouve mardi sans président, le mandat de Michel Aoun s’étant achevé sans que le Parlement, profondément divisé, n’élise un nouveau chef de l’Etat.

Le pays est désormais dirigé par un gouvernement démissionnaire aux pouvoirs réduits, qui ne peut pas prendre de décisions importantes ou appliquer les réformes exigées par la communauté internationale pour obtenir une aide économique.

Les profondes divisions font craindre que le Liban ne se retrouve à nouveau sans président pendant des mois, ce qui minerait davantage la confiance des créanciers.

Pourquoi le Liban est-il sans président ?

Depuis fin septembre 2022, le Parlement s’est réuni à quatre reprises pour tenter d’élire un successeur à Michel Aoun, mais aucun candidat n’a recueilli un nombre suffisant de votes.

L’hémicycle est divisé entre le camp mené par le groupe terroriste pro-iranien du Hezbollah et les députés qui lui sont opposés, mais aucun des deux camps ne détient une claire majorité.

Sans accord entre les différentes forces politiques, aucun candidat à la présidence n’a donc des chances d’être élu dans un avenir proche.

L’élection de Michel Aoun en 2016 avait eu lieu après une vacance de 29 mois au sommet de l’Etat, les parlementaires ayant tenté en vain, à 45 reprises, de parvenir à un consensus sur un candidat.

Le président libanais Michel Aoun s’exprime lors d’un discours à la nation au palais présidentiel, à Baabda, à l’est de Beyrouth, au Liban, le 21 novembre 2019. (Crédit : Dalati Nohra/AP)

En vertu du système confessionnel de partage du pouvoir en vigueur, la présidence est réservée à un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite et le président du Parlement un musulman chiite.

Qui gouverne le pays ?

En l’absence d’un président de la République, c’est le gouvernement qui doit diriger le pays.

Le Premier ministre Najib Mikati, qui a présenté sa démission à la suite des législatives du printemps dernier, a de nouveau été choisi par les députés pour former un gouvernement.

Le Premier ministre libanais Najib Mikati arrive à une réunion du cabinet au palais présidentiel de Baabda, à l’Est de Beyrouth, le 13 septembre 2021. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Mais les divergences politiques, notamment entre M. Mikati et le camp du président Aoun, ont depuis empêché la constitution d’une nouvelle équipe.

C’est donc un gouvernement démissionnaire, chargé uniquement d’expédier les affaires courantes, qui doit gérer le pays en plein effondrement économique.

Il ne peut pas réunir le Conseil des ministres, ni décider de nominations ou promulguer de décrets, explique une source gouvernementale.

« Cela affecte grandement le travail du gouvernement, qui ne peut pas prendre de décisions importantes », ajoute cette source, alors que le pays doit entamer la prospection de gaz en Méditerranée et appliquer les réformes exigées par le Fonds monétaire international pour obtenir une aide économique.

Une issue est-elle possible ?

Aucune solution ne semble à portée de main pour élire un président.

Le président du Parlement, Nabih Berri, envisage d’appeler à un dialogue national réunissant les différentes forces politiques, selon un député proche du chef du législatif ayant requis l’anonymat.

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, ouvre la session pour élire un président au bâtiment du parlement dans le centre de Beyrouth, au Liban, le 29 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

« Aucune partie n’est capable pour le moment d’imposer un candidat, par conséquent, la seule issue est une entente sur un candidat, sinon la vacance présidentielle risque de durer », souligne-t-il.

Mais de telles réunions de dialogue national ont déjà échoué par le passé.

Jusqu’à présent, le candidat Michel Moawad, fils d’un président assassiné en 1989, a pu recueillir le plus grand nombre de voix du camp opposé au Hezbollah. Mais ce dernier rejette sa candidature et appelle à trouver un « candidat de compromis ».

Michel Moawad, député libanais et candidat à l’élection présidentielle, pose lors d’une séance de photos en studio dans son bureau à Baabda, à l’est de Beyrouth, la capitale du Liban, le 26 octobre 2022. (Crédit : Joseph EID / AFP)

Des analystes estiment que le Hezbollah, principal acteur militaire et politique dans le pays, cherche à parvenir à une entente avec les autres forces politiques, à l’instar de celle qui avait permis l’élection de Michel Aoun.

Le parti chiite pro-iranien n’a pas indiqué qui était son candidat, mais l’ancien ministre et député Sleimane Frangié, allié du Hezbollah et du régime syrien, est son candidat favori selon des analystes.

Il se heurte cependant à l’opposition de Gebran Bassil, gendre du président Aoun et chef du Courant patriotique libre (CPL) qui aspire également à la présidence.

Gebran Bassil, alors ministre des Affaires étrangères du Liban, en une conférence de presse après une cérémonie de signature d’un accord de coopération diplomatique à Budapest, en Hongrie, le 26 novembre 2019. (Crédit : Attila Kisbenedek/AFP)

Certains experts évoquent le nom du commandant en chef de l’armée Joseph Aoun comme possible issue à la crise.

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