Qu’est-ce qui fait un leader ? Un auteur juif interroge Fauci, Bezos et Oprah
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Qu’est-ce qui fait un leader ? Un auteur juif interroge Fauci, Bezos et Oprah

Le milliardaire David Rubenstein aime s'entretenir avec des leaders pour percer les secrets de leur réussite - et il propose dorénavant ses interviews dans un livre

  • La magistrate Ruth Bader Ginsburg, la première juive à avoir été nommée à la cour suprême, lors d'une discussion avec le réalisateur David Grubin sur sa série sur PBS, 'The Jewish Americans' à Washington. (Crédit : AP Photo/Kevin Wolf)
    La magistrate Ruth Bader Ginsburg, la première juive à avoir été nommée à la cour suprême, lors d'une discussion avec le réalisateur David Grubin sur sa série sur PBS, 'The Jewish Americans' à Washington. (Crédit : AP Photo/Kevin Wolf)
  • Le président Donald Trump écoute le Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, qui s'exprime sur le Covid-19 en conférence de presse à la Maison Blanche, le 21 janvier 2021. (Crédit : AP/Alex Brandon)
    Le président Donald Trump écoute le Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, qui s'exprime sur le Covid-19 en conférence de presse à la Maison Blanche, le 21 janvier 2021. (Crédit : AP/Alex Brandon)
  • Oprah Winfrey reçoit le prix Cecil B. DeMille Award lors de la 75è remise des prix des Golden Globes à Beverly Hills, en Californie, le 7 janvier 2018. (Crédit : Paul Drinkwater/NBC via AP)
    Oprah Winfrey reçoit le prix Cecil B. DeMille Award lors de la 75è remise des prix des Golden Globes à Beverly Hills, en Californie, le 7 janvier 2018. (Crédit : Paul Drinkwater/NBC via AP)
  • Le docteur Anthony Fauci, à gauche, avec David Rubenstein. (Autorisation)
    Le docteur Anthony Fauci, à gauche, avec David Rubenstein. (Autorisation)
  • La présidente de la Chambre Nancy Pelosi à l'Economic Club de Washington avec David Rubenstein, le 8 mars 2019. (Autorisation)
    La présidente de la Chambre Nancy Pelosi à l'Economic Club de Washington avec David Rubenstein, le 8 mars 2019. (Autorisation)

Quand une maladie infectieuse mystérieuse a commencé à s’abattre sur la planète il y a un an, les Américains se sont tournés vers un leader charismatique : Le docteur Anthony Fauci.

Fauci, chef de l’Institut national des Allergies et des maladies infectieuses, était parvenu à rassurer une nation vacillant sous le choc de la pandémie de COVID-19. Au cours des points-presse quotidiens du groupe de travail chargé de la crise du coronavirus, il avait expliqué les directives sanitaires nationales – le port du masque, la distanciation sociale, l’imposition des confinements. Même si ces mesures n’étaient guère familières aux Américains, un grand nombre d’entre eux avaient suivi ses recommandations – et ils continuent à le faire aujourd’hui.

Fauci est l’un des nombreux leaders éminents à avoir été interviewé pour les besoins d’un nouveau livre : How to Lead: Wisdom from the World’s Greatest CEOs, Founders, and Game Changers, écrit par l’homme d’affaires et philanthrope américain David M. Rubenstein. L’ouvrage s’est rapidement classé dans la liste des Best-sellers après sa publication, à l’automne dernier, par la maison d’édition Simon & Schuster.

« La personnalité la plus visible [dans la réponse apportée au coronavirus] est probablement Tony Fauci, en raison de ses qualités de leadership et de son expérience dans les maladies infectieuses », déclare Rubenstein lors d’un entretien récent accordé au Times of Israel. « Il mérite vraiment d’être salué – non seulement pour ce qu’il a fait, mais également pour ce qu’il n’a pas fait, à savoir présenter sa démission suite à certaines critiques publiques qui avaient été lancées à son encontre. »

Rubenstein, né à Baltimore, est le co-président milliardaire du Carlyle Group, une firme d’investissement qu’il a cofondée. Il a assumé de nombreux rôles philanthropiques et il a été notamment président du Kennedy Center. Parmi les objectifs qu’il poursuit, l’acquisition de copies rares de documents historiques – comme la Magna Carta – qu’il prête ensuite au gouvernement fédéral américain.

Si une copie de la Magna Carta est rare, c’est aussi le cas des qualités définissant réellement le leadership. C’est à un autre poste – celui du président de l’Economic Club à Washington – que Rubenstein a eu l’idée d’interviewer des leaders devant un public. Plusieurs années plus tard, Bloomberg TV a suggéré qu’il réalise ces entretiens dans le cadre de sa propre émission télévisée, « Peer-to-Peer Conversations ». Rubenstein a sélectionné les interviews qui, selon lui, ont été les meilleures et il les a placées au cœur de son livre.

David Rubenstein, auteur de « How to Lead. (Autorisation)

Dans un tel entretien, Rubenstein confie à Oprah Winfrey que lorsqu’elle était encore journaliste sur une chaîne de télévision à Baltimore, cela avait été sa mère qui avait noté que sa personnalité avait quelque chose de particulier. Il y a aussi des interviews de magnats des technologies, comme Jeff Bezos et Bill et Melinda Gates, ainsi qu’un rendez-vous avec deux anciens présidents, Bill Clinton et George W. Bush.

Rubenstein s’entretient également, dans une rencontre poignante, avec la magistrate de la Cour suprême américaine Ruth Bader Ginsburg, un an avant son décès. Elle s’était éteinte 17 jours seulement après la parution de l’ouvrage, à l’automne dernier.

« Manifestement, [Ginsburg] était une femme très éloquente, avec un solide sens de l’humour et elle était très, très intelligente », explique Rubenstein, qui a connu la juge, une amatrice d’opéras qu’il avait été ainsi amené à croiser dans les couloirs du Kennedy Center.

Dans ses entretiens pour « Peer to Peer », Rubenstein a cherché à découvrir des informations susceptibles d’expliquer la réussite connue par les leaders interrogés pendant l’émission.

En ce qui concerne Winfrey – qui avait fait l’expérience d’une rétrogradation, au début de sa carrière, alors qu’elle était présentatrice d’une émission – la mère de Rubenstein ne s’était pas trompée quand elle avait prédit qu’elle se hisserait, un jour, sur la scène nationale. Winfrey explique ainsi, dans l’entretien qu’elle a accordé à Rubenstein, avoir toujours su se défendre. Quand elle n’était qu’une enfant, elle avait prouvé ses capacités à un enseignant en écrivant les mots les plus compliqués dont elle pouvait se souvenir – et notamment les noms des prophètes hébreux qu’elle avait découverts dans la bible familiale. Et quand les dirigeants de la chaîne s’étaient interrogés sur la possibilité, pour les spectateurs, de se lier à son nom peu conventionnel (c’est une déclinaison mal orthographiée d’Orpah, dans le livre de Ruth) – elle a refusé pour autant de renoncer à ce dernier.

Qu’est-ce qui fait un leader ?

Pour Rubenstein, le leadership résulte d’un certain nombre de facteurs. En plus de la chance et d’un travail acharné, il cite « le désir d’être leader » et « la capacité à communiquer sur ce que vous vous efforcez de faire auprès de ceux qui vous suivent ». Il mentionne également « la vision de l’objectif vers lequel vous souhaitez entraîner ceux qui vous suivent » et « une focalisation sur un objectif particulier à un moment donné » – évoquant également l’intégrité, l’humilité et la capacité à tirer les leçons des erreurs commises.

Revenant sur les crises survenues dans l’Histoire américaine – la guerre civile et la Seconde Guerre mondiale notamment – il déclare qu’au cours de ces deux événements, qu’il qualifie « d’occasions de crises », le président avait su se « mettre à la hauteur de l’occasion ».

« Je pense que c’est une qualité qui est aussi très importante… Si vous parvenez à vous mettre à la hauteur de l’occasion lorsque la crise éclate », note Rubenstein.

Sur tous les leaders rencontrés par Rubenstein, Fauci a été le seul à avoir été interrogé à deux occasions – en raison de la crise de la COVID-19. Les deux hommes s’étaient entretenus en 2019 mais, lorsque la pandémie s’est abattue sur le monde, Rubenstein a pris conscience de la nécessité de lui poser un plus grand nombre de questions.

Pour Rubenstein, la recette Fauci compte de nombreux ingrédients qui vont d’une « très bonne génétique » à la pratique du sport et en passant par une capacité de travail hors du commun.

Le docteur Anthony Fauci, à gauche, avec David Rubenstein. (Autorisation)

« Il est très exigeant sur sa santé et sur son poids », note Rubenstein. « Il se protège, de toute évidence. Il sait mieux que personne comment éviter les maladies infectieuses et il est dans une forme extraordinaire pour un homme de 80 ans ».

Moment plus léger, celui où Rubenstein interroge Fauci sur le portrait qu’a fait de lui Brad Pitt dans l’émission « Saturday Night Live. » Lorne Michaels, producteur juif canadien de « SNL », est lui aussi interrogé par Rubenstein.

Après avoir souligné que Michaels est à la tête de l’émission depuis 40 ans – elle existe depuis 45 ans – Rubenstein déclare que « manifestement, il a un sens excellent du timing et de la comédie. Je dirais pour ma part qu’il est très respecté. » Il ajoute alors « réussir à bien faire les choses pendant 40 ans d’affilée n’est pas chose facile ».

Leaders à long-terme ?

Un grand nombre des dirigeants interrogés par Rubenstein ont commencé leur carrière il y a déjà des décennies : Michaels, à la barre de « Saturday Nigh Live » ; Fauci qui, depuis 36 ans, dirige l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses. Il y a aussi Oprah qui anime son émission-culte « The Oprah Winfrey Show » depuis 25 ans maintenant. Et il y a la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, dont la première élection au congrès remonte à 1986.

‘How to Lead,’ de David M. Rubenstein. (Autorisation)

Et pourtant, paradoxalement, de nombreux leaders n’ont pas connu un démarrage rapide, remarque l’auteur.

« Cela peut être un moyen de rationaliser mon propre échec à être moi-même un grand leader », s’amuse-t-il. « J’observe que de nombreuses personnalités qui ont été des superstars jeunes ne l’ont plus été à un stade ultérieur de leur vie. Le greffier de la Cour suprême, le détenteur d’une bourse Rhodes, le président de la revue juridique de Harvard, le chef du syndicat étudiant – très souvent, ce leader jeune, sorte de demi-Dieu aux yeux des autres, ne travaille plus autant en prenant de l’âge. Il n’est pas aussi chanceux que d’autres. Il ne deviendra pas président des États-Unis, secrétaire de cabinet – ou tout du moins moins souvent que cet élève ou cet étudiant qui était moins connu au collège ou à l’université. »

A l’inverse, certains leaders interrogés dans le livre sont encore parvenus à se distinguer dans les mois qui ont suivi sa publication. Winfrey a réalisé une interview rare et très observée du prince Harry et de Meghan Markle, dans laquelle le duc et la duchesse de Sussex ont affirmé qu’un membre de la famille royale s’était inquiété de la couleur de peau de leur enfant à naître. Pelosi a réussi à mobiliser le Congrès, après les émeutes survenues le 6 janvier au Capitole américain, présidant la certification des votes de l’élection présidentielle à la chambre – ainsi que le second procès pour impeachment lancé contre l’ex-président américain Donald Trump. Et Fauci, pour sa part, a continué à expliquer et à défendre la réponse apportée par les États-Unis à la COVID-19, notamment lors d’un dialogue mémorable avec le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul.

Les lecteurs apprécient vivement cet aperçu donné sur les coulisses du leadership, précise l’auteur. « Le livre a intégré un certain nombre de listes de Best-sellers, ce qui est une bonne chose, je suppose », plaisante Rubenstein. « Il semble que les gens aiment le lire ».

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