Qui est l’Admor de Gur, le chef hassidique faiseur de rois de la coalition ?
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Qui est l’Admor de Gur, le chef hassidique faiseur de rois de la coalition ?

Un rabbin de poids se trouve derrière le refus de Yahadout HaTorah de participer à un gouvernement qui adopterait une loi non modifiée de l'incorporation des haredim dans l'armée

Le rabbin Yaakov Aryeh de la dynastie hassique Gur prarticipe à un meeting du parti Yahadout HaTorah, à l'approche des élections à Jérusalem, le 8 avril 2019.(Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le rabbin Yaakov Aryeh de la dynastie hassique Gur prarticipe à un meeting du parti Yahadout HaTorah, à l'approche des élections à Jérusalem, le 8 avril 2019.(Noam Revkin Fenton/Flash90)

Quand les négociations de coalition ont échoué mercredi soir et que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a organisé un vote pour dissoudre la Knesset, la majorité des partis ultra-orthodoxes avaient accepté la demande du chef d’Yisrael Beytenu Avidgor Liberman d’adopter le projet de loi pour la conscription des ultra-orthodoxes dans l’armée tel quel, sans amendement.

Mais Yaakov Litzman, de la formation Yahadout HaTorah, a rapidement rejeté l’offre, déclarant qu’il n’accepterait aucun accord basé sur les demandes de Liberman.

Litzman est un membre du mouvement hassidique Gur, et son puissant dirigeant est le chef, ou Admor, Yaakov Aryeh Alter.

Ce rabbin est une personnalité importante dans le monde ultra-orthodoxe et pourrait être amené à jouer un rôle clef dans la formation d’une coalition une fois qu’Israël sera retourné aux urnes le 17 septembre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), s’entretient avec Yaakov Litzman, alors ministre de la Santé, du parti Yahadut HaTorah, (à gauche), à la Knesset le 28 mars 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon la Douzième chaîne d’information, Litzman et Alter sont des amis d’enfance, mais un conflit est apparu publiquement en 2017 quand Alter a ordonné à Litzman de démissionner du ministère de la Santé pour protester contre la tenue des travaux du tramway de Jérusalem pendant Shabbat.

Litzman est le chef d’Agudath Yisrael qui, avec Degel HaTorah, constitue Yahadout HaTorah. Litzman s’est focalisé sur la limitation des travaux de transports publics pendant les week-ends et une application plus stricte de la loi contre les commerces opérant pendant le Shabbat. Des élus de Yahadout HaTorah ont déjà provoqué des crises de coalition sur des projets de travaux publics pendant le Shabbat, un moment où il est interdit de travailler selon la loi juive, y compris lors des récents travaux sur un pont piéton passant au-dessus de la principale artère routière de Tel Aviv.

Mais cette communauté s’intéresse aussi à d’autres sujets quand elle négocie un rôle dans le gouvernement.

« Au final, les ultra-orthodoxes apprécient aussi l’argent », selon Haggai Ami, correspondant à la Knesset pour le journal Marché financier, interrogé par la Douzième chaîne. « Ils ne sont pas insensibles à cette question ».

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman (2e à gauche) assiste à une conférence du parti ultra-orthodoxe Agudat Israël dans la ville côtière de Netanya, le 30 janvier 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

La dynastie a un raisonnement financier pragmatique dans une relation de donnant-donnant avec l’Etat, a expliqué Eli Bitan de la chaîne Kan.

« Le [mouvement hassidique] Gur perçoit l’argent, l’enrichissement et les affaires comme une question de valeurs, a déclaré Eli Bitan. Ils veulent être indépendants sans avoir besoin de l’aide de personnes riches à l’étranger – ni des laïcs ni d’autres juifs ultra-orthodoxes ».

On pense aussi qu’Alter est l’une des personnes les plus riches du pays avec une fortune personnelle estimée entre 350 millions et 500 millions de shekels (soit entre 86 et 123 millions d’euros) grâce aux investissements immobiliers que son père a fait au nord de Tel Aviv, à Arsuf et à Jérusalem avant la création d’Israël.

Alter est arrivé à cette place en 1996. Il est responsable de la construction de communautés pour ses fidèles, y compris un groupe qui a fait polémique à Ara, où des violents affrontements ont éclaté en 2017 entre les résidents laïcs et ultra-orthodoxes de la ville. Les tensions de longue date entre les résidents qui s’opposent à l’afflux d’ultra-orthodoxes dans la ville et la communauté locale haredi ont atteint un sommet dans des émeutes qui ont vu les deux camps se cracher dessus, s’affronter avec la police, et certains manifestants lancer des pneus enflammés vers certaines maisons des résidents laïcs.

Manifestation de Juifs ultra-orthodoxes à Jérusalem pour le contrôle d’une synagogue ashkénaze d’Arad, et contre le maire laïc de la ville, Nissam Ben-Hamo, du parti Yesh Atid, le 22 décembre 2016. (Crédit : Shlomi Cohen/Flash90)

Selon des informations datant de mars, Litzman s’est beaucoup impliqué pour garantir des soins médicaux préférentiels pendant plusieurs mois à Shoshana Alter, la femme du chef de la dynastie.

Alter lui-même a bénéficié d’un traitement VIP similaire il y a un an, a annoncé Haaretz, des patients ayant été évacués de trois chambres dans l’hôpital Hadassah de Jérusalem pour faire de la place à lui et ses proches, alors qu’au moins 30 personnes attendaient aux urgences pour un lit d’hôpital. Cet épisode a aussi été coordonné par Litzman, qui a personnellement choisi la chambre dans laquelle Alter serait logé.

Le vice-ministre de la Santé est également soupçonné d’avoir agi pour falsifier un document psychiatrique afin d’aider la délinquante sexuelle présumée Malka Leifer, mais aussi d’avoir apporté son aide à au moins 9 autres criminels sexuels.

Leifer est connu pour avoir des liens avec la communauté Gur, ayant autrefois enseigné dans une école israélienne affiliée à la communauté.

En avril, une femme du Likud s’occupant des élections aurait été contrainte de quitter un bureau de vote dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak lors de l’élection du 9 avril à la demande d’Alter.

La femme avait initialement refusé de quitter le bureau, mais des fidèles du rabbin ont contacté des députés du Likud, lesquels se sont arrangés pour que la femme obtempère, avait expliqué des médias.

Le rabbin Yaakov Aryeh Alter (centre) de la dynastie hassidique Gur et Yaakov Litzman (gauche) au mariage du petit-fils du rabbin à Jérusalem, le 19 février 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les communautés ultra-orthodoxes essaient et imposent fréquemment une séparation entre hommes et femmes. Les deux sexes sont séparés dans les synagogues et les mariages, et les femmes et les hommes qui ne sont pas de la même famille évitent le contact physique. Ils ont aussi tenté de faire appliquer une même ségrégation dans les transports publics, mais la Cour suprême israélienne avait statué que cela contrevenait à la loi. De même, il est fréquent que des hommes ultra-orthodoxes refusent de s’asseoir à côté de femmes dans des avions ou dans les bus.

La plupart des médias ultra-orthodoxes – qui incluent quatre quotidiens, deux hebdomadaires et deux site internet importants – refusent de publier des images de femmes, affirmant que cela constituerait une atteinte à la pudeur.

La communauté Gur est connue pour observer le « Takanot » – une série de directives strictes définissant la façon dont les couples Gur mariés doivent se comporter, de la vie quotidienne aux relations intimes.

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