Qui est Sam Nunberg ?
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Qui est Sam Nunberg ?

Renvoyé trois fois mais toujours fidèle, ce juif américain affirme que le président s'entoure de personnes qui ne représentent pas l'‘Amérique d’abord et Israël après’

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Sam Nunberg, l'ancien assistant de Donald Trump de 2011 à 2015, parlant à Newsmax TV le 6 avril 2017, (Crédit : Capture d'écran)
Sam Nunberg, l'ancien assistant de Donald Trump de 2011 à 2015, parlant à Newsmax TV le 6 avril 2017, (Crédit : Capture d'écran)

WASHINGTON — Sam Nunberg a une « relation étrange » avec Donald Trump. Si quelqu’un sait ce que cela signifie être remis en question par le président instable américain, c’est bien lui.

Actuellement, consultant en affaires publiques indépendant basé à Manhattan, Nunberg a à trois reprises été embauché et renvoyé par Trump. Il a également été poursuivi par celui-ci à un moment donné — il lui réclamait 10 millions de dollars — jusqu’à ce que la question soit réglée à l’amiable.

Aujourd’hui, il reste un grand partisan du président, malgré sa déception face à certaines décisions personnelles et manœuvres politiques, qui à son avis, ne reflètent pas le genre de politique qui a propulsé Trump.

Nunberg est bien placé pour le savoir. Il a aidé à lancer la campagne de Trump pour la Maison Blanche et a conçu certaines de ses promesses de campagne, certaines des plus controversées, comme la construction d’un mur sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique — une proposition que la plupart de la communauté juive américaine considère comme un anathème.

Mais Nunberg, lui-même juif, reste un défenseur véhément de Trump, et surtout contre les accusations selon lesquelles le président américain est raciste et qu’il est disposé à obtenir le soutien des antisémites enragés.

Au cours de la campagne, ces accusations ont été notoires et ont ensuite refait surface en août après que le président a accusé les « deux parties » d’être responsables de la violence des suprémacistes blancs à Charlottesville et lorsqu’il a déclaré qu’il y avait des « gens très bien » défilant aux côtés des néo-nazis et du Ku Klux Klan.

« J’ai passé des heures avec lui. Donald Trump est tout sauf antisémite, il est pro-Israël lui-même », a déclaré Nunberg au Times of Israël lors d’une interview approfondie. « C’est une affirmation scandaleuse et ridicule. »

« Ce gars a soutenu tant de causes juives au cours de son histoire en tant qu’entrepreneur privé. Il siège dans son bureau avec un Eitz Chaim juste à côté de lui à la Trump Tower », a-t-il déclaré en se référant à une plaque sur son mur avec une image d’un arbre et les mots « Arbre de la vie » en hébreu.

Nunberg a ensuite fait une pause avant de souligner. « De plus, s’il avait été un antisémite, il n’aurait pas laissé sa fille se convertir ».

Le président américain Donald Trump en conférence de presse à la Trump Tower, à New York, le 15 août 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)
Le président américain Donald Trump en conférence de presse à la Trump Tower, à New York, le 15 août 2017. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Mais ce n’est pas seulement Ivanka Trump, la fille du président qui s’est convertie au judaïsme orthodoxe et qui s’est mariée avec Jared Kushner — tous les deux travaillent maintenant comme conseillers à la Maison Blanche — ce qui conforte les opinions de Nunberg au sujet de son ancien patron.

En examinant aujourd’hui l’administration, il cite les récents choix du président au sujet de son équipe.

Alors que Trump a soutenu le nationalisme populiste de l’Amérique d’abord, propulsé par Stephen Bannon, Sebastian Gorka et d’autres, Nunberg voit le président de plus en plus s’éloigner des inclinations extrêmes et anti-establishment qui l’ont guidé lors de sa candidature à la présidence.

« Regardez qui il a embauché pour servir dans l’aile ouest », a-t-il souligné en se référant à la nomination d’experts en politique étrangère plus traditionnels, comme le chef d’état-major John Kelly, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, et la cible préférée des moqueries de l’extrême droite, le conseiller en sécurité nationale, H.R. McMaster, qui est décrit comme « un anti-israélien et un sympathisant islamiste ».

Pendant des semaines, les conservateurs d’extrême droite ont lancé une offensive contre McMaster en le présentant comme un ennemi d’Israël et comme étant trop laxiste à l’égard du terrorisme. La source de cette critique provient de Bannon, expulsé du conseil de Sécurité nationale peu de temps après que McMaster a pris son poste.

Stephen Bannon, conseiller du président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 25 janvier 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Stephen Bannon, conseiller du président américain Donald Trump, à la Maison Blanche, le 25 janvier 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Les sites Web de la droite alternative, par ailleurs, ont critiqué McMaster pour avoir licencié Ezra Cohen-Watnick, l’ancien directeur des programmes des renseignements du conseil national en sécurité, Rich Higgins, l’ancien directeur du conseil pour la planification stratégique, et Derek Harvey, qui était son directeur pour le Moyen-Orient.

Tous étaient des alliés de Michael Flynn, le prédécesseur de McMaster, qui a été renvoyé en février dernier après des rencontres secrètes avec des responsables russes.

Les agents de sécurité israéliens qui ont travaillé avec McMaster ont vigoureusement rejeté les allégations portées contre lui.

Nunberg a également soigneusement choisi ses mots lorsqu’il a évoqué Gary Cohn, qui dirige le Conseil économique national : « Gary est plus J Street que ZOA. Voyez-vous, Gary est libéral. Je ne sais pas pourquoi il a été choisi par rapport à quelqu’un comme Stephen Moore ou Larry Kudlow. Je pense que Jared l’a placé là ».

Bien que Cohn soit un démocrate inscrit au parti Démocrate, il n’a jamais eu d’affiliation ni contribué à J Street, a précisé le groupe libéral de défense du Moyen-Orient au Times of Israël.

Il a cependant, comme McMaster, été une fréquente cible pour Breitbart et d’autres affiliés de la droite alternative, qui le considèrent comme un obstacle « mondialiste » à leur programme nationaliste.

« Incohérent » mais il n’a pas tort sur Charlottesville.

Nunberg est également critique à l’égard de la gestion de Trump de la manifestation de la droite alternative à Charlottesville, mais ce n’est pas ce que la majorité des Juifs américains lui ont reproché. Ce n’est pas le fait que Trump a fait porter la responsabilité sur les deux parties qui pose problème, à son avis, mais plutôt son incapacité à faire passer son message de manière efficace.

« Je pense juste qu’il était incohérent dans le message exprimé : qu’il y avait de mauvais acteurs des deux côtés, ce qui était le cas », a-t-il expliqué. « Et en passant, les contre-manifestants contre le Klan, n’aiment pas Israël, non plus. »

Membres du Ku Klux Klan et d'autres associations avant un rassemblement appelant à la protection des monuments confédérés à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)
Des membres du Ku Klux Klan et d’autres associations avant un rassemblement appelant à la protection des monuments confédérés à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet 2017. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/AFP)

Tout au long de l’épisode de Charlottesville — le racisme et la violence des manifestants, la réticence apparente du président à les dénoncer de façon instinctive, énergique et sans équivoque — il n’y avait pas d’empressement de la part du personnel juif de la Maison Blanche à défendre Trump.

Le secrétaire en charge des anciens combattants David Shulkin a condamné la manifestation, mais n’a pas commenté la réaction de son patron. Cohn aurait rédigé une lettre de démission en raison de ce qui s’est passé et a déclaré au Financial Times que l’administration « doit faire mieux » pour se prononcer contre les groupes de haine. L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, a déclaré que la réponse du président n’était « pas bonne ».

De plus, Kushner, le gendre de Trump et son conseiller, est resté silencieux. Seul le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a défendu de manière vraiment vigoureuse le président.

Du CPAC à ‘vous êtes virés’

Nunberg a d’abord commencé à travailler pour Trump en 2011, au moment où le magnat de l’immobilier a commencé à penser sérieusement à la présidence, après avoir propagé la théorie selon laquelle Barack Obama est né en dehors des États-Unis.

Mais leur relation a commencé un an plus tôt, lorsque Nunberg travaillait pour Roger Stone, un consultant politique et ancien ami de Trump.

« Nous avons rencontré Trump quand il pensait se présenter à la présidence », s’est-il rappelé. « Trump nous a engagé après qu’il a décidé de ne pas se présenter [en 2012]. Il voulait rester significatif dans le processus. »

Le candidat à l'investiture républicaine, Donald Trump, lors d'un meeting de campagne au Centre de Savannah à Cincinnati, Ohio, le 13 mars 2016 (Crédit : John Sommers II / Getty Images / AFP)
Le candidat à l’investiture républicaine, Donald Trump, lors d’un meeting de campagne au Centre de Savannah à Cincinnati, Ohio, le 13 mars 2016 (Crédit : John Sommers II / Getty Images / AFP)

Dans les années intermédiaires, Nunberg a joué un rôle central pour Trump. Il a orchestré ses discours lors des conférences du Comité d’action politique des conservateurs (CPAC), qui selon les experts ayant étudié l’élection de Trump, ont été cruciaux pour consolider la perception des conservateurs selon laquelle il pourrait être un candidat sérieux à la présidentielle.

Il a également poussé Trump à mettre l’accent sur une idée qui pourrait devenir l’une de ses caractéristiques principales : un mur le long de la frontière sud de l’Amérique.

« Nunberg a été le gars ayant proposé l’idée du mur, il a contribué à vendre à Trump cette idée, elle a fini par être une partie très importante du profil politique du président et elle a clairement résonné auprès des électeurs républicains et a profité à Trump », a déclaré Joshua Green, un correspondant national pour Bloomberg Businessweek qui a récemment écrit le best-seller Devil’s Bargain [Le Pacte avec le diable].

« Je pense que Nunberg a réellement joué un rôle déterminant dans la montée de Trump en tant que politicien, car à l’époque, Trump était vraiment sérieux à propos de sa candidature à la présidence, Nunberg, avec Roger Stone, était l’un de ses meilleurs conseillers et a aidé Trump à devenir le candidat anti-immigrant qui a remporté la nomination républicaine », a déclaré Green au Times of Israël.

De ses propres aveux, Nunberg a déclaré qu’il avait convaincu Trump qu’un moment important dont il pouvait tirer profit était arrivé.

« Je lui ai dit que [Mitt] Romney allait perdre, et nous avons discuté d’une éventuelle candidature en 2016 et qu’il y aurait une très bonne ouverture », a déclaré Nunberg. « Je suis resté tout au long de ces années. »

Cela a été le cas, jusqu’en 2014, lorsque Trump l’a tenu responsable d’un article peu flatteur à son égard publié sur BuzzFeed et écrit par McKay Coppins.

Trump pensait que l’article était « péjoratif », « rempli d’inexactitudes » et « médiocre ».

Après la publication de l’article, il a expliqué au New York Post : « Sam m’a dit : ‘ce gars est un de mes amis. Ce sera un excellent article. Je suis sûr qu’il sera juste’. Alors, j’ai réellement fait cet entretien pour être courtois envers Sam. Mais j’ai dit à Sam : ‘si ce type écrit un article équitable, ça ira. Mais s’il écrit une histoire méchante, vous serez viré’. Et j’ai dit à Sam, ‘OK?’ Et Sam a dit ‘OK’ ».

Une fois que l’article a été publié, Trump a expliqué qu’il « a appelé [Nunberg] et a dit : ‘Sam, vous êtes viré !’ ».

Nunberg, cependant, avait une opinion tout à fait différente sur l’article. Trente minutes après qu’il a été publié sur le Web, il a envoyé un courriel à Coppins où il lui confiait : « je pense que c’est fantastique. Wow, je vais vous faire savoir ce qu’il en pense. »

Il a ajouté plus tard : « Ma mère vous aime vraiment. Elle veut vous inviter, vous et votre femme, pour un dîner de Shabbat. Sans blague. »

Finalement, Trump et Nunberg se sont réconciliés, et il est revenu pour l’aider à lancer la campagne.

Mais il a été renvoyé, encore une fois, au début de l’année 2015. Trump « a laissé Corey Lewandowski m’expulser », a déclaré Nunberg, se référant au directeur de campagne original de Trump, qui lui-même a également été renvoyé.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi Lewandowski voulait se débarrasser de lui, Nunberg a déclaré : « Parce que c’est une merde — et c’est son mode opératoire. Mais Trump l’a laissé le faire. »

Lewandowski n’a pas répondu à notre demande de commenter ces affirmations.

Al Sharpton au 2008 Democratic National Convention, le 25 août 2008, (Crédit : CC BY-SA 2.0/Dave Winer)
Al Sharpton au 2008 Democratic National Convention, le 25 août 2008, (Crédit : CC BY-SA 2.0/Dave Winer)

Nunberg a été réembauché peu de temps après, mais cela n’a duré que jusqu’au mois de juillet 2015, peu de temps après qu’une série de publications racistes de Nunberg ont refait surface. Dans l’une d’elles, il a appelé la fille d’Al Sharpton une « N ». Dans d’autres, il a parlé de Barack Obama en tant que « conciliateur socialiste, marxiste, islamo-fasciste et nazi » et il l’a appelé « le messie de Farrakahn’s (sic) ».

Nunberg est ensuite allé travailler pour Ted Cruz, qui, à l’époque, était considéré comme un candidat sérieux à la nomination de la candidature républicaine pour les élections américaines. Ensuite, en juillet 2016, Trump l’a poursuivi pour avoir violé un accord de confidentialité en donnant des renseignements aux journalistes.

Dans les actes déposés à la cour, Trump a accusé l’ancien assistant de campagne d’être la source des faits révélés dans un article publié par le New York Post qui détaillait une dispute entre Lewandowski et le porte-parole de campagne de l’époque (et qui est maintenant le directeur de la communication de la Maison Blanche) Hope Hicks. Trump a cherché à obtenir 10 millions de dollars de dommages et intérêts, jusqu’à ce que l’affaire soit réglée en août.

Une fois que Trump a obtenu la nomination républicaine, Nunberg est à nouveau retourné dans le giron du milliardaire grandiloquent — pour le défendre dans les médias et lors d’interviews, mais il n’était pas considéré comme un membre officiel de l’équipe de campagne.

Évaluation de son ancien patron

Nunberg est fier de défendre le président, mais il n’est pas réticent à le critiquer pour ce qu’il considère des erreurs.

Bien qu’il soit en règle générale satisfait de la façon dont Trump a agi sur la scène internationale, il est moins enthousiaste face à sa gestion des affaires nationales. Cependant, il tient principalement pour responsable de l’impasse législative sur un certain nombre d’initiatives de Trump, les républicains du Congrès.

« Du côté national, outre Neil Gorsuch [le juge de la Cour suprême nommé pour remplacer Antonin Scalia], je ne sais pas quels bénéfices il a obtenu. En ce qui concerne la politique étrangère, dans l’ensemble, je pense qu’il a fait un très bon travail. »

Paul Ryan, président républicain de la Chambre américaine des représentants, le 12 janvier 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)
Paul Ryan, président républicain de la Chambre américaine des représentants, le 12 janvier 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images via JTA)

« Je pense que c’est un peu plus compliqué d’expliquer qu’il n’a rien fait à l’échelle nationale », a-t-il ajouté. « Vous devriez revenir en arrière et regarder vers Paul Ryan et les voir commencer par l’abrogation de l’Obamacare alors qu’ils pouvaient et auraient dû commencer avec les impôts, qui est toujours la base, et une sorte de projet de loi structurel. Mais le recul nous permet toujours de voir mieux. »

La description de Nunberg d’un projet de loi sur la fiscalité comme une simple « base » sous-estime la difficulté de faire voter une loi majeure. Le dernier président américain à adopter une réforme fiscale globale a été Ronald Reagan, en 1986.

Mais maintenant que Trump est président, le résident de New York ne travaille plus pour lui et n’a aucun pouvoir officiel. Il a confié qu’il ne s’entretenait pas souvent à Trump, bien qu’il lui ait parlé depuis sa prise de pouvoir.

« Je n’essaie pas de profiter de son administration de quelque façon que ce soit. Je ne suis pas un lobbyiste. Je le considère comme un ami », a-t-il affirmé. « Mais vous devez vous rappeler, j’ai une relation étrange avec lui. »

Nunberg, qui travaille maintenant à son compte dans les affaires publiques et précisément sur la messagerie multimédia, a insisté sur le fait qu’il ne sera pas un nouveau visage au 1 600 Pennsylvania Avenue.

« Je ne suis pas un gars de l’administration et de la Maison Blanche. Même si j’avais travaillé avec lui jusqu’à l’élection, je ne serais pas nécessairement entré à la Maison Blanche », a-t-il poursuivi. « Ce n’est pas mon truc. »

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