Qui pourrait sauver la police israélienne ?
Rechercher
Analyse

Qui pourrait sauver la police israélienne ?

Forcé d’annuler son premier choix et disposant d’options limitées, le ministre de la Sécurité intérieure doit se dépêcher de trouver un candidat

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Illustration d'un policier de la circulation en 2010 (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)
Illustration d'un policier de la circulation en 2010 (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Avec le retrait de la candidature de Gal Hirsch au poste de chef de la police israélienne mercredi soir, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan revient à la case départ dans sa recherche du candidat pour pourvoir le poste qui devait être occupé dès le début de ce mois.

Mais jeudi matin, au moins huit candidats potentiels, tous des hommes, ont déjà évoqués par des rumeurs pour prendre le poste : trois généraux de l’armée, trois généraux actuels dans la police et deux procureurs.

Le ministère de la Sécurité intérieure a pourtant gardé le silence sur la question du prochain candidat.

« Nous gardons un maximum de discrétion », a déclaré un officiel du ministère au Times of Israel jeudi. Mais une fois que nous aurons un candidat, nous l’annoncerons immédiatement. Nous espérons faire une annonce la semaine prochaine ou dans deux semaines ».

Yohanan Danino a terminé son mandat de chef de la police à la fin du mois de juin, et un remplaçant devait être nommé d’ici le 1er septembre. Son adjoint, le major général Bentzi Sau, a été nommé en intérim jusqu’à ce qu’un candidat convenable ne soit trouvé.

En août, Erdan a annoncé son intention de nommer Hirsch, un ancien général de l’armée et actuel PDG d’une entreprise de la défense, cherchant un candidat extérieur au milieu de la police dans un effort visant à modifier la mentalité de l’organisation.

Au cours des deux dernières années, des 18 majors généraux de la police israélienne, le rang juste en dessous de chef, sept ont démissionné ou ont été limogés sous le soupçon de scandale, de corruption ou de mauvais comportements de mœurs.

Une étude d’opinion publique, menée par l’Université Ariel en Cisjordanie et publiée en août, a trouvé que 80 % des Israéliens pensent que les forces de police ont une culture organisationnelle problématique.

Pourtant, la nomination de Hirsh a entraîné d’une part, une vive et rapide réaction des membres de l’establishment de la police, qui voulaient voir quelqu’un de leurs propres rangs promu au poste, et d’autre part, un refus inattendu du procureur général Yehuda Weinstein.

« La police n’est pas un laboratoire d’expérimentations, ni un prix de consolation », a déclaré plus tôt ce mois Shlomo Aharonishki, ancien chef de la police qui a dirigé les forces de 2001 à 2008, pendant la Deuxième Intifada.

« Nous avons besoin de quelqu’un qui dipose d’une bonne expérience », a-t-il déclaré.

A la fin août, des informations ont été publiées que l’entreprise de Hirsch, Defensive Shield Holdins, avait fait l’objet d’une enquête par la police israélienne et le FBI pour corruption.

Hirsch a nié tout méfait, insistant que les informations ne sortaient que pour contrecarrer sa nomination.

Mais le procureur général a annoncé plus tôt ce mois qu’il n’approuverait pas la nomination de Hirsch jusqu’à ce que ces accusations pourraient être examinées, une procédure qui prendrait plusieurs semaines au minimum.

Faisant face une procédure de nomination déjà complexe qui n’en finissait pas, Erdan a été contraint d’annuler la nomination d’Hirsch.

Le ministère de Sécurité intérieure doit maintenant décider s’il continuera sa croisade pour amener un étranger à la tête d’une organisation usée, ou s’il se soumettra à la volonté des pontes de la police pour nommer quelqu’un de l’intérieur.

Les étrangers

Supposant qu’Erdan décide de confronter l’establishment de la police et de nommer quelqu’un d’extérieur à l’organisation, trois généraux de l’armée et deux procureurs ont été mentionnés dans les rumeurs sur la liste des potentiels candidats.

L'ancien commandant du Commandement Sud de Tsahal Tal Russo, au centre, sur les lieux d'une attaque terroriste près de la frontière israélo-égyptienne (Crédit : Porte-parole de Tshal / Flash90)
L’ancien commandant du Commandement Sud de Tsahal Tal Russo, au centre, sur les lieux d’une attaque terroriste près de la frontière israélo-égyptienne (Crédit : Porte-parole de Tshal / Flash90)

Le major général Tal Russo aurait été approché par Erdan avant Hirsch, mais il a refusé le poste.

Russo dirigeait auparavant le Commandement du sud et il est actuellement, dans la réserve, le commandant du secret Corps de Profondeur qui gère l’activité de l’armée en dehors des frontières d’Israël. Il a commandé les unités de l’élite absolue de l’armée et il est largement respecté pour être un chef dur et efficace.

Contrairement à la plupart des officiers, qui gagnent du galon en finissant le rigoureux Cours d’entraînement des officiers, Russo a remporté une promotion sur le champs de bataille pour son rôle dans la Première guerre du Liban, un des seuls membres du Commandament général de l’armée à l’avoir jamais fait.

Un portrait de 2009 de Russo dressé par le site d’information NRG le décrivait précisément comme « le Rambo de l’armée ».

Malgré le fait qu’il est l’un des guerriers les plus courageux de l’armée, et ayant vu les difficultés d’Hirsch, Russo a peut-être encore moins envie d’accepter une autre offre d’Erdan.

Le commandant de la région Sud, Sami Turgeman lors d'une conférence de presse, le 5 août 2014. (Crédit photo: Gideon Markowicz / Flash90)
Le commandant de la région Sud, Sami Turgeman lors d’une conférence de presse, le 5 août 2014. (Crédit photo: Gideon Markowicz / Flash90)

Un autre candidat potentiel, au poste de chef du commandement du sud, le Général Sami Turgeman doit bientôt quitter son poste et lui aussi a été envisagé comme un candidat possible pour remplacer Danino.

Turgeman, qui était l’une des figures importantes dans le conflit de l’été dernier de Gaza, devrait retourner à l’académie après la fin de son service dans l’armée, mais sa popularité au sein d’Israël pour son rôle dans l’Opération Bordure protectrice pourrait être suffisant pour l’aider à passer à travers la procédure de nomination.

Mayor of Jerusalem Nir Barkat (L) and Director of the Israel Electric Company Yiftach Ron-Tal turned down the lights of the Old City walls in Jerusalem on Earth Day earlier this year (Photo credit: Matanya Tausig/Flash 90)
Le maire de Jérusalem, Nir Barkat (g) et le directeur de l’Israel Electric Company Yiftah Ron-Tal en 2012 (Crédit : Matanya Tausig / flash 90)

Le général de réserve Yiftach Ron-Tal, l’actuel président de la Corporation Electrique d’Israël, aurait été recommandé par le Premier ministre lors de la recherche initiale d’Erdan.

Ron-Tal était l’un du petit nombre de généraux à sortir de la Seconde Guerre du Liban, une opération militaire qui a été très fortement critiquée, presque entièrement intact.

Deux procureurs, Uri Carmel et Shlomo Lamgerger, auraient aussi été envisagés pour occuper la fonction.

Carmel dirige actuellement le département des Enquêtes du ministère de la Justice qui s’occupe des accusations de corruption et de crime dans la police, y compris les cas qui ont conduit à la démission de plusieurs généraux de la police, ce qui peut s’avérer être difficile à surmonter.

En juillet 2014, Lamberger a été nommé procureur du district de Tel Aviv. Il a travaillé dans plusieurs districts du pays et a été assistant du chef du Département des enquêtes de la police. Pourtant, il entretiendrait des relations plus proches et plus amicales avec les forces de l’ordre.

Les hommes de l’intérieur

Dans le sillage de la nomination échouée de Hirsch, l’ancien chef de la police Assaf Hefetz a renforcé la position de la police que le prochain chef devait venir de l’intérieur de l’organisation, rejetant l’idée que le département était en situation difficile.

« Je n’accepte pas l’idée que la police soit corrompue, a-t-il déclaré au site d’information Walla news. C’est vrai, l’image de l’organisation a été écornée et endommagée, mais la meilleure chose à faire est de nommer un des principaux généraux ».

Yoram Halevy en 2012 (Crédit :  Nati Shohat/Flash90)
Yoram Halevy en 2012 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Si Erdan finit par céder à cette demande, il choisira probablement entre trois candidats potentiels : Sau, le chef en fonction, Zohar Dvir, le commandant du district du nord et Yoram Halevy, le commandant du district du sud.

Des trois, Sau est le plus expérimenté, ayant servi pendant près de 40 ans dans la police. Pourtant, sa nomination serait l’une des plus polémiques.

Depuis la Seconde Intifada, l’avancement professionnel de Sau a été limité par une tache sombre dans ses états de service, une réponse mortelle et inutilement violente par son unité de la Police aux frontières à une manifestation dans la ville arabe israélienne de Umm al-Fahm, qui a entraîné la mort de trois citoyens Arabes aux premiers jours de l’Intifada en 2000.

L’enquête publique n’a pas trouvé Sau personnellement responsable de la mort des citoyens, tout en soulignant, que « cela n’enlève pas le fait qu’il y avait des échecs évidents et importants dans son travail ».

L’incident l’a déjà empêché de recevoir une promotion en 2007, et avec une situation déjà tendue qui se développe dans la population arabe d’Israël, vue dans la récente recrudescence des lancers de pierres et des incidents à la bombe incendiaire à Jérusalem, cela pourrait bien également lui empêcher d’accéder au poste.
f

Zohan Dvir (d) en juillet 2014 (Crédit : Gil Eliyahu/Flash90)
Zohan Dvir (d) en juillet 2014 (Crédit : Gil Eliyahu/Flash90)

Avec ses yeux d’acier et une mâchoire proéminente, Dvir est l’image hollywoodienne du chef policier dur mais juste, et son histoire personnelle ne fait que conforter ce portrait.

Dvir, âgé de 50 ans, a bâti sa réputation en tant que chef de l’Unité spéciale de la police connue en hébreu par l’acronym Yamam, une force similaire au Raid. Il a servi de 2001 à 2007, au pire moment de la Deuxième Intifada, le rendant le commandant ayant le plus servi des 40 ans d’histoire de l’unité.

Que Dvir soit le concept d’Hollywood du combattant israélien anti-terroriste d’élite n’est pas une simple hyperbole. Nombreux sont ceux à affirmer que Zohan Dvir, le personnage principal du film d’Adam Sandler de 2008 « Rien que pour vos cheveux » s’inspirait de lui, ce que Dvir lui-même n’a jamais contesté.

Halevy, âgé de 52 ans, a un état de service qui comprend à la fois le Yamam et la police des frontières, ce qui fait de lui un compromis entre les deux autres candidats de la police.

En trente ans de service, Halevy a servi dans presque toutes les unités d’élite de la police israélienne et a pris part à l’une des opérations les plus audacieuses, appelée « l’Attaque du bus des mères », dans laquelle des terroristes avaient pris un bus de civils en ôtages et avaient tué trois passagers.

Malgré la mort de certains passagers, l’opération a pourtant été considérée comme un remarquable succès.

Alors qu’Erdan et la police continuent leur jeu pour savoir qui sera le prochain chef de la police, la sécurité nationale d’Israël est dans la balance.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...