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« Rédhibitoire » : Netanyahu exclut tout cessez-le-feu permanent sans destruction totale du Hamas

Lapid exhorte le Premier ministre à accepter l'accord décrit par Biden, promettant de le soutenir si ses ministres d'extrême-droite le lâchent ; les familles d'otages évoquent "une dernière chance"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 27 mai 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 27 mai 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué, samedi, qu’il n’y aurait pas « de cessez-le-feu permanent » à Gaza avant que les capacités militaires et de gouvernance du Hamas ne soient anéanties.

Ses propos – rendus publics dans le cadre d’un rare communiqué rédigé uniquement en anglais et diffusé à Shabbat – ont été tenus après que le président américain Joe Biden a annoncé, vendredi, qu’Israël avait proposé un accord en trois phases pour un cessez-le-feu à Gaza en échange de la libération des otages détenus dans la bande. Le président des États-Unis a exhorté le groupe terroriste à accepter l’accord et il a demandé avec force au gouvernement israélien de lui apporter son soutien.

« Les conditions de la fin de la guerre n’ont pas changé pour Israël : ce sont la destruction de toutes les capacités militaires et de toutes les capacités de gouvernance du Hamas, la libération de tous les otages et la garantie que Gaza ne représentera plus une menace pour Israël », a dit Netanyahu.

« Israël continuera à insister sur la nécessité que ces conditions soient remplies avant la mise en place d’un cessez-le-feu permanent. L’idée qu’Israël acceptera un cessez-le-feu permanent avant que ces conditions ne soient réunies est rédhibitoire », a-t-il ajouté.

Cette déclaration de Netanyahu – rapportée dans un deuxième communiqué émis par son Bureau dans les heures qui ont suivi le discours de Biden – a semblé avoir pour objectif de donner le cadre du type de trêve qu’Israël pourrait initialement accepter – sans pour autant exclure d’autres possibilités.

Dans son discours prononcé à la Maison Blanche, vendredi, Biden a évoqué la mise en place d’un cessez-le-feu complet en amont de la première phase, avec ensuite des négociations portant « sur une cessation permanente des hostilités » pendant la deuxième phase. Le Hamas, de son côté, a demandé la fin de la guerre comme préalable à l’ouverture d’éventuelles négociations sur un accord.

Biden a laissé entendre que cette proposition émanait d’Israël et il a présenté les détails de cet accord en trois phases, en soulignant particulièrement la première d’entre elles qui consisterait en une trêve de six semaines qui pourrait être prolongée si les discussions devaient durer plus longtemps. L’accord, a révélé Biden, a été soumis au Hamas par le Qatar, jeudi – le Qatar joue les intermédiaires dans les négociations visant à mettre un terme à cette guerre qui a commencé il y a déjà presque huit mois, avec des pourparlers qui ont flanché depuis le mois d’avril.

Un officiel américain a indiqué que la proposition israélienne était un document très détaillé de quatre pages et demi. Il aurait apparemment été approuvé par le cabinet de guerre, la cellule de commandement militaire gouvernementale – qui est constitué par Netanyahu, le ministre de la Défense Yoav Gallant et le ministre Benny Gantz – mais il n’a pas, sans doute, été encore présenté au cabinet de sécurité plus largement où siègent les ministres d’extrême-droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich – des personnalités dont Netanyahu dépend s’agissant de la survie de son gouvernement.

Immédiatement après le discours, Netanyahu – dont Biden a évité de mentionner le nom – avait émis un communiqué initial qui disait que « le gouvernement israélien est uni dans le désir de rapatrier nos otages dans les meilleurs délais, et il travaille dans cet objectif ».

« En conséquence, le Premier ministre a autorisé l’équipe chargée des négociations à présenter un cadre visant à atteindre ce but tout en insistant sur le fait que la guerre ne s’arrêtera pas avant que tous les objectifs de la guerre soient atteints – avec notamment le retour de tous nos otages et l’élimination des capacités militaires et de gouvernance du Hamas », a dit le communiqué qui a ajouté que « le cadre exact proposé par Israël, avec la transition conditionnelle d’une phase à l’autre, donne à Israël la possibilité de conserver ces principes ».

Ce communiqué du Premier ministre, qui n’a fait à aucun moment directement référence à l’allocution du président américain, n’a pas confirmé si le cadre présenté par ce dernier était le même que celui qui avait été proposé par Israël.

Le président américain Joe Biden s’exprime à la Maison Blanche, le 31 mai 2024. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

Le leader de l’opposition, Yair Lapid, a demandé avec force à Netanyahu, samedi, de répondre favorablement à l’appel lancé par Biden en faveur d’une trêve à Gaza et il a offert de soutenir le gouvernement en lui apportant la majorité à la Knesset si ses ministres d’extrême-droite devaient l’abandonner.

« Le gouvernement d’Israël ne peut pas ignorer le discours conséquent du président Biden. Il y a un accord sur la table et il doit être conclu », a écrit Lapid dans une publication parue sur X.

« Je rappelle à Netanyahu qu’il a un filet de sécurité de notre part s’agissant d’un accord portant sur la remise en liberté des otages si Ben Gvir et Smotrich devaient quitter le gouvernement », a-t-il ajouté.

Il n’y a pas eu de réaction immédiate à la proposition de Biden de la part de Ben Gvir et Smotrich, l’annonce ayant été faite pendant le Shabbat juif.

Les familles des otages plaident en faveur de l’acceptation de l’accord

Les familles des otages détenus par le groupe terroriste du Hamas ont également appelé toutes les parties à accepter sans tarder davantage la proposition de Biden qui permettrait à la guerre – qui dure depuis presque huit mois maintenant – de se terminer et qui ouvrirait la porte au retour de leurs proches.

Gili Roman dont la sœur, Yarden Roman-Gat, avait été prise en otage et qui avait été libérée pendant la trêve d’une semaine qui avait eu lieu au mois de novembre – la belle-sœur de Yarden, Carmel, est pour sa part encore en captivité – a évoqué « une dernière chance » de retrouver les otages « vivants et rapidement ».

Des soldats israéliens interviennent à Jabaliya, dans le nord de Gaza, sur une photo publiée le 31 mai 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Un grand nombre des familles d’otages estiment que c’est la mauvaise volonté du gouvernement s’agissant de conclure un accord qui est à l’origine de la mort d’un grand nombre des captifs dans le cadre de leur détention à Gaza.

Le Hamas avait fait savoir, samedi, qu’il avait une impression positive de la proposition.

« Le Hamas confirme qu’il est prêt à aborder de manière positive et constructive toute proposition qui se base sur un cessez-le-feu permanent et sur le retrait des forces israéliennes toutes entières de la bande de Gaza, avec la reconstruction de Gaza, le retour des déplacés chez eux en plus de la mise en place d’un accord authentique d’échanges de prisonniers si l’occupation fait clairement part de son engagement à l’égard d’un tel accord », a indiqué le groupe dans un communiqué.

Le soutien international

Le secrétaire d’État Antony Blinken a fait la promotion de cet accord dans des entretiens téléphoniques successifs avec le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le Prince Faisal bin Farhan al Saud et le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman Safadi.

Selon des communiqués qui ont été émis par le Département d’État, Blinken « a souligné que la proposition était dans l’intérêt des Israéliens comme des Palestiniens » lors de ses échanges avec ses homologues – leurs gouvernements respectifs, pour le moment, n’ont d’ailleurs pas encore réagi au discours de Biden.

Néanmoins, d’autres leaders internationaux ont salué ce plan.

« La guerre à Gaza doit finir », a ainsi écrit sur les réseaux sociaux dans des posts écrits en hébreu et en arabe le président français Emmanuel Macron. Il a aussi apporté son soutien au plan annoncé par Biden, qu’il a décrit comme « la libération des otages, un cessez-le-feu durable qui permettra de travailler au nom de la paix et de promouvoir une solution à deux États ».

De son côté, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock s’est, elle aussi, réjouie de cette proposition, affirmant que cette offre « apporte une lueur d’espoir et une possible porte de sortie de l’impasse de la guerre ».

La cheffe de l’Union européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé son soutien à la proposition.

« Je conviens de tout cœur avec Biden du fait que cette dernière proposition est une opportunité déterminante qui permettra de mettre un terme à la guerre et pour mettre un terme aux souffrances des civils à Gaza. Cette approche en trois phases est équilibrée et elle est réaliste. Elle doit dorénavant obtenir le soutien de toutes les parties », a écrit la présidente de l’Union européenne sur les réseaux sociaux.

Le chef de la diplomatie britannique, David Cameron, a lui aussi appelé le Hamas à accepter la proposition.

« Alors qu’un nouvel accord sur les otages est sur la table, le Hamas doit accepter cet accord de manière à ce que nous puissions assister à un arrêt dans les combats, à la libération des otages, à leur retour auprès de leurs familles et à un afflux massif de l’entrée des aides humanitaires à Gaza », a-t-il écrit dans un post qui a été publié sur X.

Il a ajouté qu’un cessez-le-feu prolongé « pouvait être transformé en paix permanente » si toutes les parties « sont prêtes à prendre les bonnes initiatives ».

« Saisissons-nous de cette opportunité et mettons un terme à ce conflit », a-t-il poursuivi.

L’offre de l’Indonésie

Par ailleurs, le président élu indonésien, Prabowo Subianto, a indiqué samedi que son pays était prêt à envoyer des forces de maintien de la paix pour faire appliquer un cessez-le-feu, si cela devait s’avérer nécessaire.

S’exprimant lors d’une conférence sécuritaire de premier plan en Asie, la conférence Shangri-La Dialogue, Prabowo, qui a remporté les élections présidentielles qui avaient eu lieu dans le pays au mois de mars dernier, a déclaré que la proposition faite par Biden était une avancée dans la bonne direction.

« Si c’est nécessaire et à la demande des Nations unies, nous sommes prêts à apporter une contribution en envoyant des forces de maintien de la paix en nombre significatif pour maintenir et pour contrôler le cessez-le-feu, et nous sommes prêts à offrir une protection et une sécurité à toutes les parties, de tous les côtés », a commenté Prabowo.

D’autres nations arabes et musulmanes qui entretiennent des liens et des contacts avec Israël ont, jusqu’à présent, rechigné à s’engager à envoyer des troupes à Gaza, dans l’après-guerre.

Le ministre indonésien de la Défense et prochain président Prabowo Subianto s’exprimant lors du 21e sommet du Dialogue Shangri-La, à Singapour, le 1er juin 2024. (Crédit : Nhac Nguyen/AFP)

Cet ancien général des forces spéciales et ministre de la Défense actuel de l’Indonésie, qui est âgé de 72 ans, deviendra président, au mois d’octobre, du pays musulman le plus peuplé – un pays qui n’entretient aucune relation diplomatique officielle avec Israël.

Au mois d’avril, une information avait laissé entendre que l’Indonésie reconnaîtrait Israël en échange de son entrée dans l’OCDE, une entrée qui nécessite l’approbation, à l’unanimité, des États-membres – dont Israël – lors du dépôt de la candidature d’un nouveau pays au sein de l’organisation. La veille, l’Indonésie avait participé à un parachutage d’aides humanitaires dans la bande de Gaza, une opération qui avait impliqué dix pays, ce qui avait nécessité au préalable le feu vert de Jérusalem, les avions de Jakarta devant circuler dans l’espace aérien israélien.

Prabowo a aussi déclaré que le président indonésien actuel, Joko Widodo, lui avait demandé d’annoncer que l’Indonésie était également prête à « évacuer, recevoir et à prendre en charge » jusqu’à 1 000 patients dans ses hôpitaux « dans un avenir immédiat ».

L’hôpital indonésien de Gaza, qui était exploité par une ONG, avait fermé ses portes au mois de novembre, dans un contexte de guerre.

Des manifestants brandissant des affiches tout en priant lors d’un rassemblement de soutien aux Palestiniens de Gaza, devant l’ambassade des États-Unis, à Jakarta, en Indonésie, le 9 mars 2024. (Crédit : Dita Alangkara/AP)

Prabowo a indiqué que des investigations poussées sur la catastrophe humanitaire dans le secteur de Rafah, à Gaza, étaient nécessaires – et que c’était le cas aussi d’une « solution équitable » pour la région.

« Et cela signifie non seulement le droit à l’existence d’Israël mais également le droit des Palestiniens à avoir leur propre foyer, leur propre État, vivant dans la paix », a-t-il noté.

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