Réduction d’effectifs chez KKL-JNF : trois Palestiniens licenciés en premier
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Réduction d’effectifs chez KKL-JNF : trois Palestiniens licenciés en premier

Avant de plus amples licenciements, trois gardes-forestiers ont été limogés et 25 convoqués - dont une majorité d'Arabes. Pas de racisme là-dedans, a affirmé un porte-parole

Photo d'illustration : Le KKL/JNF avec des bénévoles de  la République tchèque ont travaillé à replanter et à faire revivre la forêt Masrik dans le nord d'Israël, marquant le 100ème anniversaire de la Tchécoslovaquie, le 25 octobre 2018 (Crédit :  Anat Hermony/Flash90)
Photo d'illustration : Le KKL/JNF avec des bénévoles de la République tchèque ont travaillé à replanter et à faire revivre la forêt Masrik dans le nord d'Israël, marquant le 100ème anniversaire de la Tchécoslovaquie, le 25 octobre 2018 (Crédit : Anat Hermony/Flash90)

Alors que le KKL-JNF devrait amorcer une vague de réduction d’effectifs dans tout le pays, les trois premiers licenciements ont touché des Palestiniens employés par  l’organisation pendant de nombreuses années en tant qu’employés « temporaires » et qui ne peuvent donc prétendre à aucune indemnisation.

Des responsables de haut-rang du le KKL-JNF et l’avocat des salariés limogés ont accusé ces renvois – initiés par la direction – d’avoir été motivés par des vues « racistes et nationalistes » afin de remplacer les employés arabes par des Juifs. Ils ont expliqué au Times of Israel que la direction tentait de se conformer aux conditions d’un nouvel accord de travail signé avec le comité des employés, en limogeant les ouvriers palestiniens qui ne sont pas protégés par le pacte.

Trois employés originaires du village de Yatta, à proximité de Hébron, qui travaillaient comme gardes-forestiers dans le district de Yatir depuis plus de 30 ans, ont reçu un courrier de licenciement au cours des derniers jours, ont déploré les responsables. Cela faisait trois décennies qu’Iyad Abu Aram travaillait pour le KKL-JNF. Izat Abu Taha était au service de l’organisation depuis 31 ans et Ismail Gabour depuis 32 ans.

Tous les trois étaient rémunérés à hauteur du salaire minimum sans retraite et ni indemnisations. Ils ont été convoqués il y a environ un mois pour une audience de pré-licenciement vingt-quatre heures à peine avant cette dernière, sans avoir eu le temps d’en découvrir l’objet.

Un porte-parole de l’agence a nié toute pratique discriminatoire, ajoutant que les licenciements seraient réexaminés. Dimanche, les employés n’avaient pas toutefois connaissance d’un nouvel examen de leur dossier.

Vingt-cinq autres travailleurs temporaires du district de Yatir, dans le sud d’Israël – dont une majorité d’Arabes – ont été également convoqués pour des audiences préalables à des licenciements, ont indiqué les responsables qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat. La raison officielle de ces renvois est une « réduction d’effectifs ».

« On adorait le KKL-JNF, et maintenant nous avons le cœur brisé », s’exclame Abu Aram. « J’ai 50 ans, Izat en a 52 et Ismail 62. Qui va nous embaucher à nos âges ? Je suis garde-forestier. J’ai été garde-forestier toute ma vie. J’ai planté des millions d’arbres dans le district de Yatir. Quel type de travail est-ce que je suis supposé faire à mon âge – de la construction ? Je ne connais rien à la construction », dit-il.

« Au KKL-JNF, on m’a affirmé pendant toutes ces années que jamais on ne laissait quelqu’un tomber – que le KKL-JNF, c’était comme une famille. Mais l’équipe de direction ne semble plus se préoccuper de ça », poursuit-il.

De la neige dans la forêt de Yatir près de Beer Sheva, lors d’une froide journée d’hiver, le 2 mars 2012 (Crédit : Doron Horowitz/ Flash 90)

Iyad explique que pendant les trente années qu’il a passées au sein de l’organisation, il a touché le salaire minimum de 29 shekels de l’heure, sans retraite ni autres indemnités. Ces dernières années, il gagnait environ 6 000 à 7 000 shekels par mois.

« Mon salaire était plus faible par le passé », dit-il.

Des motivations racistes ?

Certains responsables ont clamé que ces licenciements relevaient d’une politique délibérée de discrimination qui se propagerait à d’autres régions au sein de l’Etat juif.

Mor Stoller, l’avocate des trois employés, estime que la politique du KKL-JNF est raciste.

« Il est extrêmement révoltant de voir que ces travailleurs ont été traités comme des objets pendant de si nombreuses années – on leur a assigné des missions comme l’activité forestière, qui est l’un des secteurs d’activité principaux du KKL-JNF, dans des conditions misérables et inéquitables », dit-elle.

« Le fait qu’ils n’aient jamais été comptés en tant qu’employés réguliers rend plus facile pour le système leur limogeage sous prétexte qu’ils étaient des ’employés temporaires’. Mais nous devons garder à l’esprit qu’un travailleur qui reste pendant 32 ans n’est pas un employé temporaire. Ce qui a commencé comme une injustice devient aujourd’hui une injustice encore plus flagrante ».

Dans une lettre adressée à Danny Atar, président international du KKL-JNF, Stoller demande que le renvoi des travailleurs soit immédiatement annulé, affirmant qu’il constitue une discrimination délibérée « sur la base de l’origine ethnique ou de la citoyenneté et ce afin de les remplacer par des travailleurs juifs » sans leur donner l’opportunité d’entendre les raisons de leur licenciement. L’avocate écrit également qu’à moins que les renvois ne soient immédiatement révoqués, les employés feront appel devant un tribunal du travail.

Un porte-parole du KKL-JNF a nié l’accusation de racisme, indiquant que les licenciement seront réexaminés.

« Il a été décidé au cours d’une consultation organisée la semaine dernière de geler la décision concernant le licenciement des employés jusqu’à la tenue d’une nouvelle audience sur le sujet dans les prochains jours », a dit le porte-parole.

« Quoi qu’il en soit, c’est une décision purement professionnelle qui relève de la volonté de mettre un terme aux emplois temporaires au sein de l’organisation, une décision qui a pour objectif de rationnaliser et d’améliorer les types d’emplois au sein du KKL-JNF », a ajouté le porte-parole. « Bien sûr, cette décision n’a rien à voir avec l’identité des employés et la tentative de créer un lien entre leur licenciement et le fait qu’ils appartiennent à une minorité est absolument sans fondement, révélant l’imagination hyper-active de ceux qui osent même soulever cette idée dans le but de salir le KKL-JNF ».

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