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Référendum : Un prêtre de Saint-Marin compare l’avortement à la Shoah

Saint-Marin est l'un des derniers Etats d'Europe - avec Malte, Andorre, le Vatican - à interdire l'avortement, même en cas de viol, inceste, maladie du fœtus ou danger pour la mère

Des militants anti-avortement manifestent contre le financement du Planning familial par le gouvernement fédéral devant le Capitole, le 28 juillet 2015 à Washington, DC. (Crédit : Olivier Douliery/Getty Images)
Des militants anti-avortement manifestent contre le financement du Planning familial par le gouvernement fédéral devant le Capitole, le 28 juillet 2015 à Washington, DC. (Crédit : Olivier Douliery/Getty Images)

« Tuer un enfant innocent est un acte grave, un crime », avance Gabriele Mangiarotti, 73 ans, prêtre à l’église San Francesco. D’autant que Saint-Marin « a été fondé par un saint et a dans son ADN une présence chrétienne ».

Il n’hésite pas à comparer l’avortement à la persécution des Juifs sous l’Allemagne nazie : « c’est une nouvelle forme de l’Holocauste pendant lequel six millions de Juifs ont été exterminés », soit « autant que les enfants innocents tués en Italie » depuis la libéralisation de l’avortement en 1978.

Saint-Marin, minuscule et pittoresque république enclavée dans le centre de l’Italie, est l’un des rares Etats en Europe où l’avortement est toujours considéré comme un crime. A deux semaines d’un référendum sur sa légalisation, ce sujet explosif divise le micro-pays où l’Eglise catholique est omniprésente.

Quarante-trois ans après l’Italie voisine, le petit Etat peuplé de 33 000 habitants s’apprête à trancher, le 26 septembre, sur l’autorisation de l’IVG jusqu’à douze semaines de grossesse. Après, l’avortement ne serait autorisé qu’en cas de menace pour la vie de la mère ou d’anomalies détectées chez le fœtus « comportant un grave risque pour la santé physique ou psychique de la femme ».

A présent, l’avortement, dont l’interdiction remonte à 1865, est un crime passible d’une peine de prison allant jusqu’à trois ans pour la femme et six ans pour le médecin qui le pratique.

« Comme une criminelle »

« Il faut en finir avec cette hypocrisie qui consiste à envoyer les femmes de l’autre côté de la frontière » pour avorter en Italie, « sans aucune aide », s’insurge Vanessa Muratori, membre de l’Union des femmes saint-marinaises (UDS), à l’origine du référendum.

De minuit jusqu’à l’aube, accompagnée d’autres militantes, elle a collé sur les panneaux de la capitale les affiches de cette campagne qui s’annonce très tendue et dont l’issue est incertaine, en l’absence de sondages, trop coûteux à organiser.

« Votez oui, pour la liberté de choix » et « pour sortir de la clandestinité », proclame une pancarte. « Même à 12 semaines, je suis un enfant, sauve-moi! » riposte une affiche choc arborant l’image d’un foetus. « Je suis une anomalie. Ai-je moins de droits que toi? », plaide un jeune trisomique sur une autre.

« Je me suis sentie comme une clandestine, une criminelle », a confié à l’AFP sous le couvert de l’anonymat une habitante de Saint-Marin qui s’est vue contrainte d’aller en Italie pour avorter à l’âge de 22 ans et débourser près de 2 000 euros.

« Je voulais d’abord terminer mes études, je ne me sentais pas prête à être mère. Avorter, ce n’est jamais une promenade de santé, mais je n’ai pas regretté », assure-t-elle, désormais « mère heureuse » de deux enfants.

« Au centre médico-social où j’ai eu un entretien avant l’intervention, j’avais l’impression d’être un simple numéro », dit cette femme qui en veut à son pays natal de l' »avoir abandonnée » dans un moment si difficile.

Les tentatives de légaliser l’avortement se sont heurtées ces vingt dernières années au veto des gouvernements successifs, en grande majorité conservateurs. Le Parti démocrate-chrétien au pouvoir, proche de l’Eglise, a ainsi appelé à voter « non » au référendum.

En termes de droits des femmes, Saint-Marin a toujours eu un train de retard: le divorce n’a été instauré qu’en 1986, le vote des femmes en 1964 et leur éligibilité en 1974.

« L’influence de l’église est très forte », constate Rosa Zafferani, 61 ans, ancienne « capitaine-régent » (cheffe d’Etat). « Depuis des semaines », les prêtres martèlent dans leurs homélies « oui à la vie, non à l’avortement ».

« Je suis catholique et le fait d’avoir décidé de ne pas interrompre volontairement ma grossesse ne signifie pas que je doive refuser l’avortement aux autres », explique cette militante pro-IVG qui a rendu sa carte du Parti démocrate-chrétien.

Pour Antonella Mularoni, ancienne juge à la Cour européenne des droits de l’homme et membre du comité anti-avortement, même en cas de viol ou inceste, « l’enfant doit naître, car c’est une victime ».

Avorter, « c’est dramatique », car « déjà au bout de quelques semaines, l’enfant a tous les organes en miniature et on entend son coeur qui bat ».

Ancienne députée communiste, Vanessa Muratori a été la première à déposer une proposition de loi pro-avortement en 2003, restée dans les tiroirs comme tant d’autres initiatives. D’où l’idée de l’UDS d’organiser un référendum.

Quelque 3 000 signatures favorables ont été recueillies en février et mars, signe selon les militantes que Saint-Marin pourrait bientôt suivre l’exemple de l’Irlande qui a légalisé l’avortement en 2018.

Le pape François s’exprime au centre Bethlehem pour les sans-abri à Bratislava, en Slovaquie, le 13 septembre 2021. (Crédit : Tiziana FABI / AFP)

Mercredi, le pape, interrogé sur un projet des archevêques américains de priver de communion les dirigeants favorables à l’avortement à l’instar du président Joe Biden, a pris soin d’exprimer une nouvelle fois son horreur de l’avortement, qu’il compare à « un meurtre ».

« Qui pratique l’avortement tue, sans demi-mesure. Prenez n’importe quel livre sur l’embryologie pour les étudiants en médecine. La troisième semaine après la conception, tous les organes sont déjà là, même l’ADN… C’est une vie humaine, cette vie humaine doit être respectée, ce principe est tellement clair! », a-t-il commenté.

« C’est pourquoi l’Église est si dure sur cette question, car si elle accepte cela, c’est comme si elle acceptait le meurtre au quotidien », a insisté François.

Joe Biden, par ailleurs catholique très pratiquant, a annulé la décision de son prédécesseur Donald Trump de priver de fonds publics les organisations militant pour le droit à avorter.

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