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Réformer l’Autorité palestinienne : bien des défis encore

Après la nomination le 15 mars d'un nouveau Premier ministre, l'économiste Mohammed Mustafa, proche du leader palestinien, un gouvernement est annoncé d'ici début avril

Le dirigeant de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec le Premier ministre désigné Mohammad Mustafa, à Ramallah, le 14 mars 2024. (Crédit : Wafa)
Le dirigeant de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avec le Premier ministre désigné Mohammad Mustafa, à Ramallah, le 14 mars 2024. (Crédit : Wafa)

Il est sous pression américaine, mais la tâche s’annonce compliquée : le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas, poussé à réformer l’Autorité (AP) qu’il préside depuis 2005 en vue de l’après-guerre, a pris quelques premières mesures, qui ne convainquent pas pour l’instant.

Après la nomination le 15 mars d’un nouveau Premier ministre, l’économiste Mohammed Mustafa, proche du leader palestinien, un gouvernement a été annoncé jeudi.

En janvier, le secrétaire d’État américain Antony Blinken, venu à Ramallah rencontrer M. Abbas, avait insisté sur l’importance de mener « des réformes administratives » susceptibles de « bénéficier au peuple ».

Le porte-parole du Département d’État américain, Matthew Miller, a noté jeudi que plusieurs membres du nouveau cabinet sont originaires de Gaza, conformément au souhait de Washington de voir un gouvernement de l’AP plus représentatif du peuple palestinien.

« Nous les avons encouragés à mettre en œuvre des réformes visant à réprimer la corruption, à accroître la transparence, à renforcer la liberté des médias et à améliorer la capacité de la société civile à s’engager auprès du gouvernement », a répondu Miller lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait du nouveau gouvernement lors d’un point de presse.

« Nous nous engagerons avec ce gouvernement en fonction de ses actions », a-t-il poursuivi. « Nous suivrons de près les mesures qu’il prendra pour faire avancer les réformes clés et nous sommes impatients de nous engager avec lui sur ce sujet. »

Un nouveau Premier ministre « c’est un début, mais ce ne sera pas suffisant », commente Hassan Khreisheh, le vice-président du Conseil législatif (Parlement) palestinien.

« Les Américains veulent des mesures plus importantes pour pouvoir dire qu’il y a eu du renouveau », dit-il, rappelant que la Maison Blanche attend un conseil des ministres « aussi vite que possible ».

Avec la guerre à Gaza, déclenchée le 7 octobre par l’attaque du Hamas ayant entraîné la mort d’au moins 1 160 du côté israélien, d’autres puissances, régionales et occidentales, plaident aussi pour une Autorité palestinienne réformée chargée à terme d’un futur État indépendant réunissant la Cisjordanie et la bande de Gaza. Les représailles militaires d’Israël auraient fait plus de 32 400 morts dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé du Hamas – un chiffre invérifiable qui ne fait pas la différence entre civils et terroristes –, et des dégâts immenses.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à gauche) et le dirigeant de l’AP Mahmoud Abbas lors de leur rencontre, à Ramallah, en Cisjordanie, le 7 février 2024. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP Photo/Pool)

Mahmoud Abbas, 88 ans, élu la dernière fois en 2005, veut sa chaise à la table des futures discussions sur l’avenir et la reconstruction de Gaza, aux mains du Hamas depuis 2007 mais dont il est aussi en théorie le président.

Depuis Ramallah, en Cisjordanie, où siège l’Autorité, de premières décisions ont été annoncées pour réformer un appareil politique largement entaché par des scandales de corruption et des dérives autoritaires.

D’abord la nomination des chefs de gouvernorats de Cisjordanie, postes restés vacants depuis août. Et surtout celle de Mohammed Mustafa, 69 ans, pour former un nouveau gouvernement.

Ces débuts sont accueillis avec prudence par les diplomates occidentaux auxquels l’AFP a parlé : « Cela ne change pas grand chose », « on s’interroge sur l’impact de ces décisions », « on attend de voir la suite »…

Venu vendredi en Israël, M. Blinken a cette fois fait l’impasse sur Ramallah.

Sur M. Mustafa, les commentateurs relèvent qu’il n’est pas membre du Fatah, le mouvement de M. Abbas. Mais, conseiller financier du président et ex-vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, il n’incarne pas forcément le renouvellement.

Il a en revanche travaillé plus d’une décennie pour la Banque mondiale à Washington, et connaît « tous les bailleurs internationaux », note un diplomate occidental.

Le nouveau Premier ministre a d’ailleurs réservé sa première expression publique à des objectifs de « transparence » et de « tolérance zéro » face à la corruption.

Mais pour nombre d’éditorialistes palestiniens, M. Abbas, qui se maintient au pouvoir sans élections depuis l’expiration de son mandat en 2009, doit encore montrer qu’il refuse tout autoritarisme.

Un employé inspecte le hall principal du Parlement palestinien défunt dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 décembre 2019. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Selon la Loi fondamentale palestinienne, chaque gouvernement doit être présenté devant le Parlement. Or en 2018, M. Abbas a dissous cette assemblée, qui déjà ne s’était plus réunie depuis 2007.

« Le contrôle du président Abbas sur le système politique palestinien peut être décrit comme le couronnement d’un roi dans un système républicain », commente l’analyste palestinien Jihad Harb, du centre de recherche Aman.

Autre chapitre majeur, la division politique palestinienne. M. Abbas et son nouveau Premier ministre ne se sont pas prononcés sur l’avenir du Hamas au sein d’une éventuelle administration unique pour Gaza et la Cisjordanie. Aucune référence encore de la part de M. Mustafa à une éventuelle « réconciliation nationale » entre les deux partis.

En présentant sa démission, le précédent Premier ministre, Mohammad Shtayyeh, avait estimé nécessaire de tenir compte « de la nouvelle réalité dans la bande de Gaza » et du « besoin urgent d’un consensus inter-palestinien ». Mais en attendant, d’autres s’interrogent sur l’impact d’une réforme institutionnelle dans un environnement aussi contraint par Israël.

« Pour que le futur gouvernement puisse faire une différence, il faudrait qu’il puisse respirer financièrement et politiquement », souligne Ghassan Khatib, ancien ministre et professeur à l’université Birzeit, qui dénonce ce q’il appelle « la suffocation » de l’Autorité par la politique du gouvernement israélien consistant à la priver d’une grande partie de ses recettes fiscales.

Et « si vous voulez réformer, il faut des élections, or Israël doit permettre aux Palestiniens de le faire », ajoute-t-il. M. Abbas avait annulé la présidentielle et les législatives prévues en 2021 en arguant du refus des autorités israéliennes d’autoriser que le scrutin se déroule à Jérusalem-Est, annexée par Israël mais il craignait surtout une large victoire du Hamas.

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