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Rencontrant Gallant, Blinken appelle à éviter une nouvelle escalade sur la frontière libanaise

Le diplomate américain a évoqué, avec le ministre de la Défense, les sujets de l'aide à Gaza et du "jour d'après" ; Gallant a averti un envoyé spécial de Biden que le passage à la 'phase 3', dans la bande, aura un impact sur tous les fronts

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le ministre de la Défense Yoav Gallant rencontrant le secrétaire d'État américain Antony Blinken au Département d'État, à Washington, le 24 juin 2024. (Crédit: Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense Yoav Gallant rencontrant le secrétaire d'État américain Antony Blinken au Département d'État, à Washington, le 24 juin 2024. (Crédit: Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)


WASHINGTON — Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a semblé mettre en garde Israël contre une offensive majeure qui prendrait pour cible le Hezbollah pendant sa rencontre, mardi, avec le ministre de la Défense Yoav Gallant qui est actuellement en déplacement aux États-Unis.

Blinken « a souligné l’importance d’éviter une nouvelle escalade dans le conflit et de trouver une solution diplomatique qui permettra aux familles israéliennes comme aux familles libanaises de retourner chez elles », a fait savoir le département d’État dans un compte-rendu émis suite à l’entretien qui a eu lieu entre le secrétaire d’État américain et le ministre de la Défense israélien.

De son côté, Gallant « a évoqué les moyens possibles de changer la situation sécuritaire dans la région du nord d’Israël », a fait savoir un communiqué diffusé par son propre Bureau.

« Gallant a mis l’accent sur l’importance de la présence des États-Unis aux côtés d’Israël dans le cadre de cette mission et sur l’impact de cette présence sur les actions entreprises par le Hezbollah et par l’Iran », a continué le communiqué israélien.

Cette mise en garde de Blinken a suivi un certain nombre d’avertissements lancés par des responsables de premier plan de l’administration Biden alors que l’administration cherche à prévenir une guerre ouverte entre l’État juif et le Hezbollah. Le groupe terroriste libanais chiite avait commencé à lancer des attaques quasi-quotidiennes contre le nord d’Israël dès le lendemain du massacre commis par le Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre – des frappes initiées en signe de solidarité avec les Palestiniens de Gaza, avait-il fait savoir.

Le chef de l’état-major interarmées, le général Charles Q. Brown Jr., avait averti, dans la journée de dimanche, que toute offensive militaire israélienne au Liban risquait de provoquer une réponse iranienne en défense du Hezbollah et que les forces américaines et que les forces américaines seraient alors mises au défi de renforcer le parapluie de défense anti-aérienne en Israël.

Le ministre de la Défense Yoav Gallant (à droite) avec l’envoyé spécial américain Amos Hochstein à Washington DC, le 24 juin 2024 (Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Pour sa part, l’envoyé américain chargé de la médiation entre Israël et le Hezbollah avait fait savoir, la semaine dernière, aux officiels libanais que Washington ne serait pas en mesure d’empêcher Israël d’envahir le pays si le groupe terroriste devait continuer ses attaques, selon des informations.

Un message transmis par Amos Hochstein qui était entré dans le cadre des efforts de médiation livrés par les États-Unis qui tentent d’empêcher une guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah, a noté le site Axios.

Il avait aussi conseillé au Hezbollah de négocier indirectement avec Israël au lieu d’attiser les tensions sur la frontière, a ajouté Axios.

Selon un diplomate occidental qui a été cité dans l’article, après la visite de l’employé américain, le Hezbollah a répondu aux États-Unis en vantant les capacités du groupe terroriste à frapper Israël avec force, tout en établissant clairement qu’il ne désirait pas un conflit de grande envergure.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répété dans une interview, dimanche, qu’il espérait qu’une solution diplomatique puisse être trouvée pour mettre un terme aux hostilités qui agitent la frontière nord tout en affirmant qu’Israël se préparait à répondre militairement aux menaces si cela devait s’avérer nécessaire.

Toute solution diplomatique devra inclure « un éloignement physique du Hezbollah de la frontière, éloignement que nous devrons faire respecter », a dit Netanyahu à la Quatorzième chaîne.

De la fumée s’élève dans les maisons de la ville frontalière israélienne de Metula, touchée par les tirs du Hezbollah, vue depuis la ville libanaise de Marjayoun, au Liban, le 22 juin 2024. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla)

Les hostilités entre Israël et le groupe terroriste soutenu par l’Iran se sont encore intensifiées, ces dernières semaines et les États-Unis estiment que le seul moyen d’apaiser les tensions est un cessez-le-feu dans la guerre à Gaza.

Une initiative qui n’a pas encore abouti – Israël insistant pour poursuivre la guerre jusqu’à ce que le Hamas soit vaincu. De son côté, le groupe terroriste au pouvoir à Gaza refuse de libérer les otages qu’il détient encore dans ses geôles si Israël, pour sa part, n’accepte pas une cessation permanente des combats.

Des frictions autour des livraisons d’armes et des négociations sur les otages

Le voyage de Gallant survient à un moment où les relations entre le gouvernement de Netanyahu et l’administration Biden sont particulièrement agitées.

La semaine dernière, Netanyahu a accusé les États-Unis de refuser de livrer des armes à Israël – une accusation que Washington a niée avec véhémence, affirmant que les États-Unis n’ont bloqué, jusqu’à présent, qu’une seule livraison de bombes lourdes, l’administration américaine craignant qu’Israël les utilise dans la ville densément peuplée de Rafah, dans le sud de Gaza.

Un responsable américain a déclaré dimanche au Times of Israel que l’administration Biden avait supprimé, ces derniers mois, les procédures d’urgence qui avaient été mises en place pour accélérer les livraisons d’armes en direction d’Israël avant que la guerre ne commence.

Une décision qui a coïncidé avec un ralentissement significatif des opérations de Tsahal à Gaza et qui a été prise à un moment où Washington s’inquiète d’une éventuelle offensive préventive israélienne contre le Hezbollah au Liban qui pourrait conduire à une guerre régionale, a ajouté le responsable américain.

Un responsable israélien a insisté sur le fait que le retour au rythme des livraisons d’armements américains, tel qu’il était avant la guerre, n’a eu aucun impact sur les capacités opérationnelles de Tsahal, que ce soit à Gaza ou au Liban.

En conséquence, la décision prise par Netanyahu d’attaquer ouvertement les États-Unis a entraîné la perplexité et la frustration au sein de l’administration Biden, a noté le responsable américain.

Ce dernier a estimé que Netanyahu avait pu considérer qu’une telle mise en cause de Washington pouvait lui être bénéfique au niveau politique en Israël, en lançant une querelle ouverte avec la Maison Blanche – ou qu’il avait pu s’inquiéter de la manière dont Gallant pourrait convaincre les États-Unis de relancer un processus d’expédition des armes plus rapide pendant ses entretiens avec les membres de l’administration Biden, cette semaine, prévoyant ensuite de s’attribuer le mérite de la réussite des discussions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Knesset de Jérusalem, le 11 juin 2024. (Crédit : Yonathan Sindel/Flash 90)

Netanyahu a encore davantage entraîné la colère des Américains lorsqu’il a indiqué, dimanche, qu’il soutenait seulement un « accord partiel » avec le Hamas dans la mesure où il avait l’intention de reprendre les combats après la remise en liberté d’un nombre limité des otages qui avaient été kidnappés par l’organisation terroriste, le 7 octobre.

Des paroles qui avaient semblé entrer en contradiction avec les dispositions de la proposition d’accord que Netanyahu avait lui-même approuvée, le mois dernier, et que Washington s’efforce actuellement de faire avancer.

L’offre propose un cessez-le-feu initial de six semaines en échange de la libération de toutes les femmes, personnes âgées et malades qui sont encore en captivité. Pendant cette période, néanmoins, les parties s’engagent à mener des pourparlers visant à déterminer les dispositions d’une deuxième trêve qui ouvrirait la porte à la remise en liberté de tous les autres captifs encore en vie. Dans une troisième phase, la reconstruction de Gaza serait lancée et le Hamas rendrait à Israël les dépouilles de tous les otages morts le 7 octobre ou en captivité.

Enfin, la proposition envisage de transformer le cessez-le-feu temporaire en cessez-le-feu permanent. Netanyahu, pour sa part, a clairement exprimé son désir de reprendre les combats au sein de l’enclave côtière à l’issue des six premières semaines de pause.

Après le tollé provoqué par ces paroles, le Bureau du Premier ministre a émis un communiqué disant que ce dernier restait déterminé à soutenir la proposition d’accord dont le contenu avait été dévoilé par Biden, disant que c’était le Hamas qui refusait de l’accepter.

Après l’indignation des familles d’otages, qui ont accusé Netanyahu de revenir sur ses engagements et de condamner à mort les hommes qui se trouvent actuellement dans les geôles du Hamas, Gallant a affirmé aux journalistes, à Washington, qu’Israël voulait le retour de tous les captifs « sans exception ».

Des amis de l’otage Hersh Goldberg-Polin, des supporters de l’Hapoel Jérusalem et d’autre Israéliens réclament sa libération et celle des autres captifs de Gaza lors d’une manifestation à Jérusalem, le 24 juin 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un point-presse qui a eu lieu avant la rencontre entre le ministre de la Défense et le directeur de la CIA William Burns, principal médiateur à intervenir dans les pourparlers lancés entre Israël et le Hamas aux côtés du Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman al-Thani et du chef des Renseignements égyptiens Abbas Kamel.

Pendant ses échanges avec Blinken, « Gallant a évoqué la nécessité d’exercer des pressions supplémentaires sur le Hamas pour garantir le retour des otages détenus à Gaza », a souligné son Bureau.

Gallant s’est aussi efforcé d’apaiser les tensions agitant les relations entre Israël et les États-Unis, prenant encore en cela de nouvelles distances avec Netanyahu.

« Les regards de nos ennemis comme de nos amis sont braqués sur la relation entre les États-Unis et Israël. Nous devons résoudre nos différends rapidement et nous tenir côte à côte. C’est ainsi que nous atteindrons nos objectifs et que nous affaiblirons nos ennemis », a dit le ministre de la Défense à Blinken, selon le compte-rendu israélien.

Mardi, Gallant rencontrera également le Secrétaire à la Défense Lloyd Austin et la question des expéditions d’armes devrait être une priorité à l’ordre du jour. Si Gallant cherche une accélération du rythme des livraisons d’armement, un officiel américain a indiqué que Washington ne prévoyait pas de dégeler la livraison de bombes lourdes qui a été bloquée, le mois dernier.

Le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, a pour sa part noté qu’à l’exception de cette seule livraison, les États-Unis avaient continué d’acheminer des armes.

« Il y a d’autres armes que nous continuons à fournir à Israël comme nous le faisons depuis très longtemps parce que nous sommes attachés à la sécurité d’Israël. Il n’y a eu aucun changement là-dessus », a-t-il assuré.

Blinken met l’accent sur « le jour d’après » et sur l’aide à Gaza

Pendant leur rencontre de lundi, Blinken a aussi demandé avec insistance à Gallant qu’Israël prenne des mesures supplémentaires pour protéger les travailleurs humanitaires et pour garantir la délivrance des aides sur tout le territoire de la bande de Gaza – une délivrance qui a stagné, ces quatre dernières semaines, en raison des opérations menées par l’armée israélienne à Rafah.

Blinken a informé Gallant de l’évolution du plan américain de gouvernance à Gaza dans l’après-guerre tout « en soulignant l’importance de ce travail pour la sécurité d’Israël », a noté le compte-rendu du département d’État. Washington a critiqué de manière répétée Jérusalem sur cette question du « jour d’après », affirmant qu’une incapacité à prévoir l’après-guerre entraînerait une occupation permanente de Gaza par les soldats de Tsahal ou un chaos qui permettrait au Hamas de se reconstituer au sein de l’enclave côtière.

« Nous ne voulons pas voir à Rafah ce à quoi nous avons assisté à Gaza City et ce à quoi nous avons assisté à Khan Younès – à savoir la fin des opérations de combat majeures et la résurgence du contrôle du Hamas », a indiqué Miller, faisant référence à deux villes de premier plan de l’enclave qui avaient été au centre des opérations d’Israël au début de la guerre.

Des soldats de la 401ème Brigade de blindés interviennent à Rafah, dans le sud de Gaza, sur une photo publiée le 23 juin 2024. (Armée israélienne)

Gallant a paru réceptif à ce message, son Bureau notant que lui et Blinken « ont discuté de l’importance de promouvoir une alternative de gouvernance à Gaza ».

C’est un sujet sur lequel il s’est opposé à Netanyahu – affirmant depuis longtemps que les retards accumulés dans la planification de l’après-guerre avaient permis au Hamas de redresser la tête. Gallant est favorable, comme alternative, au renforcement d’une Autorité palestinienne qui aurait été réformée – une idée rejetée par Netanyahu et par ses partenaires de coalition d’extrême-droite qui affirment que l’Autorité palestinienne, plus modérée, et le Hamas ne sont finalement pas différents.

Gallant s’est aussi entretenu lundi avec Amos Hochstein, le principal médiateur américain entre Israël et le Hezbollah.

Selon le compte-rendu de la rencontre qui a été établi par son Bureau, le ministre de la Défense a déclaré à l’envoyé spécial que le passage à la « phase C » de la guerre de Gaza affecterait tous les fronts.

La phase 3 est celle d’un conflit de faible intensité – l’armée lançant ses raids pour terminer d’éradiquer les derniers bastions du Hamas à Gaza et les politiques examinant, pour leur part, une gouvernance alternative à celle du groupe terroriste qui est à la tête de la bande de Gaza.

Gallant n’a pas précisé comment le ralentissement des combats à Gaza affecterait réellement les opérations menées par Tsahal contre le Hezbollah, mais les propos qu’il a tenus ont semblé indiquer qu’il permettrait de déployer un plus grand nombre de soldats qui pourront ainsi se focaliser sur la menace qui plane actuellement sur la frontière nord.

Le ministère de la Défense a fait savoir que les deux hommes avaient parlé « des mesures nécessaires pour parvenir à un cadre qui ouvrira la porte au retour des habitants israéliens dans le nord ».

Selon son Bureau, Gallant a dit à Hochstein que « la transition vers la phase C de la guerre à Gaza aura un impact sur l’ensemble des fronts, et Israël se prépare à tous les scénarios, que ce soit militairement ou diplomatiquement ».

Le ministre de la Défense était arrivé dimanche à Washington. Il avait rencontré, ce jour-là, les responsables du groupe de lobby pro-israélien de l’AIPAC et le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham.

Gallant est devenu le canal de communication préféré de l’administration Biden dans ses échanges avec le gouvernement israélien dans un contexte de querelles répétées avec Netanyahu, en particulier après le départ de la coalition, au début du mois, du chef du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, qui avait intégré le gouvernement en urgence dans le sillage du 7 octobre, au début de la guerre.

Le dernier déplacement du ministre de la Défense aux États-Unis remontait à mars. Il était arrivé à Washington quelques jours après que Netanyahu eut donné l’ordre à une délégation de conseillers de premier plan d’annuler une visite qui devait avoir lieu au même moment, en signe de protestation contre la décision prise par l’administration américaine de ne pas s’opposer à une résolution du Conseil de sécurité qu’Israël avait dénoncée.

La résolution appelait à la fois à un cessez-le-feu à Gaza et à la remise en liberté de tous les otages – sans conditionner explicitement les deux éléments, ce qui avait suscité la fureur de Jérusalem qui avait estimé que l’administration avait changé sa politique à ce sujet.

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