Rencontrant les responsables juifs, Léon XIV reconnaît les défis et réaffirme le dialogue
"En raison des racines juives du christianisme, tous les chrétiens entretiennent une relation particulière avec le judaïsme", a dit le souverain pontife

Le pape Léon XIV a déclaré lundi que le dialogue judéo-chrétien devait continuer – même s’il doit faire face à des défis et qu’il y a des désaccords – lors d’une audience particulière organisée au Vatican. Il s’est entretenu à cette occasion avec des représentants religieux et notamment avec des rabbins et avec des dirigeants laïcs juifs.
« En raison des racines juives du christianisme, tous les chrétiens entretiennent une relation particulière avec le judaïsme », a déclaré le pape. « Le dialogue théologique entre chrétiens et Juifs reste toujours un sujet important à mes yeux, un sujet qui me tient à cœur. Même en ces temps difficiles, même à une période marquée par les conflits et par des incompréhensions, il est nécessaire de poursuivre l’élan de ce dialogue précieux qui est le nôtre ».
Le prédécesseur de Léon, le pape François, s’était attiré les critiques des leaders juifs et israéliens suite à sa réaction à l’attaque sanglante qui avait été commise par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, et à la guerre qui avait éclaté ce jour-là. Ses détracteurs avaient estimé qu’il paraissait enclin à mettre sur le même plan le massacre perpétré par le groupe terroriste et la riposte militaire d’Israël, et qu’il n’affichait guère de compassion à l’égard de la souffrance des Juifs.
Emboîtant le pas à François, Léon a placé la paix au centre de son message public.
Lors de sa première messe, le 11 mai, le nouveau pape avait appelé à un cessez-le-feu à Gaza et à la remise en liberté des otages mais lors de son investiture, dans la journée de dimanche, au moment où il invitait le public à ne pas oublier les zones de guerre, il a évoqué les habitants de Gaza « réduits à la famine » sans mentionner les captifs israéliens.
58 otages sont encore détenus dans les geôles du Hamas. 23 seulement seraient encore en vie, affirme Israël.
Parmi les responsables juifs qui ont rencontré le pape figuraient des représentants de l’American Jewish Committee, du Bnai Brith International et de la Conférence des rabbins européens.
« Les représentants juifs ont été les premiers à avoir l’occasion de parler avec le pape, après les autres responsables chrétiens », a confié David Michaels, directeur des affaires intercommunautaires et des Nations unies au sein de Bnai Brith International, au Times of Israel.
Michaels a indiqué avoir passé quelques minutes avec le souverain pontife, profitant de l’occasion pour lui parler en anglais (Léon est le premier pape américain de l’Histoire).
« Je lui ai dit à quel point la relation entre les catholiques et les Juifs était importante pour nous », a raconté Michaels. « J’ai ajouté que nous allons nous joindre à lui pour promouvoir la paix non seulement au Moyen-Orient, mais partout ailleurs. Toutefois, j’ai également exprimé notre espoir qu’il contribuera à approfondir la compréhension et l’empathie à l’égard du peuple d’Israël ».
Michaels a expliqué à Léon que de nombreux Israéliens et que de nombreux Juifs se sentent actuellement isolés et marginalisés.
« C’est quelque chose que le pape a reconnu », a précisé Michaels. « Il a reconnu combien cette période était difficile. J’ai senti de la sincérité de son côté ».
Selon le rabbin Noam Marans, qui est directeur des affaires interreligieuses au sein de l’American Jewish Committee (AJC), la volonté du souverain pontife de reconnaître la nature de la période actuelle est un signal positif.
« Reconnaître qu’il y a des défis à relever lors d’une toute première rencontre de ce type témoigne d’un certain engagement », a-t-il déclaré au Times of Israel. « Il s’agit d’une attitude mature, d’un désir de ne pas se voiler la face ».
La délégation juive a également compris plusieurs responsables de la communauté juive italienne – dont le président de la communauté juive de Rome, Victor Fadlun, le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, et le vice-président de l’Union des communautés juives italiennes, Milo Hasbani.
« J’ai transmis au pape mes meilleurs vœux pour le travail qu’il va être appelé à effectuer et je lui ai dit que nous devions rétablir nos relations, et il a répondu à cette demande de manière positive », a dit Di Segni au Times of Israel.
Dans les mois qui avaient suivi l’élection des papes précédents, les représentants de la communauté juive romaine avaient été invités à une audience privée. Di Segni s’attend à être convié de la même manière par le pape Léon, ajoutant néanmoins que cela prendra un certain temps.
Michaels et Marans ont également souligné que le dialogue avec Léon n’en était qu’à ses balbutiements.
Selon Michaels a estimé que pour promouvoir le dialogue entre Juifs et chrétiens, il était crucial de travailler non seulement au niveau centralisé, mais aussi avec les responsables catholiques locaux.
« Ces enseignements doivent se répandre dans chaque paroisse et sur chaque banc, et nous devons nous assurer que le message passe également dans les régions du monde où il n’y a pas de grandes communautés juives et peu ou pas d’expérience directe de l’Histoire difficile entre Juifs et chrétiens », a-t-il commenté.
Michaels a souligné qu’il était déterminant de préparer le terrain en vue d’une génération de responsables catholiques qui pourraient potentiellement se montrer moins sensibles à l’égard des liens avec le judaïsme.
« Avec ce pape, nous avons quelqu’un qui vient des États-Unis, qui appartient à une génération et à un milieu qui, je pense qu’on peut le dire, est sensible à l’importance de tout ce qui est ressorti du concile Vatican II », a-t-il noté, faisant référence au concile qui, de 1962 à 1965, avait considérablement amélioré les relations entre l’Église catholique et la communauté juive.
« Nous devons aujourd’hui saisir cette occasion pour nous préparer pour le prochain pape et pour l’ère future, une ère qui pourrait être encore plus centrée sur l’Afrique, sur l’Asie et sur d’autres parties du monde, où on ne met pas autant l’accent sur la Shoah ou sur l’histoire difficile des persécutions », a ajouté Michaels.
Dans son discours, Léon XIV a invité ses homologues religieux à travailler ensemble en faveur de la paix.
Le pape a accordé une audience spéciale aux délégations œcuméniques et interreligieuses qui ont participé à la messe solennelle d’inauguration de son ministère pétrinien.
Dans son allocution, le souverain pontife a souligné l’importance accordée par le pape François à la fraternité universelle.
Pope Leo XIV holds a special audience for ecumenical and interreligious delegations who took part in the Solemn Mass for the Inauguration of his Petrine Ministry.
In his address, the Holy Father highlighted Pope Francis’ emphasis on universal fraternity.
Pope Francis “promoted… pic.twitter.com/ljRujqoFVn
— Vatican News (@VaticanNews) May 19, 2025
« Dans un monde blessé par la violence et par les conflits, chacune des communautés représentées ici apporte sa contribution de sagesse, de compassion et d’engagement en faveur du bien de l’Humanité et de la préservation de notre maison commune », a déclaré le pape.
« Je suis convaincu que si nous sommes d’accord et libres de tout conditionnement idéologique et politique, nous pouvons être efficaces lorsque nous disons ‘non’ à la guerre et ‘oui’ à la paix, ‘non’ à la course aux armements et ‘oui’ au désarmement, ‘non’ à une économie qui appauvrit les peuples et la Terre et ‘oui’ à un développement intégral », a-t-il ajouté.







