Report du procès des agents de l’AP accusés de la mort de Nizar Banat
Rechercher

Report du procès des agents de l’AP accusés de la mort de Nizar Banat

L'avocat des 14 agents de sécurité impliqués a affirmé avoir attrapé le coronavirus ; pour l'avocat de la famille de l'activiste, ce report ''n'augure rien de bon"

Des Palestiniens tiennent des affiches représentant le militant des droits de l'homme Nizar Banat lors d'une manifestation déclenchée par l'arrestation violente et la mort en détention de Banat, dans sa ville natale d'Hébron en Cisjordanie, le 27 juin 2021. (MOSAB SHAWER / AFP)
Des Palestiniens tiennent des affiches représentant le militant des droits de l'homme Nizar Banat lors d'une manifestation déclenchée par l'arrestation violente et la mort en détention de Banat, dans sa ville natale d'Hébron en Cisjordanie, le 27 juin 2021. (MOSAB SHAWER / AFP)

RAMALLAH, Cisjordanie – La première audience très attendue dans le procès des agents de l’Autorité palestinienne impliqués dans la mort d’un éminent critique de Mahmoud Abbas a été reporté à la dernière minute, mardi matin, suite à l’absence de l’avocat de la défense.

L’audience devait être préliminaire – quoique d’une grande importance – avec la lecture à voix haute de l’acte d’accusation à l’encontre des 14 agents de sécurité qui auraient frappé à mort l’activiste Nizar Banat.

La mort de Banat, au cours d’une opération menée à son domicile de Hébron, avait entraîné une vive indignation des Palestiniens ainsi que des manifestations rares contre l’AP qui avaient été réprimées par les forces de sécurité. Cette répression avait aussi entraîné un débat sur ce que les groupes de défense des droits de l’Homme considèrent comme une diminution croissante des libertés civiles à Ramallah et un déclin de la liberté d’expression.

Mardi matin, un mur d’officiers de l’AP armés se tenaient à l’entrée de la salle d’audience, empêchant ainsi le public d’apercevoir les visages des accusés.

Malgré – ou peut-être à cause de – l’intérêt public intense qui est porté au procès, seule une petite salle ne pouvant accueillir que 35 personnes avait été choisie. Moins d’une dizaine de journalistes et de diplomates ont pu y prendre place et leurs collègues ont été contraints d’attendre à l’extérieur.

Mais quelques minutes seulement après le début de l’audience, le procès a été reporté et retardé d’une semaine lorsqu’il a été clairement établi que l’avocat des agents palestiniens, Faris Sharab, n’allait pas venir.

Les avocats se préparent pour une audience lors d’un procès de 14 agents de sécurité palestiniens accusés d’avoir battu à mort l’activiste Nizar Banat, le 14 septembre 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/The Times of Israel)

Ghandi Rubi, avocat représentant la famille Banat, a déclaré que cette absence « n’augurait rien de bon » pour la suite du procès.

« [Sharab] n’a pas envoyé de note expliquant les raisons de son absence. C’est un dossier très sensible, qui a profondément ému le public palestinien. Il aurait pu au moins faire parvenir une explication », a commenté Rubi, visiblement surpris, auprès des journalistes suite à l’audience manquée.

« Commencer ainsi pour nous – c’est un problème énorme », a-t-il ajouté.

Sharab a ensuite déclaré au Times of Israel qu’il avait informé la cour de son souhait de reporter l’audience, ayant des engagements antérieurs. Puis, la veille du début du procès, il a été testé positif au coronavirus.

« Je serai là pour les accusés lors de la prochaine session, une fois que la période de quatorzaine sera terminée et conformément aux protocoles actuellement en place », a-t-il ajouté.

Ghandi Rubi, avocat de la famille de Nizar Banat, parle aux journalistes aux abords d’un tribunal militaire de Ramallah, le mardi 14 septembre 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/The Times of Israel)

Sharab a transmis une capture d’écran du site du ministère de la Santé de l’AP qui semble montrer qu’il avait été dépisté positif à la COVID-19 lundi.

Banat, originaire de Dura, à proximité de Hébron, était un activiste connu sur les réseaux sociaux pour ses vidéos acerbes critiquant l’Autorité palestinienne. Il utilisait également sa page Facebook, très populaire, pour fustiger Israël, les droits LGBT et d’autres politiciens palestiniens, comme le responsable du Fatah en exil Mohammad Dahlan.

Suite à la mort de Banat, des diplomates européens avaient rencontré le chef des renseignements de l’AP, Majed Faraj, qui avait cherché à les rassurer sur le caractère isolé de l’incident et qui avait juré de traduire en justice les coupables, selon des diplomates qui avaient assisté à cette rencontre.

Dans des déclarations publiques qui avaient suivi le décès de Banat, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, avait promis qu’une commission d’enquête s’assurerait que les agents mis en cause seraient jugés en bonne et due forme et sans pitié.

« La commission d’enquête qui a été établie mènera son travail en toute transparence pour découvrir la vérité et déterminer les faits dans le cadre du droit palestinien », avait dit Shtayyeh.

La commission avait finalement compris le ministre de la Justice, Mohammad Shalaldeh, et un représentant des forces de sécurité. La famille de Banat et un groupe des droits de l’Homme indépendant avaient initialement intégré le panel avant de se retirer.

Nizar Banat, un critique de l’Autorité palestinienne, parle aux journalistes dans la maison familiale, dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie, le 4 mai 2021. (Crédit : AP/Nasser Nasser)

Finalement, 14 agents palestiniens qui auraient pris part à l’opération qui a entraîné la mort de Banat ont été inculpés. Aucun responsable politique de Ramallah ou haut-responsable des services de renseignement n’a été mis en examen.

La famille de Banat a indiqué qu’inculper seulement les personnes qui l’auraient frappé à mort passait à côté de l’essentiel. Ils n’ont exprimé que peu d’espoir que les audiences du tribunal militaire n’entraînent un résultat et certains membres de la famille ont, pour leur part, dénoncé une « farce ».

« Ces agents accusés n’ont fait qu’exécuter des ordres. Quelqu’un leur a bien donné ces ordres », a commenté une source proche de la famille de l’activiste lors d’un appel téléphonique, dans la soirée de mardi.

« Et la semaine prochaine ? Je suis sûr que nous continuerons à avoir des surprises. Peut-être allons-nous découvrir que le juge, lui aussi, a attrapé le coronavirus », a ajouté la source, sarcastique.

L’AP souffre d’une crise de légitimité depuis quelques mois. Au mois d’avril, le président de l’AP, Mahmoud Abbas, a reporté à une date indéterminée les premières élections nationales en plus de quinze ans, attribuant la responsabilité de l’annulation du scrutin à Israël.

Quelques semaines plus tard, le gouvernement de Ramallah a été marginalisé pendant la guerre qui a opposé, au mois de mai, l’État juif et le Hamas. Le groupe terroriste connaît depuis une hausse dans les sondages en Cisjordanie et à Gaza.

Il y a eu, suite à la mort de Banat, des centaines de mouvements de protestation de Palestiniens furieux de la mort de l’activiste, des manifestations qui ont réclamé la démission d’Abbas. Les agents de sécurité ont frappé à coup de matraque et arrêté les manifestants pacifiques, faisant également usage de gaz lacrymogènes, selon les groupes de défense des droits de l’Homme.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...