Retour sur le plus grand rassemblement anti-Netanyahu
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Retour sur le plus grand rassemblement anti-Netanyahu

Les officiers utilisent la persuasion plutôt que la force pour convaincre les manifestants de se disperser ; les hassidim de Breslev revendiquent le voyage à Ouman

Des policiers évacuent des participants à une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem le 30 août 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Des policiers évacuent des participants à une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem le 30 août 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Une semaine après avoir affronté les critiques de l’opinion publique pour ses tactiques ostensiblement musclées, la police de Jérusalem a fait preuve d’une grande retenue samedi soir devant la résidence du Premier ministre dans la capitale.

Selon les médias israéliens, l’événement aurait attiré 20 000 participants, tandis que les organisateurs, qui ont distribué des bracelets pour suivre l’affluence, ont estimé le nombre de participants à 37 000. C’était le plus grand rassemblement jamais organisé contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu par des manifestants qui appellent à sa démission en raison de son procès pour corruption et de la gestion par le gouvernement de l’épidémie de coronavirus.

La police a déclaré que 16 personnes ont été détenues ou arrêtées pour avoir troublé l’ordre public ou agressé des policiers. Plusieurs personnes ont reçu des amendes pour avoir bloqué des routes après que la police ait appelé les manifestants à se disperser à minuit. Le week-end précédent, 30 personnes ont été arrêtées lors d’échauffourées.

La manifestation de samedi a commencé par une marche non autorisée de milliers de personnes depuis le pont des Cordes à l’entrée de la ville, Kikar Paris, où le principal sitting se tenait à quelques mètres de la résidence officielle du Premier ministre, rue Balfour.

Vers 21h45, lorsque les manifestants sont arrivés sur la Place de Paris, ils se sont tenus devant une zone de protestation clôturée et ont crié à la police « Faites tomber les barricades ». Les manifestants à l’intérieur de la zone barricadée se sont joints aux slogans et ont frappé sur les barrières métalliques, tandis que des policiers de haut rang observaient la scène depuis un balcon situé au-dessus.

Après environ 15 minutes, la police a cédé aux demandes des manifestants et a retiré les barrières, permettant ainsi aux milliers de manifestants de rejoindre la foule à l’intérieur. Les manifestants ont répondu par des applaudissements pour la police.

C’était la première fois que la police acceptait de retirer les barricades malgré les demandes antérieures des manifestants qui disaient se sentir pris au piège et incapables de garder une distance sociale comme il se doit pendant la pandémie. La police avait précédemment insisté sur le fait que les barricades étaient essentielles pour la sécurité des manifestants.

Des manifestants à côté de barricades métalliques lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle, le 29 août 2020. (Anat Peled/Times of Israel)

« Dès qu’ils ont vu les masses, ils se sont écartés et nous ont laissés marcher », a déclaré l’avocat Gonen Ben Yitzhak, qui a participé à la marche. Ben Yitzhak est l’un des dirigeants de “Crime Minister”, l’un des principaux groupes derrière la manifestation.

Selon Ben-Yitzhak, l’une des raisons du comportement plus modéré de la police de Jérusalem hier est la marche de jeudi à Tel-Aviv qui, bien que non approuvée, s’est terminée dans le calme. Les manifestants ont salué la capacité des policiers de Tel-Aviv à contenir la manifestation sans recourir à la violence.

Cela « les a forcés [la police de Jérusalem] à un certain niveau de comportement afin qu’ils puissent prouver à tout le monde qu’ils sont corrects », a déclaré Ben Yitzhak au Times of Israel.

La foule a largement semblé respecter les ordres de la police de cesser de faire du bruit avec des tambours et des sifflets à 21h30 et de ne plus utiliser de haut-parleurs et de mégaphones à 23h.

Contrairement au samedi précédent, la police n’a pas tenté de disperser la foule à 23 heures, heure à laquelle la manifestation devait se terminer, mais a laissé les manifestants rester sur la place dans le calme jusqu’à 23h30. Bien que les officiers aient demandé à plusieurs reprises à la foule de dégager le passage lorsque la rue s’ouvrait à la circulation, des centaines de manifestants sont restés assis sur le sol, bloquant le passage jusqu’à la fin.

Les policiers ont alors été contraints de dégager les manifestants, un par un, de la Place de Paris. Cependant, contrairement aux précédentes fois où les manifestants ont été immédiatement écartés, on a pu voir les policiers dialoguer avec les manifestants et leur demander poliment de se lever d’eux-mêmes, puis les escorter vers la sortie. Lorsque cela n’a pas fonctionné, ils ont fait sortir les manifestants mais se sont abstenus de les traîner et de les pousser comme ils l’avaient fait lors de dispersions nocturnes de précédentes manifestations.

Des manifestants contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem le 29 août 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

« Dans l’armée, on nous dit toujours d’être un exemple personnel pour nos subordonnés… S’il [Netanyahu] était dans l’armée en ce moment, il démissionnerait parce que c’est comme ça que ça doit être », a déclaré Dor Levy, 27 ans, du kibboutz Afikim dans le nord d’Israël.

C’était la première fois que Levy participait à la manifestation de Balfour. Il avait décidé d’y aller en voiture à la recherche de quelque chose de plus « significatif » après avoir participé à une manifestation hebdomadaire à la jonction de Tzemach, juste au sud de la mer de Galilée. Levy a déclaré qu’il avait trouvé la manifestation beaucoup moins chaotique que ce à quoi il s’attendait.

Au cours de la soirée, les manifestants se sont réunis en groupes pour défendre leurs intérêts. Dans un coin, un groupe de femmes a dénoncé la violence sexuelle et le viol. Dans un autre coin, les hassidim de Breslev se sont réunis pour réclamer de se rendre à Ouman – le site de pèlerinage ukrainien qui restera interdit à ce Rosh HaShana. Et dans un autre coin, des jeunes Ethiopiens ont scandé des slogans contre la brutalité policière.

Trois adolescents éthiopiens ont à plusieurs reprises rassemblé une foule autour d’eux et crié les noms des personnes tuées par la police. Un groupe d’officiers voisins qui observait la manifestation a regardé tranquillement, apparemment à l’écoute.

Les fidèles d’Ouman rejoignent les militants anti-corruption

Alors que beaucoup des participants aux manifestations étaient des Israéliens laïcs de gauche, ce qui a distingué la manifestation de samedi soir fut l’arrivée d’environ 200 membres de la secte hassidique de Breslev, contrariés que le gouvernement ait interdit leur pèlerinage annuel à Rosh HaShana sur la tombe de leur vénéré Rabbi Nahman à Ouman, en Ukraine. Le groupe brandissait des pancartes telles que « Netanyahu est contre Rabbi Nahman » et « Netanyahu, tu as perdu nos votes ».

Shema, un hassid de Breslev de 68 ans qui se dit religieux de droite, a déclaré qu’il était présent à la manifestation « à cause d’Ouman » et qu’il continuerait à venir sur la Place de Paris jusqu’à ce que le voyage soit autorisé sur le site du pèlerinage.

« Ce n’est pas juste, ils laissent les gens voyager dans de nombreux endroits et il y a beaucoup de monde à Eilat, tous les hôtels sont bondés, même en Grèce », a-t-il déclaré au Times of Israel.

Les hassidim de Breslev se joignent aux manifestants lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle, le 29 août 2020. Le panneau en hébreu à gauche indique « Ouman ». (Anat Peled/Times of Israel)

Les manifestants de la communauté Breslev ont été accueillis avec des acclamations par les autres. Dans un coin, on pouvait voir un groupe de hassidim danser avec des jeunes laïcs qui essayaient leurs grands chapeaux noirs à fourrure, ou shtreimels.

Selon Ben Yitzhak, les manifestations de Balfour se distinguent en partie des autres manifestations par leur capacité à rassembler des manifestants issus de différents groupes.

« Nous faisons les choses ensemble et nous marchons ensemble et chacun crie les slogans de l’autre et quand nous sommes assis en cercle, tout le monde se parle… À mes yeux, c’est magnifique. Je pense que pendant longtemps nous n’avons pas réussi à établir des liens [entre les gens] et ici vous voyez que tout le monde se connecte et… s’informant des causes des autres personnes », a-t-il dit.

« Au bout du compte, nous nous battons pour une meilleure société, une nouvelle société et si nous sommes capables de faire cela ici, à mon avis, il y a une chance que cela finisse par se produire au niveau national. »

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