Rome confirme la mort de l’étudiant disparu au Caire
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Rome confirme la mort de l’étudiant disparu au Caire

Giulio Regeni, disparu le 25 janvier au soir, a été torturé avant de mourir ; convocation de l'ambassadeur égyptien

Michele Valensise, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères italien,  pendant la conférence de Londres sur l’Afghanistan, le 4 décembre 2014. (Crédit : Patrick Tsui/FCO)
Michele Valensise, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères italien, pendant la conférence de Londres sur l’Afghanistan, le 4 décembre 2014. (Crédit : Patrick Tsui/FCO)

Un étudiant italien qui avait disparu au Caire il y a dix jours a été retrouvé mort dans un fossé, à moitié dénudé, avec des traces de sévices sur le corps, Rome exigeant de l’Egypte « toute la vérité ».

Giulio Regeni, 28 ans, doctorant à l’université britannique de Cambridge, faisait des recherches pour une thèse sur les mouvements ouvriers en Egypte, quand il a mystérieusement disparu le 25 janvier au centre de la capitale égyptienne.

Ce jour-là, 5e anniversaire de la révolte populaire de 2011 qui mit fin au régime de Hosni Moubarak, le gouvernement égyptien, qui réprime toute forme d’opposition, avait interdit tout rassemblement et policiers et soldats quadrillaient la ville.

Le corps du jeune homme a été retrouvé mercredi dans un fossé en bordure d’une route, sur la commune du 6 Octobre, une banlieue du Caire, a annoncé jeudi à l’AFP Hossam Nassar, magistrat du parquet qui a constaté sa mort.

« Il s’agit d’un meurtre », a-t-il assuré. « Il y avait des contusions et des blessures sur le corps et il ne portait que des vêtements sur le haut du corps », a-t-il précisé.

« Il avait des bleus et des blessures sur tout le corps, en particulier sur le visage et dans le dos, et le bas était dénudé », a confirmé à l’AFP Ahmed Nagui, chef du parquet chargé des affaires criminelles au Caire.

Consulté par un correspondant de l’AFP, le rapport du parquet évoque aussi « des brûlures de cigarettes autour des yeux et sur la plante des pieds ».

« Nous voulons que soit révélé de manière complète et approfondie ce qui est arrivé », a exigé le ministre italien des Affaires étrangères Paolo Gentiloni sur la télévision italienne RAI.

Sameh Choukri (Crédit : capture d'écran YouTube)
Sameh Choukri (Crédit : capture d’écran YouTube)

A Londres pour une rencontre sur la Syrie, M. Gentiloni s’est entretenu avec son homologue égyptien Sameh Choukri et les deux ministres se sont mis d’accord pour « renforcer la coopération et la coordination entre les deux parties afin de déterminer les causes du drame », selon un communiqué des Affaires étrangères égyptiennes.

Rome a réclamé au Caire « une enquête commune avec la participation d’experts italiens ».

Violente répression

Toutes les hypothèses restent ouvertes sur la mort de l’étudiant italien dont celle du crime crapuleux.

Mais les réseaux sociaux et les milieux diplomatiques au Caire évoquent avec insistance celle d’une possible bavure policière, dans un pays où la police et les services de renseignements sont accusés régulièrement par les organisations de défense des droits de l’Homme d’arrêter et de détenir sans procès, voire de violenter ou torturer.

Plusieurs cas de morts violentes d’Egyptiens dans les commissariats ont donné lieu ces derniers mois à des procès contre des policiers.

La police a été priée récemment par le président Abdel Fattah al-Sissi en personne, de faire preuve de retenue.

En fin d’après-midi jeudi, l’ambassadeur d’Italie s’est rendu à la morgue centrale du Caire où le corps du jeune supplicié était autopsié, ont rapporté des journalistes de l’AFP.

Selon le récit d’amis et étudiants au Caire sur les réseaux sociaux, Giulio Regeni aurait disparu vers 20h00 alors qu’il se rendait à un rendez-vous du domicile qu’il partageait avec un co-locataire au centre du Caire à une station de métro.

En proie à des années d’instabilité depuis la chute de Hosni Moubarak en 2011, l’Egypte est aujourd’hui présidée par Abdel Abdel Fattah al-Sissi.

Depuis qu’il a destitué et fait arrêter le 3 juillet 2013 le président islamiste élu Mohamed Morsi, M. Sissi, alors chef de l’armée, dirige un pouvoir qui réprime violemment toute opposition, islamiste, laïque et libérale.

Il a été élu président en mai 2014, en l’absence d’opposition crédible mais grâce à une forte popularité.

Plus de 1.400 manifestants islamistes ont été tués en 2013 et des centaines de sympathisants de M. Morsi, dont l’ex-président lui-même, ont été condamnés à mort dans des procès expéditifs vivement dénoncés par l’ONU.

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