Roseanne s’excuse pour son tweet disant que George Soros était un nazi
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Roseanne s’excuse pour son tweet disant que George Soros était un nazi

Barr a lancé cette accusation lors d'un duel engagé avec Chelsea Clinton sur Twitter, relayant la fausse rumeur du mariage de cette dernière avec un neveu du milliardaire juif

Roseanne Barr parlant lors d'une conférence anti-BDS à Jérusalem, le 28 Mars, 2016 (Crédit : CC BY-SA, Monterey media, Flickr)
Roseanne Barr parlant lors d'une conférence anti-BDS à Jérusalem, le 28 Mars, 2016 (Crédit : CC BY-SA, Monterey media, Flickr)

Roseanne Barr a présenté ses excuses lundi à George Soros pour avoir relayé un mensonge populaire au sein de certains cercles conservateurs selon lequel le milliardaire juif hongrois aurait été un collaborateur des nazis.

« Je présente sincèrement mes excuses à @georgesoros. Sa famille a été persécuritée par les nazis & a survécu à l’Holocauste exclusivement en raison de la force & de l’ingéniosité de son père », a tweeté Barr.

Elle a recommandé aux personnes qui chercheraient à avoir davantage d’informations sur Soros de se tourner vers la fondation caritative de Soros, Open Society.

Roseanne avait fait cette allégation durant un échange de tweets qui aura été à l’origine de son renvoi de sa série, diffusée pour ABC. Elle avait dans un premier temps comparé Valerie Jarrett, ancienne haute-conseillère du président Barack Obama, à un singe.

Roseanne avait présenté ses excuses pour ce post raciste, qui disait que Jarrett, une afro-américaine, était le produit de l’accouplement d’un frère musulman et de la planète des Singes. Le mal avait été toutefois déjà fait.

« La déclaration faite par Roseanne sur Twitter est ignoble, répugnante et elle ne correspond pas à nos valeurs, et nous avons donc décidé d’annuler sa série », avait indiqué le réseau dans un communiqué.

Avant ses excuses, et alors qu’elle esquivait des réponses atterrées à sa publication sur Jarrett, Barr était également entrée dans un duel avec Chelsea Clinton qui, avait-elle dit dans une série de tweets, était mariée à un neveu de George Soros. (Ce n’est pas le cas – c’est une rumeur mensongère qui aurait été lancée par une autre personnalité de la télévision, Scott Baio.)

Chelsea Clinton à Philadelphie en 2008 (Crédit : Kyle Cassidy/CC BY/via Wikipedia)

C’est à ce moment-là que Barr aura relayé l’accusation de collaboration avec les nazis contre Soros – un narratif qui trouve des échos problématiques dans le négationnisme de l’Holocauste.

Le tweet initial de l’actrice évoquait « Chelsea Soros Clinton ». Elle devait développer ses propos dans un tweet suivant, faisant référence à la fable transmise sur internet concernant l’union de Clinton et d’un neveu de Soros. Clinton, habituée aux ripostes poliment sardoniques aux attaques à son encontre, avait alors répondu : « Bonjour Roseanne – mon deuxième prénom est Victoria. J’imagine que les neveux de George Soros sont des personnalités adorables. Simplement, je n’en ai pas épousé un. Je suis reconnaissante pour le travail important réalité dans le monde par @OpenSociety. Très bonne journée ! »

Open Society est la fondation caritative du philanthrope, que les conservateurs, aux Etats-Unis et en Europe – et Barr notamment – accusent d’avancer un ordre mondial libéral.

Barr a présenté ses excuses deux fois. Mais elles n’ont pas paru sincères.

« CORRECTION: CHELSEA CLINTON N’EST PAS MARIEE A UN NEVEU DE SOROS. SON EPOUX EST LE FILS D’UN SENATEUR CORROMPU, JE SUIS TELLEMENT DESOLEE ! », a-t-elle commenté dans un tweet. Et dans une réponse à Clinton, elle a écrit : « Désolée d’avoir tweeté des informations incorrectes à votre sujet ! Je vous en prie, pardonnez-moi ! Au fait, George Soros est un nazi qui a livré des Juifs pour qu’ils soient tués dans les camps de concentration allemands et il a volé leurs richesses – Aviez-vous connaissance de cela ? Mais nous faisons tous des erreurs, n’est-ce pas, Chelsea ? » (Le fils de Donald Trump a retweeté la réponse qualifiant Soros de nazi).

Barr est Juive et elle est une fervente défenseure du gouvernement israélien, mais les deux réponses faites à Clinton trouvent un écho déconcertant dans la rhétorique antisémite.

Ce mensonge faisant état d’une collaboration entre Soros et les nazis est né de plusieurs semaines passées auprès d’un responsable hongrois alors que le jeune George était âgé de 14 ans – un séjour arrangé par son père, désireux de protéger son fils. L’adolescent était resté, la majorité du temps, dans l’appartement du responsable, mais Soros l’avait accompagné lorsque ce dernier, qui supervisait les travaux de saisie des biens juifs après la déportation des familles, lors d’une sortie. Le responsable avait présenté Soros comme son filleul et l’adolescent n’avait pas participé à l’ouvrage d’inventaire.

Le milliardaire philanthrope George Soros (Crédit : CC-BY-Harald Dettenborn, Wikimedia Commons)

Soros avait également servi comme courrier pour le Judenrat jusqu’à ce que son père apprenne que sa mission était de délivrer des ordonnances de déportation aux familles. Ce récit émane d’un livre écrit par le père de Soros, qui avait également noté que l’adolescent avait à l’époque mis en garde les destinataires, leur disant de ne pas se rendre à l’adresse désignée.

C’est à peu près tout – hormis que les colporteurs de ce récit ont également transformé l’introspection de Soros sur ses réactions, en tant que jeune homme, face à l’occupation nazie en affirmations qu’il en avait profité.

Une grande partie des théories du complots inventées contre Soros se basent sur une interview qu’il avait accordé à « 60 minutes », dans laquelle le milliardaire avait affirmé ne pas ressentir de culpabilité pour la passivité de sang-froid qui était réclamée à un jeune qui espérait survivre au génocide.

« Tenir un jeune garçon pour responsable de ce qui se déroulait autour de lui durant l’Holocauste dans le cadre d’une initiative plus large de dénigrement l’homme est répugnant », avait estimé Abraham Foxman, qui était alors directeur national de l’ADL (Anti-Defamation League) en 2010, lorsque Glenn Beck, animateur d’un talk show, avait répété le mensonge.

Le problème de cette rumeur affirmant que Soros aurait été un collaborateur nazi est que, même fortuitement, elle correspond à une forme de négationnisme qui ôte la responsabilité du génocide aux nazis et la place sur leurs victimes juives.

« Les tentatives de reprocher aux Juifs d’avoir été à l’origine de leur propre génocide » sont classifiées comme une forme de négationnisme par l’organisation International Holocaust Remembrance Alliance. Au mois de février, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, avait suscité l’indignation des responsables israéliens lorsqu’il avait affirmé qu’il y avait eu « des auteurs Juifs » dans l’Holocauste. Les défenseurs de Morawiecki avaient estimé que ses propos étaient exacts au niveau technique même si les experts avaient noté que la cruauté des nazis avait pu obliger des Juifs impuissants à travailler contre leurs pairs, sous des menaces de mort ou par de fausses promesses d’indulgence.

L’autre tweet de Barr, au sujet du beau-père actuel et réel de Clinton, est également problématique. Marc Mezvinsky est Juif et son père, Edward, ancien membre du congrès, a fait de la prison pour fraude bancaire (même si cette peine n’était en rien liée à son mandat, survenu des décennies plus tôt). Il y a un soupçon de « de toute façon, ils sont tous pareils », dans la réponse sarcastique de l’actrice – « JE SUIS TELLEMENT DESOLEE » – à Clinton.

Egalement moins remarquée dans le tweet original de Barr au sujet de Jarrett, la référence aux Frères musulmans – Jarrett n’est pas musulmane, mais Barr a des antécédents d’hostilité envers les musulmans. Barr aura toutefois tenté de fléchir ses propos dans un premier temps – « les musulmans ne sont pas une race » – ce qui ignore le racisme anti-noir exprimé dans sa première publication.

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