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Russie : plus de 1 300 arrestations lors de manifs anti-mobilisation

Il s'agit des plus importantes protestations en Russie depuis celles ayant suivi l'annonce de l'offensive de Moscou en Ukraine fin février

Des policiers arrêtent un manifestant suite à des appels à protester contre la mobilisation partielle annoncée par le président Vladimir Poutine, à Moscou le 21 septembre 2022. (Crédit : Alexander NEMENOV / AFP)
Des policiers arrêtent un manifestant suite à des appels à protester contre la mobilisation partielle annoncée par le président Vladimir Poutine, à Moscou le 21 septembre 2022. (Crédit : Alexander NEMENOV / AFP)

Au moins 1 332 personnes ont été arrêtées mercredi en Russie lors de manifestations improvisées contre la mobilisation partielle pour l’offensive en Ukraine, annoncée dans la matinée de mercredi par le président Vladimir Poutine, selon une ONG.

Selon OVD-Info, organisation spécialisée dans le décompte des arrestations, les manifestations ont eu lieu dans au moins 38 villes du pays. Il s’agit des plus importantes protestations en Russie depuis celles ayant suivi l’annonce de l’offensive de Moscou en Ukraine fin février.

Poutine a ordonné cette mobilisation risquée après des revers humiliants pour ses troupes, près de sept mois après qu’elles ont envahi l’Ukraine. Cette première mobilisation en Russie depuis la Seconde Guerre mondiale a exacerbé les tensions avec les partisans occidentaux de l’Ukraine, qui l’ont qualifiée d’acte de faiblesse et de désespoir.

La stratégie de mobilisation de Poutine pourrait se retourner contre lui en rendant la guerre impopulaire dans son pays et en nuisant à sa propre réputation. Elle concède également la faiblesse militaire sous-jacente de la Russie.

Des policiers arrêtent un manifestant suite à des appels à protester contre la mobilisation partielle annoncée par le président Vladimir Poutine, à Moscou le 21 septembre 2022. (Crédit : AP/Alexander Zemlianichenko)

Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Shoigu, le nombre total de réservistes à appeler pourrait atteindre 300 000. Toutefois, le décret de Poutine autorisant la mobilisation partielle, qui est entré en vigueur immédiatement, contenait peu de détails, ce qui laisse supposer que le projet pourrait être élargi à tout moment. Une clause a notamment été gardée secrète.

En dépit de la sévérité des lois russes interdisant de critiquer l’armée et la guerre, les manifestants indignés par la mobilisation ont surmonté leur crainte d’être arrêtés pour organiser des manifestations dans les villes du pays.

Les journalistes de l’AFP à Moscou on vu au moins 50 interpellations sur l’une des artères centrales de la capitale. A Saint-Pétersbourg, la deuxième ville de Russie, un bus entier de personnes arrêtées a été emmené par la police dans le centre.

Les journalistes de l’Associated Press à Moscou ont été témoins d’au moins une dizaine d’arrestations au cours des 15 premières minutes d’une manifestation nocturne. Des policiers en gilets pare-balles lourds ont abordé des manifestants devant des magasins et en ont emmené certains.

Des policiers arrêtent un manifestant suite à des appels à protester contre la mobilisation partielle annoncée par le président Vladimir Poutine, à Moscou le 21 septembre 2022. (Crédit : AP/Alexander Zemlianichenko)

Dans l’ancienne capitale impériale de la Russie, à Saint-Pétersbourg, la police a encerclé un petit groupe de manifestants et les a arrêtés un par un, les faisant monter dans un bus.

Les manifestants scandaient « Non à la guerre ! » et « Pas de mobilisation ! ».

« Tout le monde a peur. Je suis pour la paix et je ne veux pas avoir à tirer. Mais c’est très dangereux de sortir maintenant, sinon il y aurait eu beaucoup plus de gens », a expliqué un manifestant à Saint-Pétersbourg, Vassili Fedorov, étudiant qui arbore un emblème pacifiste sur sa poitrine.

Alexeï Zavarki, 60 ans, regrette lui la réponse policière immédiate aux rassemblements.

Des personnes tiennent des banderoles anti-guerre lors d’une manifestation devant l' »Hôtel Moscou » à Belgrade, le 21 septembre 2022, après que le président russe a intensifié de manière spectaculaire sa guerre de sept mois en Ukraine en appelant 300 000 réservistes militaires. (Crédit : OLIVER BUNIC / AFP)

« Je suis venu participer, mais il semble qu’ils ont déjà embarqué tout le monde », dit-il, avant d’ajouter : « je ne sais pas où nous allons, ce régime a signé son arrêt de mort, détruit la jeunesse ».

« Pourquoi servez-vous Poutine ? Un homme assis sur son trône depuis vingt ans ! », crie un autre manifestant en direction de la police.

« Je suis venue dire que je suis contre la guerre et la mobilisation », a déclaré à l’AFP Oksana Sidorenko, une étudiante. « J’ai peur pour moi, pour mon frère, qui a 25 ans et qui a fait son service militaire. Il peut être appelé », a expliqué Sidorenko. « Pourquoi mon avenir est-il décidé à ma place ? »

Alina Skvortsova, 20 ans, espère elle que les Russes commencent à « comprendre » la nature de l’offensive du Kremlin en Ukraine. « Dès qu’ils auront vraiment compris, ils sortiront dans la rue, malgré la peur ».

À Ekaterinbourg, quatrième ville de Russie, la police a fait monter dans des bus quelques-uns des 40 manifestants qui avaient été arrêtés lors d’un rassemblement contre la guerre. Une femme en fauteuil roulant a crié, en faisant référence au président russe : « Putain de tête chauve et cinglée. Il va lâcher une bombe sur nous, et nous continuons tous à le protéger. J’en ai assez dit ».

Le mouvement d’opposition Vesna a appelé à des protestations, en déclarant que « des milliers d’hommes russes – nos pères, frères et maris – vont être jetés dans le hachoir à viande de la guerre. Pour quoi vont-ils mourir ? Pour quoi les mères et les enfants pleureront-ils ? »

Le ministère russe de l’Intérieur, cité par l’agence Interfax, a affirmé dans la soirée avoir réprimé « des tentatives visant à organiser des rassemblements non-autorisés ».

« Toutes ont été stoppées et les personnes qui ont commis ces violations ont été arrêtées et emmenées dans les unités de police territoriales pour enquête et poursuites judiciaires », a-t-il dit.

L’organisme public de surveillance des communications, Roskomnadzor, a prévenu les médias que l’accès à leurs sites Web serait bloqué s’ils transmettaient de « fausses informations » sur la mobilisation.

D’autres Russes ont réagi en essayant de quitter le pays, et les vols de départ ont rapidement été réservés et le coût des billets a grimpé en flèche.

Des policiers arrêtent une manifestante suite à des appels à protester contre la mobilisation partielle annoncée par le président Vladimir Poutine, à Moscou le 21 septembre 2022. (Crédit : Alexander NEMENOV / AFP)

En Arménie, Sergey est arrivé avec son fils de 17 ans, disant qu’ils s’étaient préparés à un tel scénario. Un autre Russe, Valery, a déclaré que la famille de sa femme vit à Kiev et que la mobilisation est hors de question pour lui  » ne serait-ce que pour l’aspect moral ».

Les habitants de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine, semblaient découragés par la mobilisation, alors qu’ils regardaient les secouristes déblayer les débris des tirs de roquettes russes sur deux immeubles d’habitation.

« On ne sait tout simplement plus à quoi s’attendre de sa part », a déclaré Olena Milevska, 66 ans, habitante de Kharkiv. « Mais on comprend que c’est quelque chose de personnel pour lui. »

Dans une adresse à la nation mercredi matin, M. Poutine a décrété une mobilisation partielle des réservistes russes pour l’offensive en Ukraine et assuré qu’il était prêt à utiliser « tous les moyens » dans son arsenal face à l’Occident.

Des policiers arrêtent un manifestant suite à des appels à protester contre la mobilisation partielle annoncée par le président Vladimir Poutine, à Moscou le 21 septembre 2022. (Crédit : Alexander NEMENOV / AFP)

Les dirigeants occidentaux ont déclaré que la mobilisation était une réponse aux récentes pertes subies par la Russie sur le champ de bataille.

Depuis la tribune des Nations unies, le président américain Joe Biden a fermement accusé mercredi la Russie d’avoir « violé de manière éhontée » les principes fondateurs de la Charte des Nations unies, autour desquels il a appelé tous les pays, démocratiques ou non, à s’unir.

Le président américain a martelé que l’institution reposait sur « l’interdiction claire de s’approprier par la force le territoire du pays voisin », et a ajouté, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU que « cette guerre anéantit le droit de l’Ukraine à exister, tout simplement ».

Il a ajouté que les nouvelles menaces nucléaires de Poutine témoignaient d’un « mépris imprudent » des responsabilités de la Russie en tant que signataire du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exigé mercredi devant l’ONU un « juste châtiment » contre la Russie, dénonçant avec force l’invasion de son pays par les troupes russes et appelant à la mise en place d’un tribunal spécial.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’adresse aux dirigeants du monde par liaison vidéo alors qu’ils assistent à la 77e Assemblée générale des Nations Unies (ONU), le 21 septembre 2022. (Crédit : SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Le président ukrainien a également appelé à la création d’un fonds de compensation pour l’Ukraine et souligné que la Russie devrait être privée de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.

« Nos forces peuvent rendre le drapeau ukrainien à l’ensemble de notre territoire. Nous pouvons le faire avec la force des armes. Mais nous avons besoin de temps », a déclaré Zelensky via un message vidéo à l’Assemblée générale de l’ONU. N’ayant pas pu se rendre à New York, le dirigeant avait obtenu cette autorisation exceptionnelle des Etats membres des Nations unies.

Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, l’annonce de la mobilisation concerne 300 000 réservistes, soit « un peu plus de 1 % » du nombre de personnes mobilisables dans le pays, estimé à quelque 25 millions de personnes.

Ces renforts seront déployés pour « consolider » et « contrôler » les lignes arrières, le long d' »une ligne de front qui fait plus de 1 000 kilomètres » dans le sud et l’est de l’Ukraine.

Cette décision intervient alors que les forces ukrainiennes ont mené une série de contre-offensive en septembre, forçant en particulier à la retraite l’armée russe dans la région de Kharkiv (nord-est de l’Ukraine).

Des militaires ukrainiens portent un sac contenant le corps d’un soldat ukrainien, au centre, tandis que l’un d’entre eux, à droite, transporte les restes du corps d’un soldat russe dans une zone reprise près de la frontière avec la Russie dans la région de Kharkiv, en Ukraine, samedi 17 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

On ignore combien d’années d’expérience au combat ou quel niveau d’entraînement les soldats doivent avoir pour être mobilisés. Une autre clause du décret empêche la plupart des soldats professionnels de résilier leur contrat avant la fin de la mobilisation partielle.

Il est peu probable que la mobilisation russe ait des conséquences sur le champ de bataille pendant des mois, en raison du manque de moyens et d’équipements de formation.

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