Saar : Netanyahu ne doit pas demander l’immunité aux partenaires de coalition
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Saar : Netanyahu ne doit pas demander l’immunité aux partenaires de coalition

Pour le député du Likud, qui s'est querellé avec le Premier ministre, les considérations politiques ne doivent pas déterminer si un député peut éviter les poursuites judiciaires

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le député du Likud Gideon Saar s'exprime durant une conférence de la Television News Company à Tel Aviv, le 5 septembre 2019  (Crédit : (Hadas Parush/Flash90)
Le député du Likud Gideon Saar s'exprime durant une conférence de la Television News Company à Tel Aviv, le 5 septembre 2019 (Crédit : (Hadas Parush/Flash90)

Gideon Saar, député du Likud, a expliqué dimanche qu’il ne pensait pas que le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait conditionner l’entrée des partis dans la coalition potentielle qui sera réunie après les élections à la promesse préalable de lui accorder l’immunité face à la justice pendant son mandat.

Saar, un ancien ministre populaire, est raillé par Netanyahu depuis son retour en politique, au début de l’année, en raison de son amibition présumée de prendre les rênes de la formation du Likud, actuellement entre les mains du Premier ministre.

Saar s’est exprimé lors de la Conférence des Influenceurs organisée à Tel Aviv par la Douzième chaîne, où il était le seul représentant du Likud après un appel au boycott de Netanyahu, qui reproche à la chaîne la couverture médiatique de ses déboires judiciaires.

Le député a expliqué que la question de l’immunité, pour les membres de la Knesset, devait être gérée via les canaux appropriés et non par le biais d’accords de coalition.

« Ce n’est pas une affaire d’accords de coalition. C’est un sujet à traiter avant tout devant la commission de la Chambre et c’est là-bas que des décisions doivent être prises », a affirmé l’ex-ministre de l’Intérieur.

Le procureur-général Avichai Mandelblit a annoncé au mois de février dernier son intention d’inculper Netanyahu – sous réserve d’une audience – pour fraude et abus de confiance dans trois dossiers contre lui et pour pots-de-vin dans l’un d’entre eux.

Durant la course au scrutin du mois de septembre, des informations ont laissé entendre que Netanyahu avait demandé aux parlementaires du Likud et des partis qui seront potentiellement ses partenaires de coalition d’accepter de soutenir son immunité parlementaire face aux poursuites pour corruption. Cet appui aurait été présenté comme une condition préalable à l’intégration dans sa future coalition.

Pour éviter de prendre place sur les bancs des accusés dans ces trois affaires, il faudrait que Netanyahu bénéficie d’une immunité octroyée par un panel de la Knesset ainsi que par le parlement tout entier lors d’un vote majoritaire. Il devrait ensuite également faire adopter une législation empêchant la Cour suprême de renverser la décision prise par la Knesset (la loi israélienne permet à un Premier ministre de rester à son poste jusqu’à sa condamnation par un tribunal pour un crime commis et catégorisé comme relevant d’un comportement immoral – et seulement lorsque toute possibilité d’appel a été épuisée).

Des juristes, des spécialistes du droit et des critiques du chef de gouvernement ont averti qu’une telle mesure placerait Netanyahu au-dessus des lois et qu’elle pourrait également faire disparaître des leviers de contrôle important que la Cour suprême détient sur la Knesset.

De l’autre côté, les soutiens de Netanyahu estiment que cette loi est nécessaire pour permettre au Premier ministre de ne pas avoir à gérer des dossiers judiciaires selon eux politisés et frivoles alors qu’il tente de s’occuper du pays, et ils ont fustigé la Cour suprême, la qualifiant de bastion non-démocratique de l’activisme de gauche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Éducation Gideon Saar (à gauche) assistent à une cérémonie de remise des prix organisée par la Fondation Trump, au bureau de Netanyahu à Jérusalem, le 25 décembre 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le Premier ministre, pour sa part, dément les accusations à son encontre, clamant que les enquêtes résultent des tentatives des médias et de la gauche israélienne de le destituer de sa fonction, avec le soutien d’une équipe d’enquêteurs malhonnête supervisée par un procureur-général « faible ».

Selon Saar, « les considérations politiques » ne sont pas une raison valable pour octroyer ou supprimer l’immunité des législateurs.

« C’est une question où une décision doit être prise de manière factuelle dans chaque cas », a-t-il expliqué lors de l’événement.

Saar, qui s’est opposé à Netanyahu dans le passé et qui a fait son retour en politique au grand dam du Premier ministre, a été vivement critiqué au sein du Likud, son parti, avant les élections du mois d’avril pour avoir ouvertement critiqué le plan de Netanyahu, qui avait été révélé à l’époque, de faire adopter une loi spéciale qui lui aurait garanti l’immunité.

Jeudi, il a défendu sa décision de ne pas suivre l’appel au boycott de la conférence lancé par Netanyahu, disant qu’il « respecte la décision des parlementaires de mon parti qui ont fait le choix, de leur propre gré, de ne pas venir. Ma décision a été que c’était au contraire une bonne chose de venir. »

« Il est essentiel pour nous de faire part des positionnements du Likud afin que le Likud puisse remporter les meilleurs résultats », a-t-il ajouté.

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