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Salman Rushdie « sur la voie du rétablissement », selon son agent

"Les blessures sont graves, mais son état évolue dans la bonne direction", a ajouté l'agent de l'auteur des "Versets sataniques"

Le romancier et essayiste américain
Salman Rushdie, à Paris en 2018. (Crédit : JOEL SAGET / AFP)
Le romancier et essayiste américain Salman Rushdie, à Paris en 2018. (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

Salman Rushdie est « sur la voie du rétablissement », a affirmé dimanche son agent Andrew Wylie cité par des médias américains, deux jours après que l’écrivain britannique eut été poignardé une dizaine de fois par un jeune Américain d’origine libanaise lors d’une conférence dans le nord des Etats-Unis.

Il n’est plus sous assistance respiratoire et « la voie du rétablissement a commencé », a indiqué M. Wylie dans un communiqué transmis notamment au Washington Post. « Les blessures sont graves, mais son état évolue dans la bonne direction », a ajouté l’agent de l’auteur des « Versets sataniques » poignardé vendredi au centre culturel de Chautauqua (Etat de New York) au cou et à l’abdomen.

La famille de Rushdie s’est dite dimanche « extrêmement soulagée » que l’écrivain britannique ne soit plus sous assistance respiratoire et a assuré que son sens de l’humour restait « intact » malgré la gravité de ses blessures. « Mon père est toujours dans un état critique à l’hôpital et reçoit un traitement intensif et continu », a indiqué son fils Zafar Rushdie, dans un tweet présenté comme posté au nom de la famille.

« Nous sommes extrêmement soulagés qu’hier (samedi), il ait été débranché du respirateur et de l’apport en oxygène et qu’il ait pu dire quelques mots », a-t-il ajouté. « Bien que ses blessures soient graves et de nature à changer sa vie, son habituel sens de l’humour vif et provocateur reste intact », a poursuivi Zafar Rushdie, qui dirige une agence de relations publiques basée à Londres. Il a remercié les membres du public qui sont venus défendre l’auteur des « Versets sataniques » lors de l’attaque vendredi dans l’Etat de New York, ainsi que les agents de police et soignants qui lui ont porté assistance.

L’assaillant de Rushdie, un jeune Américain d’origine libanaise, a été présenté à un juge de l’Etat de New York devant lequel il a plaidé « non coupable » de « tentative de meurtre » de l’écrivain. Lors d’une audience de procédure au tribunal de Chautauqua, Hadi Matar, 24 ans, poursuivi pour « tentative de meurtre et agression », a comparu en tenue rayée noire et blanche de détenu, menotté et masqué, et n’a pas dit un mot, d’après le New York Times (NYT) et des photos de la presse locale. Les procureurs ont estimé que l’attaque de vendredi dans un centre culturel de Chautauqua, où M. Rushdie allait donner une conférence, était préméditée. A 75 ans, l’intellectuel a été poignardé au moins à dix reprises au cou et à l’abdomen. Le suspect, qui vit dans le New Jersey, a plaidé « non coupable » par la voix de son avocat et comparaîtra une nouvelle fois le 19 août.

Salman Rushdie cherchait depuis la fatwa demandant son assassinat en 1989 à ne pas être réduit à cette affaire qui a embrasé le monde musulman. « Mon problème, c’est que les gens continuent de me percevoir sous l’unique prisme de la fatwa », avait confié un jour ce libre-penseur qui se veut écrivain, pas symbole.

Mais la montée en puissance de l’islam radical de ces dernières années n’a cessé de le ramener à ce qu’il a toujours été aux yeux de l’Occident: le symbole de la lutte contre l’obscurantisme religieux et pour la liberté d’expression.

Déjà, en 2005, il considérait que cette fatwa était un prélude aux attentats du 11 septembre 2001. Et, en 2016, il notait: « Mon cas n’a été que le précurseur d’un phénomène bien plus vaste qui désormais nous concerne tous. »

Il avait raconté dans ses mémoires « Josef Anton », publiés en 2012, la bascule de sa vie lorsque l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeiny avait, le 14 février 1989, appelé les musulmans du monde entier à l’abattre, les fondamentalistes jugeant son ouvrage « Les versets sataniques » blasphématoire à l’égard du Coran et de Mahomet.

Contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache, il s’était fait appeler Joseph Anton, en hommage à ses auteurs favoris, Joseph Conrad et Anton Tchekhov.

Il avait dû affronter une immense solitude, accrue encore par la rupture avec sa femme, la romancière américaine Marianne Wiggins, à qui « Les versets… » sont dédiés.

Marianne Wiggins (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Je suis bâillonné et emprisonné (…). Je voudrais jouer au foot avec mon fils au parc. Vie ordinaire, banale, un rêve pour moi inaccessible », écrivait-il.

Mais, à partir de 1993, fatigué d’être « un homme invisible », il multiplie les voyages et les apparitions publiques, tout en restant sous surveillance du gouvernement britannique.

Installé à New York, Salman Rushdie – sourcils arqués, paupières lourdes, crâne dégarni, lunettes et barbe – avait repris, avant l’attaque subie vendredi, une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l’irrévérence.

La fatwa n’a pas été levée et beaucoup des traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, victime de plusieurs coups de poignard en 1991.

« Trente ans ont passé », disait-il toutefois à l’automne 2018. « Maintenant tout va bien. J’avais 41 ans à l’époque (de la fatwa), j’en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d’autres raisons d’avoir peur, d’autres gens à tuer… »

Son livre, a-t-il par ailleurs expliqué depuis, a été « grandement incompris ». « Il s’agissait en réalité d’un roman qui parlait des immigrés d’Asie du sud à Londres et leur religion n’était qu’un aspect de cette histoire-là », a-t-il dit.

DOSSIER – L’ayatollah Khomeiny s’adresse à ses partisans au cimetière Behesht Zahra après son arrivée à Téhéran, en Iran, mettant fin à 14 ans d’exil, le 1er février 1979. (Crédit : AP Photo/AF)

Anobli en 2007 par la reine d’Angleterre, au grand dam des extrémistes musulmans, ce maître du réalisme magique, homme d’une immense culture qui se dit apolitique, a écrit en anglais une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais.

Salman Rushdie, dont la langue maternelle est l’ourdou, est né le 19 juin 1947 en Inde, à Bombay (ou Mumbai) au sein d’une famille d’intellectuels musulmans non pratiquants, riche, progressiste et cultivée. Il dévore les épopées indiennes et participe aux fêtes tant hindoues que musulmanes et chrétiennes.

A 13 ans, il part suivre ses études en Angleterre. Après être passé par l’université de Cambridge, il travaille au Pakistan, comme producteur à la télévision. En butte à une censure permanente, il revient à Londres, gagnant sa vie dans la publicité.

Son premier roman célèbre est « Les enfants de minuit », qui obtient le Booker Prize en 1981. Suivent « La honte » (prix 1985 du meilleur livre étranger en France), « Le dernier sourire du Maure », « La terre sous les pieds », « Shalimar le clown » ou « L’enchanteresse de Florence ».

Des fictions où cet amateur d’odyssées fantastiques parle souvent de l’Inde et de ses relations avec l’Occident et dénonce le manque de repères qui, selon lui, déstabilise le monde depuis des années.

Padma Lakshmi (Crédit : capture d’écran YouTube)

Ancien président du PEN American Center, grand lecteur de l’écrivain allemand Günter Grass et du russe Mikhaïl Boulgakov, Salman Rushdie a été quatre fois marié et divorcé. Son dernier divorce remonte à 2007, avec l’actrice et mannequin d’origine indienne Padma Lakshmi.

L’Académie Goncourt, qui décerne chaque année le plus prestigieux prix littéraire francophone, a exprimé dimanche « son soutien et sa solidarité inconditionnels » à l’écrivain Salman Rushdie. « Devenu malgré lui un symbole inébranlable de la résistance face au totalitarisme et à l’obscurantisme islamistes, il s’est toujours plu à souligner que cette violence à son endroit avait pour origine une oeuvre de fiction et qu’elle avait paradoxalement pour effet de confirmer la puissance de la littérature », écrit l’Académie Goncourt dans un communiqué. Depuis « l’appel au meurtre » lancé par l’Iran contre Salman Rushdie en 1989, « des éditeurs et des traducteurs de son livre ont été attaqués, tués, blessés un peu partout dans le monde faute de pouvoir en atteindre l’auteur », rappelle l’Académie Goncourt.

Rushdie doit obtenir le prix Nobel de littérature, qui sera décerné en octobre, plaide le philosophe français Bernard-Henri Lévy dans le Journal du dimanche (JDD). « Je n’imagine pas un autre écrivain avoir l’outrecuidance, aujourd’hui, de le mériter plus que lui. La campagne commence maintenant », écrit Bernard-Henri Lévy. Selon le règlement du prix Nobel de littérature, récompense suprême pour un écrivain, la liste des cinq finalistes est déjà arrêtée depuis mai, et le jury est actuellement en train de lire l’ensemble de leur oeuvre.

La police britannique a par ailleurs indiqué dimanche enquêter sur une menace présumée dont l’autrice de la saga Harry Potter, J. K. Rowling, dit avoir été la cible sur Twitter après l’attaque contre Salman Rushdie aux Etats-Unis.

Mme Rowling avait réagi à l’agression de l’auteur des « Versets sataniques » en se disant « écoeurée » sur le réseau social, ajoutant espérer son rétablissement.

Un utilisateur, qui se présente sur son profil comme un étudiant et militant politique basé à Karachi au Pakistan, avait alors répondu : « Ne t’inquiète pas tu es la prochaine ».

Le tweet a ensuite été supprimé mais J. K. Rowling a posté une capture d’écran, interpellant Twitter sur de possibles violations de ses règles.

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