Sans délégué permanent, Netanyahu reste (seul) sous le feu des projecteurs
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Sans délégué permanent, Netanyahu reste (seul) sous le feu des projecteurs

Le Premier ministre avait choisi Yuval Steinitz comme doublure du Likud quand il était aux États--Unis, mais ne lui a octroyé aucun pouvoir

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu attend les ministres avant une réunion spéciale du cabinet pour la Journée de Jérusalem, à Jérusalem, le 2 juin 2016. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu attend les ministres avant une réunion spéciale du cabinet pour la Journée de Jérusalem, à Jérusalem, le 2 juin 2016. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu était récemment en déplacement aux États-Unis. Il a rencontré, probablement pour la dernière fois, le président américain Barack Obama.

Étant donné qu’aucun délégué permanent n’ait été nommé, Yuval Steinitz, ministre de l’Énergie, a été choisi comme Premier ministre intérimaire, le temps du voyage, pour convoquer et présider des réunions du cabinet en cas d’urgence.

Depuis qu’il est au pouvoir, Netanyahu n’a jamais nommé de délégué permanent pour le remplacer, quelqu’un qui prendrait automatiquement sa place aux commandes du pays s’il venait à être indisposé de manière imprévue ou à être destitué.

Au lieu de cela, lors de chaque déplacement à l’étranger, Netanyahu désigne un ministre du Likud pour assurer son remplacement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara montent dans l'avion qui les emmènera à New York, où le Premier ministre rencontrera le président américain Barack Obama, et s'adressera à l'Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre 2016. (Crédit : Koby Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara montent dans l’avion qui les emmènera à New York, où le Premier ministre rencontrera le président américain Barack Obama, et s’adressera à l’Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre 2016. (Crédit : Koby Gideon/GPO)

Lors d’un voyage aux Pays-Bas, il y a deux semaines, Yariv Levin, ministre du Tourisme, a été nommé Premier ministre intérimaire. Yisrael Katz, ministre des Transports avait occupé cette position lors des voyages précédents de Netanyahu, mais il semble avoir perdu ce privilège lors de l’affaire des travaux ferroviaires durant Shabbat. Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, a aussi rempli ce rôle, tout comme Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, quand il faisait encore partie du cabinet.

« Pour chaque voyage à l’étranger, le Premier ministre prend sa décision en fonction de l’actualité et des autres engagements que peuvent avoir les ministres », explique David Baker, porte-parole du Premier ministre au Times of Israël, ajoutant qu’un protocole différent s’appliquerait si Netanyahu était dans l’incapacité d’assumer ses responsabilités.

« Il n’y a pas de raison précise pour laquelle il nomme quelqu’un d’autre à chaque fois », a-t-il ajouté.

Insensé et déraisonnable

Mais le choix du remplaçant actuel, Steinitz, et de Levin la fois précédente, soulève un problème supplémentaire, qui ne se poserait pas avec 10 des 24 autres ministres que Netanyahu aurait pu choisir.

Steinitz peut convoquer et présider une réunion du cabinet si nécessaire, mais il n’est pas membre du cabinet de sécurité – qui est mandaté pour formuler et mettre en œuvre les politiques étrangères et militaires, et ne serait donc pas en mesure de le convoquer dans le cas d’une urgence en matière de sécurité nationale. Par conséquent, Netanyahu a dû désigner spécifiquement Avigdor Liberman, ministre de la Défense, pour convoquer le cabinet de sécurité en cas de besoin pendant le séjour actuel du Premier ministre.

L’absence d’un Premier ministre intérimaire désigné se révèlerait encore plus problématique si Netanyahu venait à être incapable d’exercer ses fonctions de manière imprévue.

En 2013, lorsque Netanyahu a subi une intervention chirurgicale sous anesthésie générale, il a transféré son autorité de Premier ministre à Yaalon. Mais dans l’éventualité d’une urgence médicale, le secrétaire du cabinet devra convoquer une réunion du cabinet, et les ministres devront voter pour sa succession. Bizarrement, si Netanyahu se retrouve dans l’incapacité d’exercer ses fonctions en étant à l’étranger, le Premier ministre intérimaire ne maintiendrait pas nécessairement sa position.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz pendant de la réunion hebdomadaire du cabinet, le 24 janvier 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz pendant de la réunion hebdomadaire du cabinet, le 24 janvier 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Le professeur Gideon Rahat, directeur de recherche des réformes du projet politique à l’Institut israélien de la Démocratie, explique que cette absence de délégué permanent génère une incertitude dont on se serait bien passé.

« C’est insensé, explique Rahat au Times of Israël. La loi prévoit de nommer un [suppléant], et ne pas respecter cela, c’est déraisonnable. »

La loi fondamentale israélienne, au sujet du gouvernement, stipule que « sans nomination de Premier ministre intérimaire […] le gouvernement devra désigner un autre ministre ». Rahat indique que prévoir un remplacement fait partie des devoirs du Premier ministre.

Depuis que la clause qui stipule la nomination d’un suppléant a été instituée dans la loi fondamentale (dans le cadre de l’accord de rotation de 1984 pour le parti travailliste de Shimon Perez et le Likud de Yitzhak Shamir, où chacun devait agir en tant que Premier ministre pendant deux ans), elle n’a pas été respectée par tous les Premiers ministres.

Lorsque Yitzhak Rabin a été assassiné, en 1995, personne n’avait été nommé au poste de suppléant. Shimon Peres est devenu Premier ministre par intérim seulement après le vote du cabinet. Ehud Olmert, d’autre part, a assuré la succession d’Ariel Sharon immédiatement après l’AVC de ce dernier, en 2006. En effet, trois ans auparavant, il avait été nommé suppléant potentiel.

« Typique de Netanyahu »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session plénière de la Knesset, le 1er août 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session plénière de la Knesset, le 1er août 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Rahat, qui est aussi professeur associé du département de Sciences politiques à l’université Hébraïque, a décrit la situation comme « typique de Netanyahu », indiquant que le Premier ministre est connu pour préférer les manœuvres politiques à la cohérence.

« C’est une autre des méthodes de Netanyahu pour neutraliser la concurrence de l’intérieur. Il ne laisse personne évoluer dans ses cercles. Son pouvoir est basé sur le fait qu’il est le seul à pouvoir exercer la fonction de Premier ministre, analyse Rahat. C’est typique de Netanyahu de désigner quelqu’un de différent à chaque fois, de sorte que personne ne soit considéré comme suppléant potentiel. »

Même avec les dispositions actuelles, Steinitz n’apparaitra pas publiquement en tant que suppléant potentiel, car la réunion hebdomadaire du cabinet, qui se déroule le dimanche matin, sera repoussée jusqu’au retour du Premier ministre. En effet, depuis son élection en 2009, Netanyahu n’a jamais laissé aucun autre ministre présider une réunion du cabinet, préférant les repousser ou les annuler s’il est en déplacement.

L’attitude du Premier ministre face à ses potentiels rivaux du Likud a fini par conduire à un exode de certains des meilleurs successeurs potentiels.

Moshe Kahlon a quitté le parti en 2013 pour former le parti Koulanou, qui a obtenu 10 sièges à la Knesset. Deux ans plus tard, Gideon Saar a annoncé son départ de la vie politique, bien qu’il alimente les rumeurs au sujet d’un éventuel retour. Yaalon, limogé au début de l’année dans le cadre d’une crise politique, a été remplacé par Liberman. Il a également suggéré qu’il reviendrait dans la sphère politique.

Gideon Sa'ar (center) and Benjamin Netanyahu (right), August 21 (photo credit: Moshe Milner/Flash90)
Gideon Saar (au centre) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 21 août 2014 (Crédit : Moshe Milner/Flash90)

C’est peut-être dû à la peur de se créer des adversaires que Netanyahu a renoncé à pourvoir les postes honorifiques d’adjoint au Premier ministre et de vice Premier ministre.

L’adjoint et le vice Premier ministre ne jouissent d’aucun pouvoir exécutif, et ne sont pas non plus plus qualifiés que d’autres ministres pour remplacer un Premier ministre dans l’incapacité d’exercer ses fonctions. Mais Netanyahu avait accordé ce titre à plusieurs de ces ministres, durant son premier mandat, de 1996 à 1999, et entre 2009 et 2015. C’était une manière de satisfaire les membres du cabinet.

Il semblerait que Netanyahu préfère désormais que ses ministres ne soient pas sous le feux des projecteurs en grimaçant, plutôt qu’ils y soient, en souriant.

En attendant, à l’étranger comme chez lui, Netanyahu cherche à rester le seul, l’unique et l’irremplaçable Premier ministre.

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