Conflit politico-religieux sur les travaux ferroviaires durant Shabbat
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Conflit politico-religieux sur les travaux ferroviaires durant Shabbat

Un conseiller accuse le ministre des Transports de tentative de “putsch” ; le Premier ministre parle de tentative délibérée d’affaiblir ses relations avec les haredim

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, le 24 janvier 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre des Transports et des Renseignements Yisrael Katz pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, le 24 janvier 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé samedi le ministre des Transports Yisrael Katz de déclencher une crise de la coalition à propos des travaux ferroviaires en Israël à Shabbat, à peine quelques semaines après une lutte entre les deux hommes pour le contrôle d’une institution cruciale du Likud.

Netanyahu a affirmé que Katz avait créé la querelle entre le Likud et les dirigeants des partis ultra-orthodoxes la semaine dernière quand il avait ordonné de continuer les travaux pendant le week-end, a priori pour éviter des retards sur les trains.

« La crise a commencé quand Katz a ébranlé de manière inutile la relation entre le Premier ministre et le public orthodoxe, et a également nuit à sa réputation au sein de la population générale », a déclaré le bureau de Netanyahu dans un communiqué.

Le Premier ministre a été « choqué par les attaques cyniques », a déclaré son bureau. La Deuxième chaîne a annoncé samedi soir que le Premier ministre était prêt à virer Katz.

Travaux à la gare Shalom de Tel Aviv, le 27 août 2016. (Crédit : Israel Railways)
Travaux à la gare Shalom de Tel Aviv, le 27 août 2016. (Crédit : Israel Railways)

« Depuis le début, il n’y avait pas besoin d’appeler à des travaux pendant Shabbat. Il était possible que les travaux soient faits à un autre moment, et de ne pas blesser la population ultra-orthodoxe, ou les soldats », a déclaré le bureau de Netanyahu, ajoutant que Katz « retenait les passagers et les soldats en otage. »

Après le déclenchement d’une crise la semaine dernière, Netanyahu avait apaisé les partis ultra-orthodoxes en leur promettant la mise en place d’un comité interministériel sur les travaux d’infrastructure pendant le week-end.

Le directeur de cabinet de Netanyahu, Yoav Horovitz, avait rencontré au bureau du Premier ministre les ministres Yaakov Litzman (Yahadout HaTorah), Aryeh Deri (Shas) et Naftali Bennett, président de HaBayit HaYehudi. Le président d’Israël Railways, le secrétaire général du Grand Rabbinat et un représentant du ministère du Travail, chargé de l’attribution des permis de travail spéciaux pour le week-end, étaient également présents.

Les ministres ultra-orthodoxes avaient déclaré pendant la rencontre que respecter Shabbat était plus important que fournir des services publics. Le président d’Israël Railways, Boaz Tzafrir, a déclaré que l’annulation des lignes entraînerait un retard de la livraison de frets d’une valeur de 4 millions de shekels.

Quai d'une gare israélienne. Illustration. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)
Quai d’une gare israélienne. Illustration. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Netanyahu avait cependant demandé vendredi à Israël Railways de stopper 17 des 20 projets qui avaient été programmés pour avoir lieu pendant le week-end, ainsi que certaines lignes opérant le vendredi après-midi et le samedi soir, quand les partis ultra-orthodoxes ont menacé de renverser la coalition sur les travaux continuaient pendant Shabbat.

Pour l’instant, les trains s’arrêtent le week-end 20 minutes après le début de Shabbat et reprennent 20 minutes après sa sortie, ce qui signifie que certains employés d’Israël Railways finissent de travailler alors que le jour de repos hebdomadaire a déjà commencé le vendredi, ou reprennent le travail avant qu’il ne soit terminé le samedi.

Les travaux sur les 17 projets ont à la place été programmés pour avoir lieu samedi soir, après la sortie de Shabbat, et dimanche, entraînant des annulations de services dans plusieurs gares.

Des soldats israéliens dans une gare. Illustration. (Crédit : Shay Levy/Flash90)
Des soldats israéliens dans une gare. Illustration. (Crédit : Shay Levy/Flash90)

L’annulation a touché 70 000 voyageurs, dont des milliers de soldats en service obligatoire qui étaient rentrés chez eux pour le week-end.

Dans ce contexte tendu, des réparations prévues samedi sur la ligne Tel-Aviv-Haïfa ont été suspendues. La ligne ne fonctionnera pas jusqu’à dimanche soir afin de permettre la réalisation des travaux, a annoncé samedi la compagnie ferroviaire israélienne sur son site internet.

Suspendre les travaux a également entraîné un retard dans l’achèvement de la ligne Tel Aviv – Jérusalem, qui devrait être terminée en 2018 mais est déjà en retard.

D’énormes embouteillages se sont produits dimanche matin en raison de l’arrêt de la circulation d’une grande partie des trains provoqué par ce conflit politico-religieux.

L’arrêt des trains a touché 150 000 passagers sur les 213 000 transportés chaque jour, selon la compagnie ferroviaire.

Les trois projets qui ont été autorisés à continuer malgré les objections des ultra-orthodoxes étaient ceux dont le retard entraînerait, selon la police, un risque réel pour la vie humaine en raison des complications de trafic. Mais les partis ultra-orthodoxes ont, selon Ynet, rejeté l’argument de la police, et affirmé que des solutions alternatives devraient être trouvées.

David Lau, grand rabbin ashkénaze d'Israël. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)
David Lau, grand rabbin ashkénaze d’Israël. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash 90)

Les grands rabbins d’Israël ont pour leur part annoncé vendredi qu’ils rejetaient les permis de travail pendant Shabbat pour les 20 projets.

Selon la loi juive, les règles religieuses de comportement pour Shabbat, comme l’interdiction de travailler ou d’utiliser des machines électriques ou des moteurs, peuvent être enfreintes quand une vie humaine est en jeu. Moshe Dagan, secrétaire général du Grand Rabbinat, a cependant déclaré que les travaux le week-end ne pouvaient pas sauver de vies humaines, et ne devraient donc pas être autorisés.

« En tant que représentant des grands rabbins, je voudrais annoncer que notre position est que les projets de Shabbat pour lesquels les [transports] ferroviaires ont demandé la permission n’ont pas été approuvés et ne peuvent pas être menés pendant Shabbat puisqu’ils n’impliquent pas de risque pour la vie humaine », a déclaré Dagan.

Horovitz, le directeur de cabinet du Premier ministre, a accusé samedi soir Yisrael Katz de tenter un « putsch » contre Netanyahu, a annoncé la radio publique israélienne. Horovitz a déclaré que la manœuvre politique avait nui délibérément aux soldats et aux autres passagers.

Selon Horovitz, Katz a promis aux partis religieux qu’il n’y aurait pas de travaux non essentiels pendant Shabbat, puis a soudainement présenté 20 projets qui devaient selon lui être menés pendant le week-end.

Le directeur de cabinet a déclaré que Netanyahu a fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter les perturbations pour les passagers, et a ordonné, entre autre, la mise en place d’autres transports pour les soldats samedi soir et dimanche matin. Le bureau de Netanyahu a annoncé que le Premier ministre avait également ordonné que le ministère des Transports augmente le nombre de bus entre Tel Aviv et Haïfa pour compenser les retards causés par la suspension des trains.

Des rumeurs de licenciement de Katz par Netanyahu ont ressurgi vendredi, quand la Dixième chaîne a annoncé que le Premier ministre était certain que son ministre des Transports avait délibérément déclenché la crise de coalition.

Selon la chaîne, Netanyahu était également furieux de la réaction du rabbinat et du grand rabbin David Lau, qui a, de manière inhabituelle, publié un communiqué vendredi en réaction à l’opinion de la police.

Lau « tente ses primaires sur mon dos », aurait déclaré Netanyahu selon un analyste de la Dixième chaîne. Cette remarque est symbolique, puisque Lau ne mène aucune campagne pour l’instant.

Les bureaux de Netanyahu et de Katz n’ont pas répondu officiellement aux informations de la Dixième chaîne.

Netanyahu et Katz, tous deux des poids lourds du Likud, se sont publiquement affrontés le mois dernier dans un contexte de spéculation sur une possible contestation de la direction du parti pour le prochain cycle électoral.

Le secrétariat du Likud, dont Katz est le président, est l’organe interne responsable des opérations du parti, notamment ses équipes, son budget, ses bureaux régionaux et ses campagnes électorales.

Avant les manifestations de vendredi, Zehava Galon, présidente du Meretz, avait demandé à Tzafrir, président d’Israël Railways, que les travaux continuent selon le projet initial, disant qu’il n’était pas du ressort de Netanyahu de les annuler.

Meretz chairwoman Zehava Gal-On speaking in the Knesset last year (photo credit: Abir Sultan/Flash 90)
Zehava Galon, présidente du parti Meretz, à la Knesset en 2011. (Crédit : Abir Sultan/Flash 90)

« Le Premier ministre et son directeur de cabinet n’ont pas l’autorité pour ordonner de cesser des travaux d‘infrastructure, et une fois que les permis de travail ont été délivrés légalement par l’agence autorisée, qui est le ministère du Travail, le Premier ministre n’a pas de raison de se mêler de ce sujet, et cela ne relève pas de son autorité », a déclaré Galon à Tzafrir selon la Dixième chaîne.

Vendredi, députés et militants de gauche ont protesté contre la décision de Netanyahu de mettre fin aux travaux pendant le week-end. Galon, Ilan Gilon, Tamar Zandberg et Michal Rozin, députés de son parti, étaient présents. A la gare Arlozorov, gare centrale de Tel Aviv, Galon avait prévenu que la décision pourrait entraîner une action juridique.

Samedi également, Galon a porté une pétition devant la Cour suprême pour demander l’annulation de la décision de Netanyahu de mettre fin aux travaux ferroviaires le week-end.

« La cour doit mettre fin à la frénésie débridée du Premier ministre sur le dos de milliers de passagers », a déclaré Galon.

Les dirigeants de l’Union sioniste, les députés Isaac Herzog et Tzipi Livni, ont déclaré que leur parti mettrait en place des transports privés pour tout soldat affecté par l’annulation des lignes de train.

« Les ministres de ce gouvernement ne s’intéressent pas à une mère à qui son fils soldat manque et, pour le service d’intérêts politiques, ils volent à la mère et son fils du temps de qualité ensemble », a déclaré Herzog. Livni a ajouté que « l’Etat du peuple juif n’est pas un monopole des partis ultra-orthodoxes. »

D’autre part, des membres de l’opposition ont annoncé samedi avoir collecté 25 signatures de députés nécessaires pour demander une session de commission spéciale pour discuter de la décision de Netanyahu. Des manifestations contre la suspension des trains ont également eu lieu dans les gares centrales de Tel Aviv et Haïfa samedi soir.

« Le drapeau blanc levé par Netanyahu en réponse au chantage des partis religieux, qui a entraîné une interruption du trafic ferroviaire et a donc nui à la population qui voyageait, est un scandale qui doit être reconnu par la Knesset », a déclaré samedi Ilan Gilon, député du Meretz, après avoir collecté les signatures, selon le site d’informations Walla.

Les trains devraient circuler de nouveau normalement dimanche en début de soirée, selon Israël Railways. Pour réduire l’impact de cette interruption du trafic, des dizaines d’autobus supplémentaires ont été mobilisés, ce qui n’a fait qu’aggraver les bouchons dimanche, premier jour de travail de la semaine.

L’AFP a contribué à cet article.

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