« Sans égalité, pas de démocratie, » dit Odeh au rassemblement de l’opposition
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« Sans égalité, pas de démocratie, » dit Odeh au rassemblement de l’opposition

A Tel Aviv, le député arabe a demandé un partenariat entre Arabes et Juifs en faveur du changement lors d'un rassemblement de dizaines de milliers de personnes contre Netanyahu

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le dirigeant de Hadash-Taal Ayman Odeh s'exprime lors d'une manifestation contre le Premier ministre israélien  Benjamin Netanyahuaux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Capture d'écran/YouTube)
Le dirigeant de Hadash-Taal Ayman Odeh s'exprime lors d'une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahuaux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Capture d'écran/YouTube)

Le président de Hadash-Taal Ayman Odeh a déclaré samedi que les efforts visant à sauvegarder la démocratie israélienne ne seront possibles que lorsque Juifs et Arabes travailleront ensemble, dans un contexte d’initiatives prises par la prochaine coalition pour accorder au Premier ministre Benjamin Netanyahu l’immunité face aux poursuites judiciaires qui le menacent.

Prenant la parole devant des dizaines de milliers d’Israéliens à l’occasion d’un rassemblement organisé aux abords du musée de Tel Aviv, samedi soir, Odeh a déclaré que « je suis ici aujourd’hui parce que je crois que le partenariat entre Juifs et Arabes est le seul moyen de promulguer l’espoir et le changement ».

« Nous, citoyens arabes israéliens, ne pouvons pas réaliser seuls le changement mais sans nous, c’est également impossible », a continué le chef de Hadash-Taal. « Et je suis ici aujourd’hui parce que j’ai la certitude que sans égalité, il ne peut pas y avoir de démocratie ».

L’intervention d’Odeh, samedi soir, a été décidée à la dernière minute, à l’issue d’un entretien téléphonique du député arabe avec le dirigeant de Kakhol lavan, Benny Gantz, dont la formation a initié le rassemblement.

Selon des responsables de Hadash-Taal, Odeh avait été sollicité pour prendre la parole au cours de la manifestation en début de semaine mais au moment où il avait apporté sa réponse, les organisateurs de Kakhol lavan avaient choisi de retirer leur offre – excluant du rassemblement toute participation des partis arabes israéliens.

Pour sa part, Kakhol lavan a clamé que Hadash-Taal avait tardé à répondre, laissant aux responsables du parti aucun autre choix que celui d’ôter Odeh de la liste des intervenants avant le changement survenu au dernier moment.

Tandis que les militants de Hadash-Taal étaient présents lors de ce rassemblement, aux côtés d’Odeh, le dirigeant de l’autre parti arabe israélien, Raam-Balad, a pour sa part refusé de venir. Mansour Abbas a affirmé que les arabes israéliens « ne sont dans la poche de personne » et il a critiqué Odeh pour sa présence auprès des autres partis d’opposition à la tribune.

Vers la fin de son discours, Odeh a semblé faire allusion à une possibilité de partenariat continu entre sa faction et les autres partis d’opposition. Dans le passé, les partis arabes se sont traditionnellement retenus de travailler étroitement avec les autres.

« En ce qui me concerne, il devrait y avoir un partenariat entre ceux qui sauront montrer du courage, entre les responsables courageux », a-t-il dit. « Je suis prêt à ce partenariat, prêt à promulguer le changement ».

Odeh a été le dernier leader de parti à s’exprimer lors du rassemblement après Gantz, de Kakhol lavan, Avi Gabbay, le chef travailliste, et Tamar Zandberg, à la tête du Meretz.

Montant à la tribune suite à la défaite électorale qui a vu son parti passer de 24 sièges à seulement six fauteuils dans la nouvelle Knesset, Gabbay a déclaré à la foule que « nous avons dorénavant une jeune génération pour laquelle la démocratie ne va plus de soi ».

Il a clamé qu’il fallait lutter en faveur de la démocratie « de façon à ce qu’elle continue de faire partie de leurs vies et des nôtres ».

Les responsables de Kakhol lavan, des Travaillistes, du Meretz et de Hadash-Taal lors d’un rassemblement contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Il n’y a pas de cris ‘Au loup’, ce n’est pas une paranoïa de gauchistes : Il y a un danger réel et c’est un combat qui l’est tout autant », a ajouté le chef travailliste.

« Nous devons convaincre tous ensemble que l’immunité, pour les politiciens, est une pente glissante et qu’après l’immunité pour Netanyahu, il y aura également l’immunité pour les magnats qui soutiennent et qui sont soutenus par Netanyahu », a continué Gabbay.

Sous réserve d’une audience, Netanyahu est inculpé pour fraude et abus de confiance dans trois affaires criminelles et de pots-de-vin dans l’une d’elle. L’audience a été récemment reportée au mois d’octobre.

Le président du parti Travailliste Avi Gabbay s’exprime lors d’un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Capture d’écran/YouTube)

La présidente du Meretz, Zandberg, a commencé son allocution en répétant les accusations lancées contre Netanyahu par le procureur-général Avichai Mandelblit.

« Devant nos yeux, un accord de pots-de-vin est en train de se dérouler : Des postes en échange d’une immunité », a-t-elle déploré. « Israël deviendra un État officiel d’apartheid parce que Netanyahu a pris des pots-de-vin et qu’il tente maintenant d’échapper à la justice ».

Zandberg faisait référence aux négociations de coalition entre le Likud et l’Union des partis de droite, au cours desquelles ce dernier a insisté sur l’immunité en faveur de Netanyahu et sur des initiatives législatives visant à annexer les implantations de Cisjordanie dans le cadre d’un accord implicite de compromis.

« Au lieu d’une démocratie libérale, en quête de paix et de droits, nous aurons une dictature religieuse, messianique, erdoganienne qui… bafoue tous nos droits », a-t-elle continué.

Des Israéliens portent un Tarbouche lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aux abords du musée de Tel Aviv, le 25 mai 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté à ce rassemblement, qui a commencé peu avant 20 heures 30, samedi soir, sous la bannière « L’arrêt de la loi sur l’immunité – Bouclier défensif de la démocratie. » Un grand nombre de participants portaient des Tarbouches, des chapeaux turcs.

Ce mouvement de protestation massif est survenu alors que les députés du Likud et Netanyahu auraient pris des initiatives visant à garantir l’immunité au Premier ministre dans de multiples dossiers pour corruption et à faire adopter une législation amoindrissant les pouvoirs de la haute-cour de justice.

L’opposition espère exercer une pression publique sur les députés du Likud et sur les autres partis qui seront probablement partenaires de la coalition et qui, pensent-ils, pourraient rechigner à soutenir une telle législation.

Alors que Netanyahu lutte actuellement pour mettre en place une majorité – ne serait-ce que de 61 parlementaires sur 120 – tout vote contre une tentative d’immunité pourrait se révéler significatif.

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