Sapin : Paris veut des « mesures concrètes » contre le financement du terrorisme
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Sapin : Paris veut des « mesures concrètes » contre le financement du terrorisme

"Pas lieu de revoir dans leur ensemble" les politiques sur les réfugiés, a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker ; Un kamikaze de l'EI se fait exploser dans le sud-est, 5 policiers blessés

Le ministre français des Finances Michel Sapin (D) et le ministre du Budget Christian Eckert (G) assistent à leur audition par la Commission des finances de l'Assemblée nationale à propos de l'amendement de la France du projet de budget 2015 le 13 novembre 2015 à Paris. (Crédit : AFP PHOTO / ERIC PIERMONT)
Le ministre français des Finances Michel Sapin (D) et le ministre du Budget Christian Eckert (G) assistent à leur audition par la Commission des finances de l'Assemblée nationale à propos de l'amendement de la France du projet de budget 2015 le 13 novembre 2015 à Paris. (Crédit : AFP PHOTO / ERIC PIERMONT)

Le G20, d’une seule voix, promet d’être « dur » contre le terrorisme.

Les dirigeants des pays les plus riches de la planète veulent envoyer dimanche lors de leur sommet en Turquie un message d’unité contre la terreur jihadiste après les attentats qui ont frappé la France, malgré de profondes divergences sur la Syrie.

Sans surprise, la vague d’attaques revendiquée par le groupe Etat islamique (EI) qui a fait au moins 129 morts vendredi soir dans les rues de Paris a bouleversé le menu des discussions du sommet annuel des chefs d’Etat et de gouvernement du G20 à Antalya (sud).

« Nous allons redoubler d’efforts avec les autres membres de la coalition (antijihadiste) pour assurer une transition pacifique en Syrie et pour éliminer Daech (acronyme arabe de l’EI) », a déclaré M. Obama devant la presse à l’issue d’un entretien avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

« Je pense que notre réponse au terrorisme international va se concrétiser de façon très forte, très dure à ce sommet du G20 », a déclaré M. Erdogan devant la presse à l’issue d’un entretien avec son homologue américain Barack Obama.

Deux semaines après son triomphe aux législatives, l’homme fort de Turquie entend bien, de son côté, profiter de son rôle d’hôte du sommet pour réaffirmer son rôle de partenaire incontournable.

Il a ainsi remis sur la table son idée de « zone sécurisée » dans le nord de la Syrie pour accueillir déplacés et réfugiés. Ses alliés l’ont jusque-là toujours refusé.

Ankara espère plus sur le dossier de la crise migratoire.

Confrontée à un afflux de migrants, majoritairement syriens, depuis le printemps, l’Union européenne (UE) tente de convaincre la Turquie, qui en accueille 2,2 millions, et les autres pays limitrophes de les retenir, en échange d’une aide financière.

M. Erdogan fait monter les enchères et a d’ores et déjà annoncé qu’il attendait « plus de soutien » de ses alliés. Mais les échanges sur ce thème s’annoncent rudes, quelques jours après un rapport européen au vitriol qui a dénoncé les « graves reculs » de l’Etat de droit en Turquie.

« Nous devons mener un combat international, dans le cadre d’une coalition, contre les actes de terrorisme », a-t-il déclaré tard samedi soir après un entretien avec le chef de l’Etat chinois Xi Jinping. « Le terrorisme est l’ennemi commun de l’humanité. La communauté internationale doit agir ensemble », a abondé M. Xi.

La France attend des chefs d’Etat et de gouvernement du G20 des « décisions concrètes » contre le financement du terrorisme, a déclaré à l’AFP le ministre français des Finances Michel Sapin peu après son arrivée à Antalya.

« Au-delà de la solidarité et de l’émotion » après les attentats de Paris, la France « voudra des décisions concrètes en matière de lutte contre le financement du terrorisme », a fait savoir M. Sapin, qui avec le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius représente le président François Hollande lors du sommet, dimanche et lundi.

Le président américain Barack Obama a promis dimanche de « redoubler d’efforts » pour éliminer le groupe Etat islamique (EI) après les attentats meurtriers de Paris, à l’ouverture du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays du G20 à Antalya.

Le président américain Barack Obama à son arrivée à l'aéroport international d'Antalya le 15 novembre 2015 pour le début du Sommet des dirigeants du G20 (Crédit : AFP PHOTO / OKAN OZER)
Le président américain Barack Obama à son arrivée à l’aéroport international d’Antalya le 15 novembre 2015 pour le début du Sommet des dirigeants du G20 (Crédit : AFP PHOTO / OKAN OZER)

Le président russe Vladimir Poutine a appelé à l’unité dans la lutte contre le terrorisme alors que la Russie et plusieurs pays occidentaux se déchirent sur la stratégie à adopter en Syrie, où l’Etat islamique est implanté. Moscou est en effet le seul soutien affiché actif du président syrien Bachar el Assad au sein des pays membres G20.

« On ne peut maîtriser la menace terroriste (…) que si toute la communauté internationale unit ses efforts », a déclaré M. Poutine.

« Nous avons tous vu cette horreur qui a eu lieu à Paris et nous nous sympathisons avec ceux qui en ont souffert », a-t-il dit. « Nous nous prononçons toujours pour l’unification des efforts pour lutter contre la menace terroriste de manière efficace ».

Les attentats de Paris ne doivent pas entraîner de changement radical de la politique européenne en matière d’accueil des réfugiés, a déclaré dimanche le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avant le début du sommet du G20 à Antalya.

Jean-Claude Juncker (Crédit : CC BY 2.0/Wikimedia commons)
Jean-Claude Juncker (Crédit : CC BY 2.0/Wikimedia commons)

« Ceux qui ont perpétré les attentats sont exactement ceux que les réfugiés fuient, et non pas l’inverse, et par conséquent il n’y a pas lieu de revoir dans leur ensemble la politique européenne en matière de réfugiés », a déclaré M. Juncker devant la presse. Un des auteurs des attaques était porteur d’un passeport syrien enregistré lors de l’arrivée de son détenteur en Grèce.

Selon plusieurs sources, le G20 préparait une déclaration spécifique en réaction aux attentats de Paris, séparée du communiqué final traditionnellement consacré aux questions économiques.

Divergences

Ces déclarations d’intention cachent toutefois mal leurs divergences sur une solution à la guerre en Syrie, qui a fait plus de 250.000 morts depuis quatre ans et demi et constitue le terreau des mouvements jihadistes.

Sous la pression des attentats de Paris, la rencontre de Vienne sur la Syrie a accouché samedi d’un « calendrier concret » prévoyant la formation d’un gouvernement de transition dans six mois et l’organisation d’élections d’ici dix-huit mois.

Mais, comme l’a rappelé le secrétaire d’Etat américain John Kerry, des « divergences » demeurent sur le sort à réserver à Assad.

La Russie, qui intervient militairement aux côtés des troupes du régime depuis plus d’un mois, et l’Iran continuent à le soutenir contre vents et marées, alors que les Etats-Unis, les Européens et les pays arabes exigent son retrait immédiat.

Côté économie, le ralentissement de la croissance chinoise continue d’inquiéter les marchés, notamment dans les pays émergents.

Le sommet d’Antalya devrait être l’occasion d’exprimer, selon des participants, un « message de confiance » sur la stabilisation de la situation mondiale.

Ce G20 doit aussi permettre la validation du plan d’action de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) contre l’optimisation fiscale, qui permet aux multinationales d’échapper à l’impôt.

Un kamikaze de l’EI se fait exploser dans le sud-est, 5 policiers blessés

Un agent du groupe Etat islamique (EI) s’est fait exploser lors d’un raid de la police turque tard samedi dans la ville de Gaziantep (sud-est), blessant cinq policiers dont un grièvement, a-t-on annoncé de source officielle dimanche.

Grande ville située à la frontière syrienne, Gaziantep est à quelque 500 km à l’est d’Antalya (sud, sur la Méditerranée), où s’est ouvert dimanche le sommet du G20, rassemblant les dirigeants des pays les plus riches de la planète, qui doivent évoquer la lutte contre les jihadistes.

Lors de l’assaut donné par la police antiterroriste contre un appartement dans un immeuble de dix étages de la ville, soupçonné d’être une cache de jihadistes, un kamikaze s’est fait exploser à l’approche des policiers, blessant cinq d’entre eux, a indiqué un communiqué du gouvernorat de Gaziantep.

Les médias avaient fait état de quatre policiers blessés.

Un gilet bourré d’explosifs préparé pour être utilisé lors d’un attentat-suicide, des fusils d’assaut Kalashnikov, des munitions ainsi que des engins explosifs ont été saisis dans la cache, précise le communiqué.

La police a visé les lieux dans le cadre de l’enquête criminelle sur le double attentat-suicide survenu le 10 octobre dernier devant la gare d’Ankara qui avait tué 102 manifestants réunis pour une « marche de la paix », l’attentat le plus sanglant de l’histoire de la Turquie, selon les médias turcs.

Samedi, quatre militants du mouvement jihadiste qui se trouvaient dans une voiture ont été tués par l’armée turque lorsqu’ils se sont approchés d’un poste militaire frontalier avec la Syrie, près de Gaziantep.

Par ailleurs la police a interpellé sept personnes soupçonnées d’appartenir à l’EI lors d’une descente tôt dimanche à Ankara, a indiqué l’agence de presse progouvernementale Anatolie.

Les suspects placés en garde à vue devaient être déférés devant un tribunal de la capitale turque, selon l’agence.

Les autorités turques ont multiplié les coups de filet dans les milieux jihadistes depuis l’attentat-suicide d’Ankara.

L’attaque d’Ankara a eu lieu trois mois après un attentat-suicide similaire, imputé aussi à l’EI, le 20 juillet à Suruç, à la frontière syrienne, où 34 militants prokurdes avaient été tués.

Longtemps soupçonnée de complaisance avec les mouvements les plus radicaux qui combattent le régime de Damas, sa bête noire, la Turquie a après cet attentat frappé pour la première fois des cibles de l’EI en Syrie.

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