Sara Netanyahu aurait mis des valises de linge au pressing aux frais de l’Etat
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Sara Netanyahu aurait mis des valises de linge au pressing aux frais de l’Etat

Les transcriptions des enregistrements rendus publics dimanche à l'émission PMO concernent de fastueuses dépenses supposées illicites de Sara Netanyahu il y a 8 ans

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara assistent à la cérémonie d'ouverture de la nouvelle salle d'urgence de l'hôpital Barzilay, à Ashkelon, en Israël, le 20 février 2018. (Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara assistent à la cérémonie d'ouverture de la nouvelle salle d'urgence de l'hôpital Barzilay, à Ashkelon, en Israël, le 20 février 2018. (Flash90)

L’enquête sur l’utilisation abusive présumée de fonds publics par la famille Netanyahu a entraîné un nouveau mal de tête pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu dimanche, alors que les transcriptions des enregistrements des conversations de 2010 entre un ancien proche confident de la famille et la principale conseillère juridique du Cabinet du Premier ministre à l’époque dans lesquelles ils discutent de l’utilisation inappropriée des fonds publics par le Premier ministre et son épouse.

Les enregistrements, réalisés par Nir Hefetz, porte-parole de Netanyahu et témoin de l’État, mettent en lumière les conversations qu’Hefetz a eues avec la conseillère juridique du cabinet du Premier ministre, Shlomit Barnea Farago.

Les deux sont entendus dans les enregistrements discutant de ce qu’ils ont qualifié de demandes « cupides » faites par Sara Netanyahu pour que l’État finance des travaux d’aménagement paysager au domicile privé des Netanyahu à Césarée, entre autres dépenses, ainsi que sur la nécessité de « protéger le Premier ministre » contre le détournement de fonds publics, a déclaré la chaîne Hadashot TV, reprenant des extraits de ces propos.

Le Premier ministre Netanyahu a publié une réponse laconique mais musclée, critiquant la publication des transcriptions et rejetant les accusations comme « de faux potins sans lien avec la vérité ».

Dans les transcriptions, Hefetz décrit à un moment donné à Barnea Farago comment Sara Netanyahu aurait emporté quatre ou cinq valises de linge sale lors de voyages d’État afin de les envoyer au nettoyage à sec dans les hôtels où ils ont séjourné, aux frais de l’État.

Shlomit Barnea Farago (Wikipedia)

Mme Barnea Farago a protesté : « C’est une mauvaise utilisation de l’argent public, emporter du linge qui n’est pas utilisé pendant le voyage, juste pour qu’il puisse être nettoyé à sec ».

A une occasion mentionnée dans les transcriptions, Sara Netanyahu aurait emporté huit valises de linge sale lors d’un voyage à l’étranger pour le donner au pressing sur place. Hefetz et Barnea Farago se demandent pourquoi elle ferait une chose pareille, alors que le budget de l’Etat couvre des dépenses illimitées en matière de pressing, et supposent qu’elle « aime l’odeur » laissée sur les vêtements après le nettoyage à sec effectué à l’étranger.

Quelques-uns des griefs portaient sur le manque de clarté des règles qui s’appliquaient aux Netanyahu, surtout lorsqu’il s’agissait de recevoir des cadeaux personnels de la part de sympathisants et de dirigeants du monde.

Nir Hefetz devant le tribunal de Tel Aviv dans l’une des enquêtes impliquant Netanyahu, le 22 février 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / JACK GUEZ)

Après avoir abordé la question de l’interdiction de recevoir des cadeaux personnels destinés à leur résidence privée à Césarée, Hefetz a confié à Barnea Farago que « vous m’avez donné un exemple de cadeaux, mais je sais qu’il y a eu de nombreux cas de cadeaux qui sont allés directement à [la résidence officielle du Premier ministre] Balfour [rue de Jérusalem] ».

Mme Barnea Farago s’est alors plaint qu’il n’y avait pas de règle stricte et précise sur la question. « Je veux que le procureur général me dise quoi faire, que Yehuda [Weinstein, alors procureur général], dise ‘Les règles concernant Balfour sont les mêmes que pour Césarée' », en d’autres termes, que les cadeaux ne sont pas autorisés non plus pour la résidence officielle du Premier ministre située rue Balfour à Jérusalem.

« C’est quoi ce double jeu ? » demande-t-elle à Hefetz. « Je dois être celle qui affronte le Premier ministre ? »

A un moment donné, Barnea Farago avertit Hefetz : « Nous devons protéger le Premier ministre pour qu’il ne soit pas mêlé à ces choses, et nous devons aussi nous protéger nous-mêmes. Demain, on nous demandera comment nous avons pu approuver toutes ces choses. »

Le personnel des deux résidences du Premier ministre s’est longtemps plaint de prétendus mauvais traitements infligés par Sara Netanyahu, des reproches qui ont fait l’objet de poursuites judiciaires et de scandales médiatiques, et qui ont été rejetés avec véhémence par les Netanyahu.

Dans les transcriptions, Hefetz dit à Farago, « J’ai vu de mes propres yeux [le conseiller en chef] Natan [Eshel] et [le directeur général adjoint du cabinet du Premier ministre de l’époque] Ezra [Saidoff], de mes propres yeux, en train de nettoyer le climatiseur à Césarée [la maison] ».

Les révélations contenues dans les enregistrements datent de huit ans, mais leur publication intervient trois jours seulement après que les procureurs de l’État ont déposé un acte d’accusation contre Sara Netanyahu pour une utilisation abusive présumée de quelque 100 000 dollars de fonds publics entre 2010 et 2013.

Dans l’acte d’accusation de jeudi, l’épouse du Premier ministre est accusée, avec Saidoff, de fraude et d’abus de confiance.

Ezra Saidoff, directeur adjoint des opérations au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 10 mai 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les deux sont accusés d’avoir frauduleusement facturé quelque 359 000 shekels (100 000 dollars) en repas gastronomiques aux frais de l’État pendant la période en question, en violation des règles qui interdisent la commande de repas cuisinés lorsqu’un chef est déjà employé à la résidence du Premier ministre.

Selon l’acte d’accusation, Mme Netanyahu a faussement prétendu qu’il n’y avait pas de cuisinier à l’époque dans la résidence de Jérusalem et qu’il fallait donc commander des repas chez les restaurateurs.

Les accusations portées contre Saidoff sont d’autant plus graves qu’il est également accusé d’avoir illégalement engagé des chefs et des serveurs pour des dîners privés au domicile de Netanyahu. Le personnel du cabinet du Premier ministre a également falsifié les factures de ces services afin de les faire approuver.

L’acte d’accusation concerne également l’emploi d’un électricien, dont l’embauche avait été annulée à l’origine par le cabinet du Premier ministre en raison de ses liens étroits avec la famille Netanyahu.

Saidoff est accusé d’avoir falsifié des documents qui ont été utilisés pour contourner l’ordonnance initiale du cabinet du Premier ministre voulant que l’embauche de l’électricien soit annulée.

Yehoshua Reznik, un avocat de Saidoff, a rejeté les accusations, les qualifiant de « fondamentalement erronées et incompatibles avec la situation juridique et factuelle telle qu’elle ressort des éléments de preuve dans l’affaire ».

Les accusations de jeudi auraient été fondées en partie sur le témoignage de Hefetz.

La décision de lancer l’enquête concernant Sara Netanyahu a été prise après que des allégations d’utilisation abusive de fonds ont été soulevées dans un rapport publié en 2015 par le contrôleur de l’État Yosef Shapira qui détaille les dépenses somptuaires à la résidence officielle à Jérusalem, ainsi qu’au domicile de Césarée des Netanyahu.

En vertu des règlements de l’État, les cuisiniers de la résidence du Premier ministre sont censés fournir des repas quotidiens aux Premiers ministres et à leurs familles directes. Lorsque les cuisiniers ne sont pas en activité, la famille du Premier ministre est autorisée à commander des repas à l’extérieur, jusqu’à un montant maximum de 200 shekels (57 dollars) par personne taxes comprises.

L’État est également autorisé à payer la note pour les invités privés du Premier ministre et de son ou sa conjointe, à condition qu’il ne s’agisse pas d’un événement à caractère social ou familial impliquant plus de 20 personnes.

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