Sarah Halimi : audience décisive mercredi pour trancher la tenue d’un procès
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Sarah Halimi : audience décisive mercredi pour trancher la tenue d’un procès

La question de l'irresponsabilité pénale de l'auteur de ce crime, qualifié d'antisémite notamment par la famille de la victime, doit être examinée mercredi devant la cour d'appel

Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)
Sarah Halimi, défenestrée en avril 2017 à Paris. (Crédit : autorisation)

Le meurtrier de Sarah Halimi en 2017 peut-il être jugé alors qu’il était en proie à une bouffée délirante ? La question de l’irresponsabilité pénale de l’auteur de ce crime, qualifié d’antisémite notamment par la famille de la victime, doit être examinée mercredi devant la cour d’appel.

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 à Paris, Kobili Traoré s’était introduit chez sa voisine juive de 65 ans Lucie Attal – aussi appelée Sarah Halimi – au troisième étage d’un immeuble HLM du quartier populaire de Belleville, à Paris, après avoir traversé l’appartement d’une famille qui s’était barricadée dans une chambre.

Aux cris d' »Allah Akbar », entrecoupés d’insultes et de versets du coran, ce musulman de 29 ans l’avait rouée de coups sur son balcon avant de la précipiter dans la cour.

Trois expertises psychiatriques réalisées au cours de l’enquête concordent pour dire que le suspect a agi lors d’une « bouffée délirante » provoquée par une forte consommation de cannabis. Ces examens divergent cependant sur la question de l’abolition ou de l’altération de son discernement.

Le premier expert avait d’abord conclu que le discernement du suspect devait être considéré comme « altéré », mais pas « aboli », « du fait de la consommation volontaire et régulière de cannabis » dont il ne pouvait ignorer les effets, engageant ainsi sa propre responsabilité.

La contre-expertise, menée par trois médecins, concluait au contraire à l’abolition de son discernement, synonyme d’abandon des poursuites.

Les juges avaient alors sollicité un nouveau collège d’experts dont l’avis, moins tranché, penche « plutôt classiquement vers une abolition du discernement » de Kobili Traoré, car « au moment des faits, son libre arbitre était nul ».

Après plus de deux années d’investigations, les magistrats ont considéré en juillet « plausible » l’abolition du discernement au moment des faits, faisant craindre aux parties civiles que les faits ne soient jamais jugés.

Pour sa part, le parquet de Paris avait réclamé que Kobili Traoré soit jugé devant une cour d’assises pour « homicide volontaire » à caractère antisémite.

Les magistrats ont donc, comme le prévoit la loi, saisi la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris pour apprécier les suites médicales et juridiques à donner à cette affaire.

C’est devant cette juridiction que les débats doivent avoir lieu mercredi, en public. Dans son réquisitoire daté du 20 septembre, dont l’AFP a eu connaissance, le parquet général relève qu’il existe des charges suffisantes à l’encontre de Kobili Traoré pour l’accuser du meurtre de Sarah Halimi, avec la circonstance aggravante du caractère antisémite.

« Contradiction »

Mais, contrairement au parquet de Paris, il estime que le jeune homme doit être déclaré irresponsable pénalement en raison de l’abolition de son discernement, se rangeant donc à la position des juges d’instruction pour écarter la tenue d’un procès.

« Nous soulèverons à l’audience la contradiction entre le parquet et le parquet général. L’enjeu pour nous est le renvoi devant une cour d’assises du suspect et que le sujet de l’abolition du discernement soit débattu devant cette cour », a expliqué à l’AFP Me Muriel Ouaknine-Melki, l’avocate du frère de Sarah Halimi.

William Attal, le frère de Sarah Halimi tuée en avril dans une attaque apparemment antisémite devant la synagogue centrale de Créteil, une banlieue de Paris, le 17 juin 2017 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)

Cette affaire avait relancé le débat sur l’antisémitisme dans certains quartiers populaires sous l’effet d’un islam identitaire. Elle avait pris une tournure politique quand le président Emmanuel Macron avait réclamé à la justice « toute la clarté » sur les faits, en présence du Premier ministre israélien en visite à Paris en juillet 2017.

La circonstance aggravante du caractère antisémite du meurtre, soutenue par le parquet comme par le parquet général, a été écartée par les magistrats instructeurs en juillet.

Au terme de l’audience, la décision de la cour d’appel sera mise en délibérée.

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