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Scandale dans un séminaire rabbinique libéral en Allemagne

Gabriele Thöne se dit engagée dans une enquête approfondie, mais garde le silence au sujet du rabbin Walter Homolka, accusé de harcèlement sexuel et d’abus de pouvoir

Photo d'illustration : Un office au Collège Abraham Geiger de Postdam, à proximité de Berlin. (Crédit :  Margrit Schmidt)
Photo d'illustration : Un office au Collège Abraham Geiger de Postdam, à proximité de Berlin. (Crédit : Margrit Schmidt)

La directrice par intérim du séminaire rabbinique allemand Abraham Geiger College a déclaré s’engager à mener une enquête approfondie sur l’institution, actuellement en proie à la controverse – une enquête qui pourrait potentiellement déboucher sur sa restructuration.

Mais Gabriele Thöne, ancienne responsable gouvernementale qui pilote dorénavant ce séminaire qui a ouvert ses portes il y a 23 ans – alors même que de multiples investigations sont en cours – n’a pas précisé si le fondateur et recteur de l’école, le rabbin Rabbi Walter Homolka, aurait sa place dans l’école à l’avenir.

Homolka a été placé en congé, début mai, quand des accusations de harcèlement sexuel et d’abus de pouvoir à son encontre et à l’encontre d’un autre employé ont été rendues publiques.

Lors d’une conférence de presse organisée mercredi par le conseiller juridique du séminaire, Thöne a fait savoir qu’il était important de déterminer si les abus de pouvoir qui auraient été commis avaient été liés à des individus ou s’il s’agissait d’un problème plus systémique. Elle a ajouté que sa porte restait ouverte aux étudiants et autres désireux de porter plainte. Elle a signalé, selon des informations reprises dans les médias, qu’elle avait connaissance jusqu’à présent de quatre affaires spécifiques.

Deux enquêtes officielles sont en cours : l’Université de Potsdam, qui héberge le séminaire, a fait savoir qu’elle pensait conclure ses investigations au mois d’août et le Conseil central des Juifs d’Allemagne, qui a annoncé récemment examiner les incidents signalés, a noté qu’il ferait probablement part de ses propres conclusions au début de l’année 2023.

Plusieurs personnes ont expliqué à JTA qu’elles s’étaient d’ores et déjà entretenues avec les deux groupes d’enquêteurs ou qu’elles devaient le faire dans les prochaines semaines.

Le chef du Conseil central a expliqué être inquiet du fonctionnement de l’école dans le contexte de ces accusations.

« On peut mettre en doute la réorganisation qui a commencé à être mise en place au Abraham Geiger College et se demander si elle est adaptée et opportune », a dit le président Josef Schuster à l’agence de presse allemande. « Le recteur précédent a tout simplement laissé ses bureaux au repos et les personnes occupant un poste à responsabilité sont exactement les mêmes qu’avant. Dans ces circonstances, une réorganisation semble difficilement possible. »

Les diplômés du séminaire, qui a ordonné 41 rabbins qui travaillent dans toute l’Europe et au-delà, ont émis un communiqué disant qu’ils étaient prêts « à participer aux enquêtes en cours » et à offrir leur assistance aux étudiants actuels ainsi qu’aux membres des communautés juives « en tant qu’interlocuteurs et conseillers ».

Signé par 22 rabbins, le communiqué indique que le temps est peut-être venu de « changer les procédures, les structures, les modes de communication et les personnels ». Ces anciens élèves expliquent vouloir soutenir l’institution qui a « offert des opportunités aux femmes, aux individus d’orientations sexuelles différentes et aux convertis » qui, grâce à elle, ont pu étudier et être ordonnés rabbins.

Par ailleurs, un mystère règne autour d’une lettre ouverte qui aurait été écrite par des étudiants actuels et qui a été distribuée aux médias, y-compris à JTA, au début de la semaine dernière. Le courrier a appelé les responsables juifs d’Allemagne et de l’étranger à « participer à ce moment important et à sauver l’avenir du leadership juif dans les communautés libérales d’Allemagne » mais certains élèves dont le nom est apparu dans la missive ont toutefois démenti l’avoir ratifiée.

Homolka, qui fait profil bas depuis le début du scandale, a déclaré au journal Die Zeit — dans un article qui a été publié mercredi – que « ce n’est pas parce que quelqu’un endosse des responsabilités et qu’il a du pouvoir qu’il abuse » de son rôle. « Les décisions n’étaient pas prises de manière unilatérale au séminaire », a-t-il continué.

« Le consensus est l’objectif ultime », a poursuivi Homolka. « Et également dans ma fonction de président de l’Union des Juifs progressistes d’Allemagne, j’ai travaillé pendant des années avec quatre membres du Conseil d’administration et un secrétaire-général – les majorités sont importantes tout comme l’est l’inclusion de tout un chacun. »

L’instance a émis son propre communiqué, mercredi, prenant la défense de Homolka et du séminaire et « condamnant avec force » un second article paru dans Die Welt, le journal allemand qui avait révélé le premier l’histoire, qui comparait l’école à un « village Potemkine » – une vitrine derrière laquelle il n’y a aucune substance.

Le séminaire est « indispensable pour la préservation et pour l’avenir du judaïsme libéral en Allemagne, en Europe et dans les États qui ont succédé à l’Union soviétique », indiquait le communiqué.

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