Israël en guerre - Jour 233

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Sciences-Po Paris cède aux étudiants, accepte de « débattre » de ses liens avec Israël

S'inspirant des campements dressés sur les campus américains, les pro-Palestiniens se sont heurtés à des contre-manifestants, bloquant l'accès à l'Institut d'études politiques de Paris

Des agents de police regardent les étudiants aux abords de l'université de Sciences-Po, le 26 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Jeffrey Schaeffer)
Des agents de police regardent les étudiants aux abords de l'université de Sciences-Po, le 26 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Jeffrey Schaeffer)

Les élèves de l’un des établissements d’enseignement supérieur français les plus prestigieux ont mis un terme à leur mouvement de protestation organisé dans le cadre de la guerre à Gaza, samedi, suite à une série de heurts entre groupes pro-israéliens et groupes pro-palestiniens et après l’université a promis un « débat interne » qui portera sur les liens qu’entretient l’établissement avec Israël.

Inspirés par les campements anti-israéliens qui ont été dressés sur les campus de tous les États-Unis, les étudiants avaient bloqué, vendredi, l’accès à un bâtiment de l’Institut de Sciences politiques de Paris, Sciences Po. Les administrateurs de cette école prestigieuse avaient annulé, dans la foulée, les cours en présentiel, les passant en distanciel.

Cette manifestation pro-palestinienne et anti-israélienne avait donné le coup d’envoi à une journée tendue au sein de l’université qui a vu passé sur ses bancs de très nombreuses figures politiques françaises.

Les protestataires avaient d’abord occupé un bâtiment central du campus, bloquant l’entrée avec des conteneurs à poubelle, des morceaux de bois et un vélo. Ils s’étaient aussi rassemblés aux fenêtres, scandant des slogans anti-israéliens et pro-palestiniens et brandissant des panneaux et des drapeaux palestiniens.

La tension était montée d’un cran en milieu d’après-midi avec l’arrivée d’une cinquantaine de manifestants pro-Israël criant « Libérez Sciences Po ! » ou « Libérez Gaza du Hamas ! ».

Une bousculade entre partisans des deux camps était survenue au milieu des nombreux journalistes présents.

Les forces de l’ordre se sont alors positionnées pour séparer sans violence les deux groupes puis exfiltrer les manifestants favorables à Israël.

Les policiers ont ensuite demandé en début de soirée aux étudiants défendant Gaza de s’en aller.

A la tombée de la nuit, un groupe de protestataires pro-palestiniens avait refusé de partir, ignorant les ordres donnés par la police qui réclamait l’évacuation de la rue et ignorant les mises en garde sur d’éventuelles arrestations. Enfin, les participants étaient sortis du bâtiment avec, à la main, un immense drapeau palestinien, acclamés par les manifestants qui les soutenaient depuis l’extérieur. Ils avaient finalement commencé à quitter les lieux sous le regard des policiers.

Les protestataires demandant notamment la rupture des liens entre Sciences Po et les établissements d’enseignement supérieur israéliens. Dans un courriel adressé aux étudiants, l’administrateur de l’institution, Jean Bessères, a promis d’organiser un « town hall » dans la semaine à venir et de suspendre toutes les mesures disciplinaires qui avaient pu être prises à l’encontre des étudiants. En échange, les étudiants « se sont engagés à ne plus perturber les cours, les examens et toutes les autres activités » de l’école, a noté le courriel.

La guerre à Gaza est un sujet extrêmement clivant en France, pays qui compte les plus fortes populations musulmane et juive de toute l’Europe occidentale. La France avait initialement cherché à interdire les mouvements de protestation pro-palestiniens après l’attaque commise par le Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre – un assaut meurtrier qui avait déclenché la guerre. L’antisémitisme a connu une forte recrudescence dans le pays.

Des étudiants bloquent l’université de Sciences-Po à Paris, le 26 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Jeffrey Schaeffer)

Mercredi dans la soirée, plus de cent étudiants avaient aussi occupé un amphithéâtre de Sciences Po. La majorité d’entre eux avait accepté de partir après des discussions avec la direction mais un petit groupe avait choisi de rester. Il avait été sorti de force par la police dans la nuit qui avait suivi, avaient indiqué les médias français.

L’administration de l’université a fermé tous les bâtiments et elle a transféré les cours en distanciel dans la journée de vendredi. Elle a aussi noté dans un communiqué « condamner avec force les actions étudiantes qui empêchent le fonctionnement normal de l’institution et qui pénalisent les étudiants, les enseignants et les employés » de Sciences-Po.

Louise, une manifestante, a confié que les actions entreprises par les étudiants avaient été inspirées par les mouvements qui secouent actuellement l’université de Columbia, à New York, et les autres campus américains.

Des étudiants manifestent aux abords de Sciences-Po, à Paris, le 26 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Jeffrey Schaeffer)

« Mais notre solidarité reste avant tout acquise aux Palestiniens », ajoute-t-elle. Elle se présente uniquement sous son prénom, craignant d’éventuelles conséquences.

Le président du Crif Yonathan Arfi a lui estimé vendredi « dangereux » le mouvement de mobilisation pro-palestinienne chez les étudiants en France, tout en soulignant qu’il n’y avait « rien de massif » à Sciences-Po Paris.

« C’est dangereux car l’université a une fonction symbolique dans nos sociétés. Ce qui se passe dans les universités ne concerne pas que le monde étudiant, mais rayonne sur l’ensemble de notre vie politique et intellectuelle et produit des effets sur une génération », a affirmé sur LCI le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

Cette mobilisation ne concerne que « quelques dizaines d’étudiants », a toutefois rappelé M. Arfi, « frappé » de voir que les images de la mobilisation étudiante « sont moins massives qu’aux États-Unis ».

« Il n’y a rien de massif » mais « ça fonctionne, ça prend en otage le campus entier, ça empêche la liberté académique et fait peser un climat de terreur intellectuelle sur une partie des étudiants juifs », a-t-il regretté.

« Pour une partie les étudiants juifs, il est devenu difficile dans certains contextes d’aller en cours », a déclaré Arfi. Selon une étude récente de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) « 30 % des étudiants juifs choisissent leur parcours académique en fonction de l’anticipation du climat antisémite qui pourrait peser dans les établissements », a-t-il ajouté.

M. Arfi a également déploré « quelque chose d’organisé car derrière il y a des organisations étudiantes structurées » qui « ont décidé de mettre le focus sur ce sujet car elles ont compris que c’était rentable médiatiquement ».

Selon lui, elles « espèrent que cette outrance paiera sur le plan électoral car elles sont soutenues, on le sait, par la France insoumise, et que ça paiera électoralement dans le monde étudiant ».

Le président du Crif a dit sa « confiance dans la capacité de notre pays à juguler le phénomène ». Mais sur le sujet « il faut exprimer une forme de fermeté », a-t-il recommandé.

Les étudiants manifestant contre la guerre à Gaza se sont particulièrement mobilisés à l’université de Columbia qui a un partenariat avec Sciences Po, dans une vague de mouvements de protestation qui ont ébranlé les universités américaines, de la Californie jusqu’au Connecticut. Ce sont des centaines de jeunes protestataires – et même certains professeurs – qui ont été arrêtés dans ce cadre dans tous les États-Unis, parfois au cours d’échauffourées avec la police.

La guerre à Gaza avait éclaté après le massacre du 7 octobre – à cette date, 3 000 terroristes avaient franchi la frontière séparant la bande du sud d’Israël par voie aérienne, terrestre et maritime. Les hommes armés avaient tué près de 1 200 personnes, des civils en majorité, et ils avaient kidnappé 253 personnes, prises en otage au sein de l’enclave côtière, semant la désolation et se livrant à des atrocités – notamment à des violences sexuelles à grande échelle.

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