Seconde Guerre mondiale : Les commandos juifs de la X Troop sortent de l’ombre
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Seconde Guerre mondiale : Les commandos juifs de la X Troop sortent de l’ombre

En déclassifiant des documents, Leah Garrett a découvert l'histoire de cette unité de réfugiés volontaires germanophones déterminés à vaincre les nazis

De gauche à droite : Manfred Gans (Crédit : USHMM) ; Peter Masters (Crédit : famille Anson) ; Colin Anson (Crédit : famille Anson)
De gauche à droite : Manfred Gans (Crédit : USHMM) ; Peter Masters (Crédit : famille Anson) ; Colin Anson (Crédit : famille Anson)

La X Troop est la force commando britannique de la Seconde Guerre mondiale la plus redoutable – et vous n’en avez probablement jamais entendu parler.

Connue officiellement sous le nom de « No. 10 (Inter-Allied) Commando, 3 Troop », ses 87 membres étaient principalement des réfugiés juifs d’Allemagne et d’Autriche déterminés à se venger des nazis qui avaient détruit leurs familles et leurs communautés. Certains commandos étaient composés de survivants passés par les camps de concentration nazis.

Ayant juré de garder le secret sur leur véritable identité pour leur propre sécurité, ces jeunes hommes courageux ont pris des noms de guerre anglais. Une seule personne, une secrétaire du MI5, qui travaillait dans la division des blessés, a eu accès à la liste des noms originaux et des lieux d’origine de ces hommes.

Après un an et demi d’entraînement intensif au Pays de Galles et en Écosse, les X Troopers sont affectés au fer de lance des forces alliées qui envahissent l’Europe et combattent au cœur du Troisième Reich. Utilisant des techniques de combat et de contre-espionnage avancées, ainsi que leurs compétences en allemand, leur langue maternelle, ils ont entrepris de dangereuses missions pour s’infiltrer derrière les lignes ennemies. Au combat, ils capturaient et interrogeaient immédiatement l’ennemi, fournissant des informations inestimables aux armées alliées qui avançaient.

Les X Troopers n’ont jamais combattu en tant que force commune. Ils ont été détachés individuellement ou en petits groupes auprès de diverses troupes et divisions alliées. Plus de la moitié d’entre eux ont été tués, blessés ou portés disparus au combat.

« Rien n’allait les arrêter », a déclaré Leah Garrett, auteure d’un nouveau livre sur cette unité très sélective et motivée, dont les exploits ont été largement occultés par l’Histoire en raison de leur nature clandestine.

‘X Troop: The Secret Jewish Commandos of World War II’ par Leah Garrett. (Crédit : Houghton Mifflin Harcourt)

Publié le 25 mai, X Troop : The Secret Jewish Commandos of World War II emmène les lecteurs à chaque étape du parcours de ces hommes, des adolescents d’Europe centrale aux commandos britanniques de premier ordre. Ce récit passionnant regorge d’exploits stupéfiants jusqu’alors inconnus, grâce au succès de l’auteur qui a réussi à déclassifier des archives militaires britanniques classées top secrètes il y a bien longtemps.

Garrett, directrice du centre d’études juives et directeur des études hébraïques et juives au Hunter College de New York, avait déjà un autre livre à son actif sur les combattants juifs de la Seconde Guerre mondiale, le très bien accueilli Young Lions : How Jewish Authors Reinvented the American War Novel. Son expérience dans la recherche et la vivacité de ses écrits sur les combats transparaît dans X Troop.

Le livre contient son lot de noms célèbres tels que ceux du Premier ministre Winston Churchill, Lord Lovat, Miriam Rothschild et le maréchal allemand Erwin Rommel. Plus important encore, Garrett présente les X Troopers, en se concentrant principalement sur trois d’entre eux : Colin Anson (né Claus Ascher à Francfort), Peter Masters (né Peter Arany à Vienne) et Freddie Gray (né Manfred Gans à Borken, dans le nord-ouest de l’Allemagne, près de la frontière avec les Pays-Bas).

Leah Garrett. (Crédit : Deb Caponera/Hunter College)

« C’est sur ces trois-là que j’ai pu recueillir le plus d’informations. Ils constituent également un bon trio à placer au centre de l’histoire, car ils distinguent les uns des autres en ce sens qu’ils représentent des milieux différents et des expériences de guerre variées », a déclaré Garrett.

Anson était l’enfant unique d’un père juif et d’une mère non-juive. Baptisé et élevé en tant que chrétien, il ne savait pas qu’il était à moitié juif jusqu’à ce que son père le lui dise alors qu’il était un jeune adolescent. À l’automne 1937, après s’être exprimé publiquement contre les nazis, Curt, le père d’Anson, est arrêté et envoyé au camp de concentration de Dachau. Moins de deux semaines plus tard, un officier de la Gestapo se présenta à la porte de la famille et leur annonça que Curt était mort d’une « insuffisance circulatoire ». Ses cendres ont été envoyées à sa veuve et à son fils – à leurs frais.

Après la Nuit de Cristal en novembre 1938, la mère d’Anson tente désespérément de le faire sortir d’Allemagne. Elle réussit finalement à l’embarquer sur un Kindertransport parrainé par les Quakers pour le Royaume-Uni en février 1939. Elle est restée sur place et a retrouvé après la guerre son fils soldat, qui a survécu à d’épuisantes batailles en Italie.

Seule photo existante de la troupe X au complet avec sa mascotte canine. (Crédit : Famille Masters)

Masters a lui réussi à quitter Vienne pour rejoindre le Royaume-Uni avec sa mère divorcée et sa sœur après l’Anschluss nazi de l’Autriche. Ils ont retrouvé une tante à Londres. Il a laissé derrière lui son grand-père maternel, qui est la figure juive la plus influente de sa vie, puisqu’il l’emmenait à la synagogue et l’avait préparé pour sa bar-mitsva. Le père de Masters s’est enfui en Suisse avant la guerre.

Le jour du Débarquement, Masters titube à travers les vagues qui lui arrivent à la taille, tenant un vélo dans une main et une mitraillette au-dessus de sa tête, lorsqu’il débarque à Sword Beach. Grâce à ses recherches, Garrett a découvert que, contrairement à ce que l’on croit, Masters et les autres commandos cyclistes ont été les premiers à traverser le Pegasus Bridge.

Maurice Latimer (à droite) avec des soldats allemands capturés sur l’île néerlandaise de Walcheren. (Crédit : Imperial War Museum)

« J’ai pu réécrire l’histoire avec ça ! Ils étaient là, mais personne ne le savait », s’enthousiasme l’auteure.

Contrairement à la plupart des X Troopers, qui sont issus de milieux assimilés, Gans (alias Gray) est issu d’une famille juive orthodoxe. (Garrett l’appelle Gans tout au long du livre, car contrairement à la plupart des autres hommes, il est revenu à son nom d’origine et à sa vie juive pratiquante après la guerre.)

Ian Harris conduisant des soldats allemands capturés à Osnabruck, en Allemagne, en avril 1945. (Crédit : Imperial War Museum)

La partie la plus saisissante de X Troop est peut-être le récit de la façon dont Gans a réquisitionné une Jeep et un chauffeur à la fin de la guerre et a voyagé pendant deux jours d’affilée de la Hollande à la Tchécoslovaquie en passant par l’Allemagne, à la recherche de ses parents, qui avaient fui l’Allemagne pour la Hollande (où ils détenaient la citoyenneté) avant la guerre. Par miracle, il les a retrouvés vivants à Terezin.

« Rapidement, la nouvelle se répand dans le camp : l’impossible s’est produit. Un fils est parti à la recherche de ses parents et les a retrouvés. Tous les Juifs du monde n’ont pas été tués. Les nazis n’ont pas triomphé partout », écrit l’auteure.

Plus extraordinaire encore, Gans fait appel à la princesse Juliana des Pays-Bas, de retour de son exil au Canada. La princesse a accordé à Gans une rencontre au cours de laquelle elle a promis de faire libérer les Juifs néerlandais du camp. Elle a tenu sa promesse et a aidé à les reloger à Eindhoven. Les parents de Gans ont fini par immigrer en Israël, où l’un de leurs fils s’était installé avant la guerre.

Non seulement Gans a survécu à de nombreuses batailles dangereuses, mais toute sa famille – parents et trois fils – a survécu à la Shoah.

La famille Gans en Israël après la guerre, avec Manfred, au fond à droite. (Crédit : USHMM)

« Il est important de noter, cependant, que Gans, Anson et Masters sont des exceptions, dans la mesure où la plupart des X Troopers ont perdu de nombreux autres membres de leur famille », a déclaré Garrett.

Comme d’autres membres survivants de la troupe X, Gans est resté en Europe pendant un certain temps pour participer aux efforts de dénazification avant de reprendre sa vie en main.

Lui et Masters ont fini par s’installer aux États-Unis, où ils ont ouvertement affiché leur judéité et ont partagé leurs expériences de guerre avec leurs épouses et leurs enfants. Contrairement à Gans, Masters a continué à utiliser le nom de famille qu’il avait été forcé d’adopter en rejoignant la X Troop.

« Tous ceux qui sont restés au Royaume-Uni ont conservé les noms qu’ils avaient pris en tant que X Troopers. Pour eux, c’était leur identité d’adulte. Ce qu’ils étaient avant la guerre n’existait plus vraiment, et il était trop douloureux pour eux de retourner à leur Allemagne ou à leur Autriche dans leur tête », a expliqué Garrett.

Mémorial de la troupe X à Aberdovey, au Pays de Galles. Le mémorial ne mentionne pas que les membres de la troupe étaient principalement des réfugiés juifs. (Crédit : Martin Kay)

En outre, aucun de ces hommes ne vivait ouvertement en tant que Juif, et beaucoup se sont convertis et ont élevé leur famille en tant qu’anglicans. Garrett attribue cela en partie à l’assimilation de ces hommes et en partie à des courants antisémites souterrains perceptibles.

Il faut souligner que le mémorial érigé à Aberdovey, au Pays de Galles, en l’honneur des membres de la X Troop tombés au combat, où les hommes s’entraînaient sous la direction de leur commandant bien-aimé Bryan Hilton-Jones, ne fait aucune mention de leur identité juive.

Selon Garrett, les démarches des groupes d’anciens combattants juifs n’ont pas réussi à persuader le conseil local d’au moins modifier les informations sur les X Troopers dans le dépliant remis aux visiteurs.

« Peut-être que la publication de ce livre incitera le conseil à revoir sa position », écrit-elle.

L’excellent nouveau livre de Garrett rétablit les faits en racontant intégralement les exploits des X Troopers et en reflétant fidèlement qui ils étaient. Les survivants ont tous mené des vies différentes, mais ils étaient unis par une caractéristique fondamentale.

« Qu’ils aient ou non parlé de X Troop, ils ont tous ressenti une profonde gratitude envers les Britanniques pour les avoir accueillis et leur avoir donné l’opportunité de combattre les nazis », a déclaré Garrett.

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