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Selon l’AIEA, le programme nucléaire iranien avance beaucoup trop vite

Pour Rafael Grossi, le programme "s'est développé bien au-delà de ce qu'il était en 2015" ; Téhéran pose de nouvelles difficultés et les négociations restent bloquées

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi s'exprimant lors d'une conférence de presse à Vienne, en Autriche, le 17 décembre 2021. (Crédit : Michael Gruber/AP)
Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi s'exprimant lors d'une conférence de presse à Vienne, en Autriche, le 17 décembre 2021. (Crédit : Michael Gruber/AP)

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a averti vendredi que le programme nucléaire iranien « avançait au galop » et qu’ils n’avaient que « très peu de visibilité ».

S’adressant au journal espagnol El Pais, Rafael Grossi a déclaré que le projet nucléaire de Téhéran « avait connu une énorme croissance, bien au-delà de ce qu’il était en 2015. C’est une croissance qui n’est pas seulement quantitative mais qualitative, sans parler des niveaux d’enrichissement d’uranium ».

Le chef de l’organisme de surveillance nucléaire a ajouté : « Cela ne signifie pas que l’Iran fabrique une arme nucléaire, mais aucun pays qui n’a pas de projets guerriers ne s’enrichit à un tel niveau, à savoir à 60 %. »

Alors que les négociations nucléaires de Vienne sont au point mort pour un retour à l’accord nucléaire avorté de 2015, l’Iran a accéléré son enrichissement d’uranium avec de nouvelles centrifugeuses plus avancées.

L’AIEA a indiqué le mois dernier que l’Iran disposait de 43 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % – un petit pas vers les 90 %. Les experts ont averti que cela représentait suffisamment de matière fissile pour une arme nucléaire si l’Iran décidait de la poursuivre.

En début de semaine, Kamal Kharazi, chef du conseil stratégique des relations étrangères de l’Iran, a déclaré à Al Jazeera que l’Iran avait la « capacité » de fabriquer une bombe nucléaire. Le ministère des Affaires étrangères de Téhéran a ensuite déclaré que sa politique nucléaire restait inchangée et qu’il adhérait toujours à un édit religieux du guide suprême iranien interdisant les armes de destruction massive.

Le principal négociateur nucléaire iranien, Ali Bagheri Kani, écoutant le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, lors d’une réunion à Téhéran, en Iran, le 23 juin 2022. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Grossi a déclaré vendredi : « Nous sommes dans une situation très compliquée parce que l’Iran n’avance pas seulement de manière décisive et rapide, mais de manière concomitante, ce qui réduit la visibilité de l’AIEA dans tous ces domaines. »

Le mois dernier, l’Iran a retiré 27 caméras de surveillance des sites nucléaires du pays. L’AIEA estime que cela augmentait le risque que ses inspecteurs ne soient pas en mesure de suivre les avancées de Téhéran.

Grossi a alors déclaré que cette mesure « pose naturellement un sérieux défi » à leur capacité à continuer à travailler là-bas, avertissant que l’AIEA serait incapable de maintenir une « continuité des connaissances » sur le programme iranien. « Ce serait un coup fatal » aux pourparlers dans ce dossier sensible, si le blocage venait à persister.

Vendredi, il a déclaré qu’il pensait que les négociations nucléaires avaient achoppé sur des questions non nucléaires, ce qui a été également indiqué par les États-Unis. L’Iran a exigé que les États-Unis retirent les Gardiens de la révolution de leur liste noire des organisations terroristes, ce que les États-Unis ont refusé de faire.

« Je pense qu’il y a eu un accord assez solide sur la partie nucléaire, mais ce qui transparaît clairement, c’est qu’il y a d’autres domaines, économiques, politiques, financiers, où il n’y a toujours pas d’accord », a déclaré Grossi.

Cette image satellite de Planet Labs PBC montre le site nucléaire souterrain de Natanz en Iran, ainsi que la construction en cours pour agrandir l’installation dans une montagne voisine au sud, près de Natanz, en Iran, le 9 mai 2022. (Crédit : Planet Labs PBC via AP)

« Il en résulte que je n’ai eu que très peu de visibilité pendant près de cinq semaines, avec un programme nucléaire qui avance au galop et, par conséquent, si accord il y a, il sera très difficile pour moi de reconstituer le puzzle de toute cette période ‘d’aveuglement forcé’. Ce ne sera pas impossible, mais cela nécessitera une tâche très complexe et certainement des accords bien spécifiques. »

En juin, l’AIEA a censuré l’Iran pour son incapacité à fournir des « informations crédibles » sur le matériel nucléaire artificiel découvert sur trois sites non déclarés dans le pays.

« Les explications fournies par l’Iran jusqu’à présent ont été insuffisantes et, dans certains cas, techniquement non crédibles », a déclaré Grossi vendredi.

L’Iran insiste sur le fait que son programme soit à des fins pacifiques, bien que les agences de renseignement américaines, les pays occidentaux et l’AIEA ont déclaré que l’Iran avait mené un programme d’armement nucléaire organisé jusqu’en 2003.

L’ancien président américain Donald Trump a abandonné l’accord nucléaire en 2018 et a réimposé des sanctions écrasantes à Téhéran, déclenchant une série d’incidents tendus dans l’ensemble du Moyen-Orient. L’Iran a répondu en augmentant massivement ses travaux nucléaires, en accroissant son stock d’uranium hautement enrichi et en faisant tourner des centrifugeuses avancées interdites par l’accord.

Israël s’oppose depuis longtemps à l’accord nucléaire, estimant qu’il a retardé les progrès de l’Iran dans le domaine nucléaire au lieu d’y mettre fin et que l’allègement des sanctions a renforcé les milices mandataires de Téhéran dans la région.

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