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Nucléaire iranien: l’AIEA avertit d’un « coup fatal » après le retrait de 27 caméras

L'Iran a aussi informé l'AIEA de la mise en place de deux nouvelles cascades de centrifugeuses renforçant ainsi significativement sa capacité d'enrichissement d'uranium

Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), informe les journalistes de la situation actuelle en Iran, à côté d'un exemple de caméra de surveillance, au siège de l'agence à Vienne, en Autriche, le 9 juin 2022. (Crédit : Joe Klamar / AFP)
Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), informe les journalistes de la situation actuelle en Iran, à côté d'un exemple de caméra de surveillance, au siège de l'agence à Vienne, en Autriche, le 9 juin 2022. (Crédit : Joe Klamar / AFP)

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a dénoncé jeudi la décision de l’Iran de retirer 27 caméras de surveillance des activités nucléaires, avertissant d’un « coup fatal » aux pourparlers dans ce dossier sensible, si le blocage devait persister.

Cette mesure « pose naturellement un sérieux défi à notre capacité à continuer à travailler là-bas », a déclaré le directeur général Rafael Grossi, lors d’une conférence de presse au siège de l’instance onusienne à Vienne.

Téhéran avait annoncé mercredi avoir déconnecté certaines des caméras, sans en préciser le nombre, pour protester contre le vote au Conseil des gouverneurs d’une résolution le rappelant formellement à l’ordre pour son manque de coopération.

Condamnant le texte présenté par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne (E3), le ministère des Affaires Étrangères a déploré « une action politique, non constructive et incorrecte ».

Cette critique formelle adressée à l’Iran – la première depuis juin 2020 – a été votée mercredi par 30 des 35 membres du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, seules la Russie et la Chine ayant voté contre. Trois pays se sont par ailleurs abstenus (Inde, Pakistan, Libye).

La résolution est intervenue après que l’Agence a fait part de ses inquiétudes concernant des traces d’uranium enrichi précédemment trouvées sur trois sites que Téhéran n’avait pas déclaré comme ayant hébergé des activités nucléaires.

« Réponse ferme et proportionnée »

L’adoption de ce texte, « qui est basé sur le rapport hâtif et déséquilibré du directeur général de l’AIEA et sur des informations fausses et fabriquées par le régime sioniste, ne fera qu’affaiblir le processus de coopération et d’interaction entre la République islamique d’Iran et l’Agence », a prévenu le ministère iranien.

Outre la désactivation des caméras, l’Iran a informé l’AIEA de la mise en place de deux nouvelles cascades de centrifugeuses avancées sur le site de Natanz (centre), renforçant ainsi significativement sa capacité d’enrichissement d’uranium.

Cette image satellite de Planet Labs PBC montre le site nucléaire souterrain de Natanz en Iran, ainsi que la construction en cours pour agrandir l’installation dans une montagne voisine au sud, près de Natanz, en Iran, le 9 mai 2022. (Crédit: Planet Labs PBC via AP)

Le porte-parole de la diplomatie, Saeed Khatibzadeh, a également critiqué la résolution dans un message sur Twitter, affirmant que l’Iran avait « le programme nucléaire pacifique le plus transparent au monde ».

« Les initiateurs sont responsables des conséquences. La réponse de l’Iran est ferme et proportionnée », a-t-il ajouté.

L’AIEA, chargée de s’assurer du caractère pacifique des activités nucléaires, peut continuer les inspections et a encore 40 caméras sur place ainsi que d’autres outils à sa disposition. Mais la riposte de Téhéran aboutit à « moins de transparence, plus de doutes », a expliqué Grossi.

« Cela veut-il dire qu’on arrive en bout de course ? J’espère que cela ne sera pas le cas », a-t-il ajouté, appelant l’Iran à renouer le dialogue une fois « l’émotion retombée ».

La pression des sanctions 

Après l’adoption de la résolution mercredi soir à une large majorité, les Etats-Unis et l’E3 avaient également exhorté l’Iran « à remplir ses obligations légales et à coopérer avec l’AIEA pour clarifier et résoudre pleinement ces questions sans délai supplémentaire ».

Si le blocage persiste, « dans trois ou quatre semaines » l’AIEA ne sera plus en mesure de fournir les informations nécessaires au suivi du programme nucléaire iranien, a précisé le chef de l’Agence.

Un inspecteur de l’Agence internationale de l’énergie atomique installe du matériel de surveillance dans l’installation de conversion de l’uranium de l’Iran, juste à l’extérieur de la ville d’Isfahan, en Iran, le 8 août 2005. (Crédit : AP Photo/Mehdi Ghasemi, ISNA, Archive)

Ceci, a-t-il estimé, « porterait un coup fatal » à l’accord de 2015 prévoyant la limitation des activités nucléaires en échange d’un allégement des sanctions internationales.

Ce pacte, connu sous son acronyme anglais JCPOA, est moribond depuis que l’ex-président Donald Trump en a retiré unilatéralement les États-Unis en 2018 et a réimposé des sanctions à Téhéran.

Un an après ces nouvelles mesures punitives, l’Iran a commencé à revenir sur ses engagements.

Des pourparlers pour relancer l’accord ont démarré en avril 2021, mais ils sont au point mort depuis mars.

Dans un Iran asphyxié par les sanctions économiques, des passants interrogés par l’AFP, à l’image d’Ebrahim Ahmadpour, 60 ans, appelaient les autorités à « coopérer avec l’AIEA ».

Il faut agir « pour que les problèmes ne s’aggravent pas davantage encore et que le peuple vive en paix et prospérité », a-t-il dit.

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