Israël en guerre - Jour 236

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"C'est un fait établi"

Selon l’envoyé américain, la plupart des Gazaouis risquent une famine imminente

Satterfield souligne le manque de camions pour distribuer l'aide à Gaza, reconnaît que le Hamas en a pillé une partie, mais affirme que la majeure partie est bien parvenue aux civils

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des enfants palestiniens allant chercher de l'eau à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 mars 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Des enfants palestiniens allant chercher de l'eau à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 mars 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

L’envoyé humanitaire de l’administration Biden pour Gaza a averti mercredi qu’il y avait un risque imminent de famine pour la majorité, voire la totalité, des 2,2 millions d’habitants de la bande de Gaza.

« Ce n’est pas un point à débattre. C’est un fait établi, que les États-Unis, leurs experts, la communauté internationale, leurs experts évaluent et croient réel », a déclaré David Satterfield lors d’un événement organisé par l’American Jewish Committee (AJC) en virtuel.

Israël a contesté la classification de la sécurité alimentaire établie le mois dernier par les Nations unies, qui mettait en garde contre une famine imminente dans le nord de la bande de Gaza, arguant qu’il y a plus de nourriture et d’eau dans le territoire que ne l’affirment les travailleurs humanitaires. Jérusalem affirme que la détermination n’a pas pris en compte les améliorations qu’elle a récemment mises en œuvre et soutient que le problème réside dans l’ONU et les agences d’aide qui n’ont pas distribué l’aide une fois qu’Israël a facilité son entrée dans la bande de Gaza. Les organisations humanitaires ont répondu que ce sont les opérations de l’armée israélienne et les restrictions de mouvement qui ont entravé les efforts de distribution.

Comme les États-Unis considèrent qu’Israël est la puissance qui contrôle effectivement la bande de Gaza, l’envoyé américain a déclaré qu’il avait l’obligation, en vertu du droit humanitaire international, de veiller à ce que les civils de la bande de Gaza soient pris en charge.

« L’horrible déshumanisation des Israéliens qui a eu lieu le 7 octobre et la déshumanisation continue des otages israéliens chaque jour où ils sont détenus ne peuvent être égalées par la déshumanisation de civils palestiniens innocents », a affirmé Satterfield.

Il a indiqué que les quelque 300 000 Palestiniens restés dans le nord de la bande de Gaza couraient le plus grand risque de famine, car ils sont coupés de la plupart des livraisons d’aide. Ce groupe de civils n’a pas suivi ou n’a pas pu suivre les appels à l’évacuation lancés par Israël au début de la guerre.

L’envoyé américain pour la situation humanitaire à Gaza, David Satterfield, en octobre 2023. (Crédit : Capture d’écran ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

« À l’exception du nord de la bande de Gaza, Rafah présente actuellement la situation humanitaire la plus difficile de toute la bande de Gaza », a poursuivi Satterfield, en faisant référence à la ville la plus au sud de l’enclave côtière.

Il a décrit Rafah, où environ 1,4 million de Palestiniens sont actuellement réfugiés, comme « un endroit misérable du point de vue de la santé et des abris ».

« La capacité à fournir des installations sanitaires de base est inexistante. Les travailleurs internationaux n’ont jamais vu une situation sanitaire comme celle de Rafah », a assuré Satterfield.

« La capacité à faire plus que de l’alimentation de survie – simplement éviter la famine – est extraordinairement limitée. Ce n’est pas parce que nous évitons la famine grâce aux efforts d’aide collective que nous évitons d’autres problèmes, la malnutrition […] et la mortalité chez les nourrissons et les jeunes enfants », a-t-il poursuivi.

Israël cherche à évacuer ces civils afin de lancer une opération d’envergure à Rafah, la dernière grande zone urbaine de Gaza dans laquelle Tsahal n’a pas encore pénétré depuis le début de la guerre déclenchée par les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre, et où sont établis, selon lui, les quatre derniers bataillons du groupe terroriste palestinien.

Mais Satterfield a averti que « déplacer ces personnes déjà déplacées dans leur état actuel de faim [et] de manque de services sanitaires élémentaires sans que toutes les mesures appropriées soient prises pour fournir un abri convenable à l’avance, pour fournir les soins médicaux, l’eau, l’alimentation dont elles ont besoin actuellement à Rafah et qu’elles ne peuvent pas obtenir – si vous les déplacez à nouveau, nous pensons que les circonstances seront désastreuses ».

« C’est pourquoi le président [Joe Biden] a clairement indiqué qu’il devait y avoir un plan humanitaire crédible et mis en œuvre pour la population de Rafah avant qu’une opération israélienne puisse avoir lieu avec le soutien des États-Unis », a-t-il ajouté, tout en n’excluant pas totalement le soutien de Washington.

D’autres responsables américains se sont montrés plus catégoriques dans leur opposition, affirmant que l’administration Biden préférait des opérations plus ciblées contre les dirigeants du Hamas, tout en travaillant avec l’Égypte pour sécuriser la frontière sud de Gaza et empêcher la poursuite de la contrebande d’armes vers le groupe terroriste palestinien.

Des enfants déplacés posant devant leur tente au premier jour de la fête de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 avril 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Satterfield a reconnu l’amélioration significative des capacités d’inspection d’Israël à la frontière de Gaza au cours des derniers jours, ce qui a permis à une moyenne d’environ 400 camions d’entrer dans la bande de Gaza chaque jour.

Israël a également accepté d’ouvrir un autre point de passage au nord de Gaza pour l’aide, d’autoriser les livraisons d’aide maritime par son port d’Ashdod, d’élargir les convois autorisés à passer par la Jordanie et de mettre en place des mécanismes de déconfliction plus efficaces pour garantir la protection des travailleurs humanitaires. Seule la dernière de ces quatre mesures a été pleinement mise en œuvre.

Le principal obstacle à l’acheminement de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza à la suite de cet afflux massif est le manque de camions disponibles dans la bande pour acheminer l’aide, a fait remarquer Satterfield.

Ce dernier a affirmé que l’ONU et les agences internationales disposaient de suffisamment de camions à Gaza lorsque l’aide était beaucoup moins importante au cours des six premiers mois de la guerre, mais qu’un plus grand nombre de camions était désormais nécessaire compte tenu de l’augmentation récente.

Il a ajouté que l’ONU et la communauté internationale étaient responsables, en coordination avec Israël, de l’obtention d’un plus grand nombre de camions. Un nombre important de camions ont été achetés récemment et sont prêts à entrer à Gaza, ainsi que d’autres qui sont en phase finale d’achat, a indiqué Satterfield, ajoutant que les États-Unis exhortaient également les pays à faire don de camions supplémentaires afin de répondre à la demande.

Satterfield a précisé que les États-Unis estimaient que l’augmentation des livraisons d’aide au cours des derniers jours « ne compensait pas cinq mois de quelque chose de très, très différent ».

« Les cinq mois qui ont précédé n’ont pas montré une capacité adéquate de la part d’Israël à faciliter et à mettre en œuvre les étapes opérationnelles nécessaires à l’acheminement de l’aide », a affirmé Satterfield.

Le nombre de camions entrant chaque jour a à peine dépassé la centaine en janvier, après quoi les expéditions ont cessé complètement en raison des protestations des militants d’extrême-droite aux points d’inspection israéliens près de la frontière de Gaza, a déclaré l’envoyé américain. En février, Tsahal a commencé à mener des frappes aériennes contre le « service d’ordre du Hamas qui assurait la sécurité des convois d’aide », ce qui a conduit les forces de police à cesser de protéger les convois d’aide, ce qui, selon Satterfield, « a mis un terme aux mouvements d’aide et a suscité des comportements criminels extrêmement violents ».

Des Palestiniens déplacés achetant du poisson à un vendeur au premier jour de la fête de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 avril 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

« Nous nous en sommes remis, mais il faut que cela continue », a-t-il souligné.

L’envoyé humanitaire américain pour Gaza a rappelé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’était engagé la semaine dernière auprès du président Biden à faire en sorte que 100 camions d’aide parviennent chaque jour dans le nord de la bande de Gaza. Israël est à peu près à mi-chemin de cet objectif, mais n’y est pas encore parvenu, a constaté Satterfield.

Outre le nombre insuffisant de camions, le nombre d’organisations humanitaires prêtes à distribuer de l’aide dans la bande de Gaza a également diminué à la suite de l’attaque meurtrière non-intentionnelle de l’armée contre un convoi de l’organisation caritative américaine World Central Kitchen (WCK) la semaine dernière. Satterfield a déclaré que WCK et les Émirats arabes unis conditionnaient leur retour à Gaza à ce qu’Israël montre « de manière concrète et démontrable que des leçons ont été tirées, non seulement de la tragédie du WCK, mais aussi de la période précédente », au cours de laquelle, selon les États-Unis, environ 200 travailleurs humanitaires ont été tués alors qu’ils demandaient à maintes reprises à Israël d’améliorer ses mécanismes de déconfliction.

Israël a mis en place un nouveau centre de coordination entre Tsahal et les groupes d’aide quelques jours après l’attaque du WCK, mais les organisations internationales souhaitaient manifestement que les améliorations soient démontrées sur une longue période et qu’Israël donne de meilleures garanties quant à la protection des travailleurs humanitaires.

Les États-Unis travaillent également à la mise en place d’un corridor maritime dans les semaines à venir, qui permettra d’acheminer au moins 100 camions par jour, a indiqué Satterfield. « Nous allons recevoir plus de 500 camions par jour d’aide commerciale et humanitaire. Mais nous devrons encore être en mesure de la distribuer efficacement. »

Interrogé sur la question de savoir si le Hamas détourne l’aide arrivant à Gaza, Satterfield a répondu que la grande majorité de l’aide distribuée par l’ONU est parvenue aux civils. Il a reconnu qu’une partie de l’aide avait pu parvenir au groupe terroriste palestinien. Toutefois, « les 2,2 millions d’habitants de Gaza ne meurent pas de faim aujourd’hui parce que la majeure partie de l’aide leur est parvenue, et non au Hamas, et c’est là un fait fondamental ».

Satterfield a ensuite salué le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens (COGAT) pour le travail accompli par cet organe quasi-militaire afin de faciliter l’acheminement de l’aide à Gaza. « Nous n’aurions pas pu faire ce que nous avons pu faire et nous n’aurions pas pu réaliser les progrès que nous avons constatés sans l’engagement du COGAT […] Ils ont accepté cette mission parce qu’ils le devaient, et ils ont fait un travail exceptionnel dans des circonstances extrêmement difficiles. »

Cet éloge souligne que la frustration de Washington à l’égard d’Israël concernant l’aide est dirigée vers Netanyahu et la direction politique du pays.

L’envoyé américain a été interrogé sur le détournement notoire et historique par le Hamas de l’argent de l’aide à des fins terroristes et s’est vu demander si Gaza serait à jamais tributaire de l’aide extérieure.

Des Palestiniens vendant des gâteaux, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 avril 2024. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Satterfield a estimé que les politiques adoptées par Israël à Gaza avaient conduit à la réalité actuelle.

« Lorsque Arik [Ariel] Sharon, alors Premier ministre, a pris la décision d’un retrait unilatéral, notre conseil à l’époque a été que ‘vous n’obtiendrez pas un résultat heureux à moins de faire le contraire’ de ce que vous proposiez », a déclaré l’envoyé, qui était alors fonctionnaire au Département d’État, lequel, à l’époque du retrait de Gaza en 2005, avait publiquement salué l’initiative.

« Ce qu’il proposait, c’était un siège et un isolement de Gaza. Nous avons dit qu’il fallait ouvrir Gaza tant que possible pour la rattacher à la société économique internationale, régionale et israélienne – offrir une vision alternative, offrir autre chose que ce qui vient avec le désespoir », a-t-il poursuivi, semblant faire référence aux arguments avancés à l’époque en faveur de la cession de Gaza dans le cadre d’un accord bilatéral avec l’Autorité palestinienne (AP), plus modérée que le Hamas, plutôt que dans le cadre du retrait unilatéral effectué par Israël.

Les partisans de cette stratégie ont fait valoir qu’elle aurait donné plus de pouvoir à l’AP qu’au groupe terroriste palestinien, qui avait, à terme, été considéré comme le responsable du retrait israélien et avait éjecté l’AP de Gaza lors d’un coup d’État sanglant deux ans plus tard.

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