Shapiro : Le moment choisi pour l’appel téléphonique de Biden est « sans intérêt »
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Shapiro : Le moment choisi pour l’appel téléphonique de Biden est « sans intérêt »

L'ex-envoyé d'Obama dit que le président US, accusé de "snober" Netanyahu, n'a rien contre ce dernier et que Biden a actuellement d'autres priorités

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) rencontre l'ambassadeur des États-Unis en Israël, Dan Shapiro, à Tel Aviv en 2011. (Crédit photo : Matty Stern/ Ambassade des États-Unis/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) rencontre l'ambassadeur des États-Unis en Israël, Dan Shapiro, à Tel Aviv en 2011. (Crédit photo : Matty Stern/ Ambassade des États-Unis/Flash90)

L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël sous l’administration du président Barack Obama a affirmé être nullement inquiet du fait que, trois semaines après le début du mandat de Joe Biden, il n’y ait pas encore eu de communication entre les dirigeants américain et israélien.

« A quoi Biden a consacré son temps, qui sont les responsables auxquels il parlé : ce sont des éléments qui reflètent clairement ses priorités et les urgences dont il a hérité en tant que président », a commenté Dan Shapiro jeudi dans des propos adressés au Times of Israel. « Je ne pense pas qu’il y ait une autre explication », a-t-il ajouté.

L’absence d’un appel téléphonique a été considérée par certains comme la marque d’un affront intentionnel, le président américain s’étant entretenu avec plusieurs leaders d’autres pays depuis son entrée à la Maison Blanche. Il n’a parlé à aucun dirigeant de pays du Moyen-Orient pour le moment.

« Il prend ses fonctions dans une période de crise et d’urgences jamais connue par un autre président depuis Franklin Roosevelt », a ajouté Shapiro. « Il s’est efforcé, avec beaucoup de discipline, de se focaliser sur ces priorités. Dans le pays, il s’attaque à la crise entraînée par la pandémie. Il faut apporter des secours économiques. Il faut construire plus de justice raciale. Et il faut construire une administration attachée à la lutte contre le changement climatique ».

« A l’étranger, il est en train de réparer des alliances américaines déterminantes – celles conclues avec l’OTAN et avec les pays asiatiques », a continué l’ex-envoyé. « Le gouvernement veut restaurer le leadership américain dans les organisations multilatérales et face aux défis transnationaux, un leadership qui a manqué. Il affronte le défi d’une Chine en pleine ascension, rivale stratégique des Etats-Unis dans le monde, et il doit s’attaquer également à une Russie qui se distingue par son agressivité ».

Le président Joe Biden lors d’un entretien avec le secrétaire-général de l’OTAN Jens Stoltenberg, le 26 janvier 2021. (Capture d’écran)

Et en effet, les appels téléphoniques de Biden aux responsables étrangers, au cours de la première semaine de son mandat, ont traduit une priorité donnée à l’immigration et au commerce (Mexique, Canada), l’ancrage de l’alliance de l’OTAN contre la Russie (Royaume-Uni, France, Allemagne, secrétaire-général de l’OTAN, Russie) et la transmission de signaux à la Chine et à la Corée du nord, avec des appels à la Corée du sud et à l’Australie.

« Le Moyen-Orient ne fait pas partie de ce premier tiers mais il n’est pas moins important », a souligné Shapiro. « Israël n’est pas moins important. Cet appel va avoir lieu. Et je suis certain qu’il va avoir lieu très bientôt ».

Le secrétaire d’Etat Antony Blinken, le secrétaire à la Défense Lloyd Austin et le conseiller à la Sécurité nationale Jake Sullivan sont tous entrés en contact avec leurs homologues israéliens, et le commandant de la CENTCOM, le général Kenneth McKenzie Jr., est venu en Israël.

« La relation est en mouvement, elle est productive et Biden y est attaché », a continué l’ex-ambassadeur.

De son côté, la Maison Blanche a fait savoir, jeudi, que Biden parlerait « bientôt » à Netanyahu.

« Il lui parlera très rapidement. Je n’ai pas de date ou de calendrier spécifique à ce sujet à vous transmettre », a déclaré Jen Psaki, porte-parole de la Maison Blanche, en réponse à une question d’un journaliste, qui avait également fait référence à un tweet écrit par l’ancien envoyé israélien à l’ONU, Danny Danon, qui avait épinglé Biden pour ne pas avoir encore appelé au téléphone le dirigeant de « l’allié le plus proche des Etats-Unis ».

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Danny Danon, s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, le 11 février 2020. (AP Photo/Seth Wenig)

Blinken a été lui aussi interrogé sur le sujet, lundi dernier, et il a déclaré sur CNN que « je suis sûr qu’ils auront l’occasion de s’entretenir dans un avenir proche ».

Le fait même qu’il n’y ait pas eu d’appel téléphonique peut apparaître, pour certains acteurs malveillants, comme un signe qu’Israël a perdu le soutien des Etats-Unis, a dit Danielle Pletka, chercheuse en études de politique étrangère et de défense au sein de l’American Enterprise Institute, un think-tank conservateur de Washington.

« La raison pour laquelle le président Biden voudrait signaler à tous les ennemis d’Israël que les Etats-Unis ne se tiennent pas aux côtés de notre allié le plus important au Moyen-Orient reste indéterminée », a-t-elle dit.

Une hypothèse écartée par Shapiro d’un revers de main. « L’Iran sait très bien que les Etats-Unis se sont engagés à empêcher la république islamique d’acquérir l’arme nucléaire et à s’attaquer aux menaces faites à la sécurité des autres nations et des partenaires des Etats-Unis dans la région », s’est-il exclamé.

« Cette question du moment choisi pour un appel téléphonique est absolument sans intérêt », a-t-il conclu.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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