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Shasha-Biton refuse aussi d’accorder le prix Israël à Oded Goldreich

La ministre de l'Éducation Yifat Shasha-Biton déclare que l'universitaire n'est pas apte à recevoir le prix ; des membres de la coalition de gauche condamnent cette décision

La ministre de l'Éducation Yifat Shasha-Biton à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)
La ministre de l'Éducation Yifat Shasha-Biton à Jérusalem, le 14 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)

La ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, a annoncé jeudi qu’elle empêcherait un professeur de recevoir le prestigieux Prix d’Israël au motif qu’il soutiendrait les boycotts contre le pays, malgré une décision de la Haute Cour de justice contre l’ingérence dans le choix effectué par le comité du prix.

Oded Goldreich, professeur d’informatique à l’Institut Weizmann d’Israël, devait recevoir le prix au début de l’année pour ses travaux sur la théorie de la complexité informatique. Toutefois, le précédent ministre de l’Éducation, Yoav Gallant, a allégué que Goldreich soutenait le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) dirigé par les Palestiniens.

M. Goldreich a nié soutenir le mouvement BDS mais a déclaré s’opposer aux implantations israéliennes en Cisjordanie. En mars, Goldreich a signé une pétition demandant à l’Union européenne de cesser de financer l’université d’Ariel, située dans l’implantation d’Ariel en Cisjordanie.

« Toute personne qui appelle au boycott d’une institution académique en Israël n’est pas apte à recevoir le prix », a déclaré Mme Shasha-Biton dans un communiqué.

« L’objectif principal du prix d’Israël est d’encourager l’art, l’excellence et la recherche en Israël », a ajouté la ministre. « Appeler à un boycott des institutions académiques israéliennes nuit à cet objectif, car cela vise à réduire la créativité, la diversité et la liberté d’opinion. »

La ministre a déclaré que l’adhésion de Goldreich au boycott de l’Université d’Ariel justifiait sa décision, « malgré ses réalisations professionnelles exceptionnelles et impressionnantes dans son domaine de recherche. »

Oded Goldreich (CC BY-SA 3.0)/Wikipedia)

L’avocat de Goldreich, Michael Sfard, a répondu dans un communiqué que la décision était « enfoncée jusqu’au cou dans des considérations politiques inappropriées » et « un coup fatal porté au prestige du prix Israël. »

Les membres du parti de gauche Meretz, qui fait partie de la coalition gouvernementale, se sont retournés contre Shasha-Biton du parti de droite Tikva Hadasha, attaquant son annonce.

La députée Meretz Michal Rozin a tweeté que le prix d’Israël « est attribué en fonction du mérite académique, pas des opinions politiques ». « Cette décision est intrinsèquement et juridiquement mauvaise », a-t-elle ajouté.

Un autre membre du parti, Mossi Raz, a déclaré qu’il avait parlé à Goldreich pour exprimer son « dégoût » suite à la décision de Shasha-Biton. Il a affirmé que Goldreich était la cible d’une « persécution politique en raison de son soutien à la paix ».

La députée Michal Rozin assiste à une réunion de la faction Meretz à la Knesset à Jérusalem, le 19 juillet 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le groupe de pression de droite Im Tirtzu, qui a fait campagne contre Goldreich, a « salué » Shasha-Biton et a promis de continuer à agir pour « préserver la transparence dans le monde universitaire et exposer les boycotteurs. »

Goldreich devait initialement recevoir le prix lors de la cérémonie d’avril consacrée aux lauréats du prix Israël, mais Gallant, alors ministre de l’Éducation, avait décidé de lui refuser le prix.

En août, la Haute Cour de justice avait annulé à l’unanimité la décision de M. Gallant, estimant qu’il n’y avait aucune raison légale pour qu’il intervienne dans le choix du comité de sélection du lauréat. Mais les juges avaient également statué que la décision d’attribuer le prix était désormais entre les mains de son successeur, Mme Shasha-Biton.

Le comité du prix avait menacé de porter l’affaire devant les tribunaux si Shasha-Biton ne prenait pas de décision sur la question, fixant une date limite pour cette semaine.

La Haute Cour a déjà rejeté des pétitions contre l’attribution du prix à certains candidats, notamment l’année dernière lorsqu’il a été décerné au rabbin Yaakov Ariel, qui avait fait des commentaires désobligeants sur les personnes LGBT.

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