Sheikh Jarrah: Israël demande aux USA de pousser les Palestiniens au compromis
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Sheikh Jarrah: Israël demande aux USA de pousser les Palestiniens au compromis

Jérusalem a demandé à Washington de convaincre les familles impliquées dans l'affaire des expulsions dans ce quartier sensible d'accepter un accord qui leur permettrait de rester

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des Palestiniens et des activistes de gauche manifestent contre l'expulsion de familles palestiniennes de leurs habitations dans le quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 16 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des Palestiniens et des activistes de gauche manifestent contre l'expulsion de familles palestiniennes de leurs habitations dans le quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 16 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

NEW YORK — Israël a demandé à l’administration Biden d’utiliser son influence pour encourager des familles palestiniennes – qui risquent actuellement d’être expulsées de leurs habitations à Sheikh Jarrah – à accepter un compromis proposé par la Cour suprême qui leur permettrait de rester chez elles pendant un certain temps, a indiqué lundi un responsable israélien au Times of Israel.

« L’accord permet de changer la situation des Palestiniens et nous avons demandé aux Américains d’encourager les familles concernées à l’accepter avant qu’il ne soit trop tard », a ajouté l’officiel, confirmant une requête qui avait été d’ores et déjà mentionnée par le quotidien Haaretz.

Les expulsions prévues à Sheikh Jarrah étaient devenues un cri de ralliement des Palestiniens, ces derniers mois, et elles avaient entraîné des affrontements violents à Jérusalem-Est qui s’étaient propagés bien au-delà de la ville disputée – et elles avaient été même partiellement responsables de la flambée de violence qui avait opposé, au mois de mai, l’État juif et les groupes terroristes de la bande de Gaza.

Des tribunaux israéliens ont approuvé l’expulsion des quatre familles de Sheikh Jarrah . La Cour suprême, de son côté, doit encore faire part de son verdict définitif.

La semaine dernière, la Cour suprême a proposé un compromis qui permettrait aux Palestiniens de conserver leurs habitations en tant qu’occupants protégés – ce qui rendrait plus difficile leur expulsion, qui ne serait toutefois par impossible. Selon l’accord, ils devraient verser la somme de 1 500 shekels par an à Nahalat Shimon, le groupe nationaliste juif qui a revendiqué la propriété des biens immobiliers concernés. Cette somme est une petite fraction seulement du prix de location qu’ils devraient normalement verser sur le marché et ce compromis permettrait aux Palestiniens d’éviter de céder la propriété de leur logement à l’organisation juive, reconnaissant simplement que c’est Nahalat Shimon qui est enregistré comme propriétaire du bien en Israël.

Les Palestiniens pourraient choisir d’avoir le statut d’occupants protégés – ils seraient alors considérés comme des locataires de première génération. Dans la mesure où le droit israélien autorise les enfants des occupants protégés de première génération à conserver leur statut sous certaines conditions, cela impliquerait que ces expulsions seraient reportées pour plusieurs décennies.

La Cour suprême se réunit pour une audience sur les expulsions en suspens des familles palestiniennes de Sheikh Jarrah, le 2 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La plus haute instance judiciaire du pays a donné aux quatre familles palestiniennes jusqu’à mardi pour rassembler la liste des noms de ceux qui seraient désireux d’être déclarés occupants protégés dans le cadre de l’accord. Les magistrats ont vivement recommandé aux Palestiniens d’accepter le compromis.

Lundi, l’équipe de la défense représentant les familles palestiniennes n’avait pas encore indiqué si ces dernières acceptaient l’accord. Une grande partie de l’opinion publique palestinienne exhorte les familles à le refuser.

Les critiques de l’offre affirment qu’elle n’empêchera pas totalement la possibilité d’une expulsion dans un avenir proche. Tout changement intervenant dans la propriété d’un bien, sans accord des propriétaires, peut entraîner l’expulsion immédiate d’un occupant protégé, selon la loi israélienne.

Si les familles ont attiré l’attention internationale – une attention qui a rendu plus difficile, pour l’État juif, l’exécution de ces expulsions – certains pensent que l’attention déséquilibrée dont elles ont bénéficié pourrait compliquer pour elles l’acceptation du compromis, qui serait considérée comme une reddition.

Des Palestiniens manifestent contre l’expulsion de familles palestiniennes dans le quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est à Ramallah, le 9 mai 2021. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Alors qu’il lui était demandé de confirmer la demande soumise par les Israéliens concernant le compromis dans la journée de vendredi, le porte-parole du département d’État, Ned Price, s’est refusé à commenter des discussions diplomatiques.

L’offre faite par la cour « est un dossier qui concerne les parties israélienne et palestinienne dans l’affaire qu’ils vont examiner avant de prendre une décision qui ne regarde qu’eux », a-t-il dit.

« Nous l’avons encore dit cette semaine et à de nombreuses reprises avant cela : on ne peut pas expulser des familles des logements où elles vivent depuis des décennies. Nous avons encouragé les Israéliens à éviter les expulsions et autres actions qui exacerbent les tensions et qui sapent les efforts visant à avancer vers une solution négociée à deux États », a-t-il continué.

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